‹ L'évolution du Chartisme, 1837-1839Chapitre 21 sur 65 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

journal des travailleurs '; et il conseille à ses lecteurs de signer la pétition rédigée par la B. P. U., mais en ajoutant que, s'ils n'étaient pas prêts à appuyer leurs signatures par quelque chose de plus énergique, celles-ci ne produiraient aucun effet.

La répétition hebdomadaire de tels encouragements et sous la plume d'un homme tel que Bronterre dont le prestige, depuis 1832, était grand auprès des démocrates ouvriers, devait nécessairement fortitler, dans l'esprit des masses, la croyance en l'efficacité des moyens énergiques et transformer peu à peu des tendances encore hésitantes en des certitudes inébranlables, des prédispositions encore incertaines en des forces irrésistibles.

Malgré les instances de la presse libérale et conservatrice, le gouvernement avait décidé de laisser les Chartistes user librement du droit de réunion et de libre discussion. Lord John Russel avait môme déclaré à Liverpool que l'exercice de ces droits ne présentait aucun danger et que leur suspension était au contraire pleine de périls. Les exagérations de certains leaders vont bientôt amener le gouvernement à changer d'attitude et forcer son inditférence volontaire à se transformer en hostilité. Déjà, pendant les mois précédents, à côté des larges démonstrations en plein jour et à côté des réunions du soir dans les salles des clubs, il y avait eu quelques meetings à la lueur des torches; mais, à l'automne, cette forme de réunion, inventée tout d'abord sans doute pour des raisons d'économie, se généralise et, comme elle est très bien adaptée aux tendances qui mènent l'évolution, elle devient un admirable instrument d'agitation révolutionnaire. A peine sortis de l'atelier, sans même se donner le loisir de rentrer chez eux pour prendre quelque réconfort, les ouvriers s'organisaient en procession et parcouraient les rues de la ville en manifestant violemment devant les journaux hostiles ou les maisons des employeurs; et ces hommes, affamés, barrasses, couverts de sueur et de poussière, passaient en un long défilé « éclairé par les flammes rouges « des torches et formant comme un torrent de lumière qui sem- « blait illuminer le ciel des lueurs d'une immense cité en feu- ».

Les orateurs accoutumés de ces meetings étaient naturellement Feargus O'Connor, Peter Murray Me Donall et Stephens ; mais leurs discours variaient peu : ils n'étaient que les commentaires

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