‹ L'évolution du Chartisme, 1837-1839Chapitre 29 sur 65 · LoveU, ]). 20i · texte numérisé non relu

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3. Ce ifui le prouve, c'est, malgré la |io|iulatii)ii ilr Luiidres, le iiomhre relalivcmciit peu élevé d'auiliteuis (|ue j;roupaient les meetint's chailisles.

presque tous Chartistes de la force morale : la pression d'un club tel que la London Démocratie Associalion élail iiisufrisante pour impi'essionner le Parlement du peuple; le séjour do la Convention à Londres était favorable aux modérés.

Cet essai d'interveniion parait inefficace. La Convention semble déterminée à défendre son indépendance. Mais la tentative est révélatrice : elle fait prévoir la pression qui va bientôt s'exercer plus fortement et plus sûrement sur les Conventionnels parce qu'aussi d'une façon plus obscure et plus inconsciente. Il est déjà très significatif qu'un mois après l'ouverture du Parlement cliartisle, les clubs essaient de gouverner l'assemblée. Les Conventionnels ont résisté tout d'abord, mais, malgré leurs fermes résolutions, ils sont désarmés contre les désirs de ceux dont ils sont les fidèles serviteurs : ils ne sont que les délégués de liMirs commettants et c'est de ceux-ci qu'ils doivent attendre et recevoir avec soumission leurs meilleures inspirations. La Convention cédera peu à peu à la pression du dehors, lorsqu'elle se présentera non plus sous la forme particulière d'un club, mais en prenant le langage impératif de la volonté populaire exprimée par la voix toule-puissante des meetings.

L'envoi des représentants en mission avait eu des effets contraires à celui qu'en escomptait la majorité modérée, et cet acte allait profiter à ceux qui s'y étaient opposés en le considérant comme un inadmissible retard apporté à la présentation de la pétition. Les délégués devaient, selon les méthodes de la force morale, répandre les principes du Chartisme, créer partout, dans les régions même les plus endormies, un mouvement d'opinion publique : leur contact avec les masses chartistes allait leur inspirer ou leur imposer une conduite toute différente de celle qu'ils s'étaient proposée ; modifier insensiblement leur esprit par le spectacle de foules exaspérées et par la contagion d'un état d'àme révolutionnaire se communiquant dfs commettants aux délégués. Envoyés pour donner aux troupes chartistes des directions, les Conventionnels en mission devaient en recevoir de celles-ci et les accepter sans réagir : les uns, presque sans s'en apercevoir et par une logique naturelle, en imaginant qu'ils ne prenaient conseil que d'eux-mêmes et n'obéissaient qu'à leur propre déhbération ; les autres sur la foi du dogme de la souveraineté populaire et en considérant comme leur devoir de sacrifier la superbe

de leur conscience à la raison supérieure et infaillible du peuple.

La propagande de Feargus OConnor el de ses imilaleurs a porté ses fruits : les troupes débordent déjà les cbefset vont forceiceux-ci à payer, par une conduite imprudente et folle, les engagements qu'ils ont contractés. La misère exploitée par les démagogues, l'exaspération entretenue par eux amèneront bientôt des bommes tels que Bronterre, « la plus forte tête du Cbartisme », à des paroles et à des actes contraires à laltitude qu'il avait d'aboi'd adoptée. L'envoi des délégués en mission sert d'une façon in<'spérée la toute petite minorité battue dans les séances des 4, o et 6 mars. Harney et ses partisans profitent des meetings pour dénoncer au deliors les Conventionnels, leur reprochoi- leur liniidité, les accuser de pactiser avec les classes régnantes el de trabir le peuple. William Rider ne craint pas de déclarer qu'il n'y a pas buit honnêtes gens à la Convention. Et, naturellement, ils trouvent à la Convention même un puissant allié en celui qui avait prédisposé l'esprit des Chartistes à concevoir les rêves el les espérances les plus exagérés : Feargus O'Connor est pi'êt, par tous les moyens, à mettre en relief sa personne et n'y peut réussir qu'en s'appuya ni sur la gauche et en déplaçant peu à peu l'axe de la majorité. C'est pour donner satisfaction aux plus violents que le démagogue irlandais propose à la Convention d'organiser une grande réunion publique à la date du 11 mars, date critique dans l'histoire du Cbartisme, car au meeting de la Crown and Ancbor commence l'évolution de la Convention vers la violence.

Ce jour-là, c'est l'Iionnète Frost qui préside ; mais les orateurs el non le président donnent le ton à la réunion. Tous les discours appartiennent à la manière forte ; Feargus OConnor, Julian Harney, d'autres encore incitent le peuple à se préparer à la lutte qui approche. Le fait le plus important du meeting est le revirement qui se produit dans l'attitude de Bronterre O'Brien ; son discours est un ti'moignage, plus significatif (jue celui de Feargus ou celui d'Harney, de l'évolution déterminée par la prise de contact des délégués et de leurs commettants : « La pétition porte déjà un million dt'iix cent mille signatures. Mais je sais que la Cbambre des Communes la rejettera, quel que soit le nombre des signatures, à moins qu'il n'y ait un nombre égal de fourches derrière. (Rh'es cl applaudissements.^ Les bautes classes s'offrent 300 millions pour administrer les affaires du pays, tandis que les producteurs ont

seulement 90 millions et bien ([u'ils soient trois pour un. Les Cliartistes signeront la pétition et ils pourront dire avec un correspondant du Nord dont la lettre nfesl parvenue seulement hier «qu'il ny a pas ici un travailleur de seize à soixante ans qui n'ait signé la pétition et il y aune pique pour toute signature ». Je ne vous conseille pas de vous procui'er des piques et des fusils, parce que la loi ne me le permet pas et c'est la seule raison. (Rires.) Je ne suis qu'un historien : tous les hommes de Leeds et de Lancashire ont des piques. Je ne conseille pas à ceux qui mécoutent d'en faire autant. Je rapporte seulement le fait. Si tous les hommes d'Angleterre sont aussi prêts que mes amis du Nord, cela ajoutera du poids à la pétition. {Riros rcnoiire.lés.) Organisez-vous, metlczvous dans un état de défense tel que, si une tentative était faite pour suspendre les lois et la Constitution de ce pays, puisque vous êtes le bras droit de l'État, puisque vous êtes ceux que le gouvernement appelle aux armes, vous puissiez être en mesure de précipiter les traitres dans l'élernité, s'ils essayaient de détruire... [Un tonnerre d'applaudissements couvre la voix de l'orateur et sa conclusioji ^.)

Aux séances du 13 et du 26 février, le maître d'école du Chartisme a déclaré que les intentions du peuple étaient d'agir légalement et sans violence; le 4 mars encore il a protesté contre le langage dHarney, de 3Iarsden et de Rider; et voici qu'au meeting du 1 1 mars, il conseille aux Chartistes de s'armer : ses paroles monti-ent que son revirement est dû aux impressions reçues des districts du Nord. Les Conventionnels sont hypnotisés parles démonstrations révolutionnaires du prolétariat industriel et, comme le prouve l'intervention d'Osborne demandant l'envoi de délégués dans le Sussex ■-, ils s'imaginent qu'il sera facile aux représentants en mission de « mettre le Sud en har?7ionie avec le Nord ». Leur état desprit est admirablement exprimé par Bronterre, encore que la psychologie de celui-ci soit plus complexe que celle de ses collègues et qu'elle révèle un curieux mélange de sagesse et d'entraînement. Bronterre oscille entre une politique opportuniste et une politique révolutionnaire. Au meeting de la Crown and Anchor, son tempérament babouviste a repris le dessus et vaincu ses scrupules de prudence. Ce n'est qu'en juillet qu'il se rendra compte qu'il a

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