Norlliern Star du 23 mari
commis une erreur en exagérant et en généralisant un état d'âme localisé et en attribuant aux paroles et aux menaces, prononcées au cours des meetings, la valeur d'engagements prêts à se prolonger en actes : alors seulement nu nouveau revirement se produira en lui et il usera de son innuence pour éviter à la Convention le ridicule dune entreprise dans laquelle elle s'est inconsidérément embarquée.
En même temps qu'il indispose contre les Chartistes ceux dont l'opinion est encore incertaine, le meeting du 1 1 mars a pour résultat immédiat de provoquer des démissions qui vont diminuer à la Convention le nombre des purs Chartistes de la force morale. Après Cobbett, ce sont en effet trois délégués de Birmingham, Hadley, Sait et Douglas qui se retirent et, par leur départ, allaiblissent une des forces du parti modéré, la Birmingham Political Union. Sans doute les Conventionnels démissionnaires sont remplacés par d'autres; mais les nouveaux membres sont choisis parmi les Chartistes de la force physique. Au dehors l'effet devait être des plus fâcheux en influençant défavorablement l'opinion publique et en donnant au gouvernement de bonnes raisons pour combattre le mouvement et pour s'opposer à l'adoption de la pétition; c'est ce que comprend bien Lovett qui apprécie en ces termes le meeting du 11 mars : « le parti de la force physique y dépensa tant de folie et de violence que les délégués de Birmingham se retirèrent ' ».
Cependant la Convention poursuivait ses débats. Le Faclory System était l'objet d'une des premières discussions au Parlement ouvrier et une protestation contre le Factory System réunissait l'adhésion de tous les Conventionnels: le \'A mars. Me Douall prononce un discours et présente mit' niolion relative au Faclory System ; et cette résolution de James Taylor, délégué df Hoclidale, est adoptée à l'unanimité : « Après avoir entendu le remarcjuable exposé fait par le D"" Me Douall sur le Faclory System et le témoignage des autres orateurs, la Convention est d'avis que ni paix ni bien-être, ni bonheur ne peuvent exister tant que durera ce système ^ ». Ce furent aussi le New Hural Police WiW, la situation de
1. Lovett, op. cit., |). 203, et Northern f^lnr du 6 avril : Hadley, Sait and Douf^las st.- retirent le 28 mars « |iar<e nue la Convention n'a pas été vuldée jiar les principes de paix, de légalité et dordre ».
2. Sorttieni Star ilu IG mars. Le Discours «le Mi; Douall se trouve dans la Xort/ieni Star du J'i mari.
la « malheureuse » Irlande ', la conduite de LonI .lolin Russel à l'égard de Frost, rayé de hi liste des ma^islrals |)nur avoir assisté à Londres à deux meetings Charlistes -. Bailie Ciaigh proposa méniP de discuter la question des mesures ulléiicurps à adopter au cas où la pétition serait rejet(''e, mais il l'ut « prudemmout jugé par la Convention que cette question serait remise après la présentation de la pétition ^ ».
Les Conventionnels se passionnaient à ces discussions et, s'ahandonnant au plaisir de discourir, ils développaient longuement et inlassablement toutes leurs idées personnelles et impersonnelles avec l'abondance oratoire qui est l'un des traits des milieux parlementaires : c'est là que se vérifie le mieux la définition que Proudhon donne du parleur « ce timbre ionore à qui la moindre chose fait rendre un interminable son » ; et, comme « citez le parleur le flux du discours est toujours en raison directe de la paurretf' de la pensée ^\ nombreuses sont les séances du Parlement chartiste qui se résument en quelques formules sonores et en quelques thèmes faciles. Avec sa sincérité habituelle Lovett le remarque et juge ainsi les débats du Parlement ouvrier : « en fait la passion du bavardage fut la caractéristique de notre petite Chambre comme elle est celle de la grande Chambre de Westminster. »
Tandis que les délégués restés à Londres bavai'daient et s'enivraient du son de leurs propres paroles, les Conventionnels en mission s'enflammaient au contact de ces travailleurs du Nord qui « tous de seize à soixante ans ont signé la pétition et sont prêts à appuyer leurs signatures avec des piques ' ». Une évolution conforme à la logique naturelle des assemblées démocratiques devait entraîner la majorité de la Convention au delà de ses premières intentions et l'incliner vers les méthodes de la force physique. Dès e "27 mars, la Convention songe à i)ul)lier des extraits du Morninfj Chronicle relatifs au droit qua le peuple de s'armer. Le D"" Taylor, appuyé par Skevington, propose d'adopter le rapport de la commission : le D"" Wade proteste contre cette pi'oposilion, non parce qu'il nie ce droit, mais parce que celte publication est selon lui une incitation à la violence et une recommandation d'user de la
1. No7'l/iern Star du 2 mars, p. 7, discours de Feargus (VCuniiur.