Sorlkera Star du 18 mai, p
excuse pour violer le droit inviolable que vous avez de vous réunir et de discuter vos revendicalions, mais en même temps n'oubliez pas de vous préparer à résister, les armes à la main, à toute tentative inconslitiitionnelle laite pour supprimer par la force physique votre agilalion pacili(|Me. »
Ces conseils, si con traites à la politique de la force morale, soulèvent les critiques des Halley et Villiers Sankey qui s'opposent à l'adresse parce qu'elle recommande très clairement au peuple de s'armer. Leur protestation n'est écoutée que de très rares Conventionnels : les deux délégués écossais ont contre eux non seulement les adeptes de la violence et les théoriciens de la force physique, mais William Lovett lui-même '. Feargus OConnor développe les thèmes auxquels les Conventionnels sont accoutumés : « ce sera la guerre entre la pauvreté et la propriété ; qu'ils nes'abusentpas, c'est la propriété (\m attaquera la pauvreté ». Mais l'étonnementestgrand, quand William Lovett se lève pour prononcer ces paroles : « J'ai toujours préconisé les moyens pacifiques et je me suis attiré la haine, le blâme et le mépris pour l'avoir osé ; mais maintenant que le gouvernement et que les classes moyennes sont décidés à empèclier notre agitation pacifique; maintenant que nos meetings peuvent être empêchés au gré d'un magistrat ou même par une ordonnance qui n'a pas force de loi ; maintenant que des membres de la Convention peuvent être emprisonnés sur la déposition d'un policeman, alors on peut dire que la liberté recule au lieu de faire des progrès. Il nous fan! manifester notre résolution de résister sur la brèche à la tyrannie, autrement nous serons écrasés. Nous avons encore en réserve (juelques mesures beaucoup plus eflicaces ([ue les armes. Les classes moyennes placent leur confiance dans l'armée, dans la police et dans les autres moyens d'opprimer le peuple ; mais, si j'exprime mes propres sentiments, plutôt que d'être réduits à la condition des Français qui ne peuvent se réunir plus de trois ou quatre à la fois et dont la presse est bâillonnée, plutôt (jucde subii- un tel esclavage, j'aimerais mieux que l'Angleterie devienne un désert. »
Après le discours de Lovetl,on ne s'étonnera pas de voir seulement sept Conventionnels voter contre l'adresse, tandis que trente-deux votaient pour : il y avait trois abstentionnistes et huit
\. Norlheni S/ar du 18 iii.ii : lit; iioiiibri-ux délùgui.s piL'uiieiil jiait a lu <lisl'ussion.
absents. Si Ton totalise ces rhliVros, on trouve que la Convention comprenait alors cinquante nieiiibros, au lieu de soixante indi- ([ués par la Northern Star co.u.u • prcsenl > à la première séance ; le 9 mai, il avait déjà dix démissionnaires : c'étaient, tout d'abord J.-P. Cobbett; puis, le 28 mars, les trois délégués de Birmingham, Hadiey, Sait et Douglas ; le môme jour, le \)' Wade ; le 28 avril M. Mattliew, le délégué écossais de Perthshire * et M. Wood, le délégué du Bolton - : le 2 mai, William Ryder qui avait déjà menacé de donner sa démission le 23 avril ^ ; le 6 mai, Wroe, le délégué de Mancbester, remplacé par Cbristopber Dean et Rogers^. Et presque toutes ces démissions, sauf celle de William Ryder, venaient des modérés ; d'autres allaient suivre, provoquées encore dans les rangs des modérés par l'adoption de l'adresse et surtout par celle du manifeste : le parti de la force morale s'évanouissait, les uns se retirant effrayés par les démarches de leurs collègues, les autres, comme Lovett, convertis à la force physique par l'entraînement irrésistible des sentiments et des événements La révolution qui s'était produite dans l'âme de Lovett avait été justement remarquée et elle avait accru la rapidité de l'évolution; la Northern Star n'avait pas manqué d'en tirer argument en faveur de ses théories dans son article intitulé : Conversion de la force morale à la force phi/sique''.
L'airestalion de Vmcent et la conversion de Lovett avaient pour résultat de rendre inévitable le déplacement de la Convention à Birmingham. Suggéré le trente avril parBronterre, ce conseil avait été présenté par lui comme conforme au désir des troupes chartistes. Toujours préoccupé de flatter le peuple et espérant aussi avoir plus d'autorité à Birmingham qu'à Londres, Feargus O'Connor avait proposé qu'à partir du lundi 18 mai, la Convention sii'geât à Birmingbam : « Aucun argument, dit Lovett, n'ayant été apporté en faveur d'une telle motion et estimant que c'était une lâcheté, je jugeai bon de proposer un amendement pour que nous continuions à siéger à Londres jusqu'à la présentation de la pétition et au vote
\. Xorl/iern S/ar du 27 avril « sans indication do raison ». On iieut siiinioscr que M. Mattliew avait été etlrayé de l'évolution de la Couvenlioii.
2. Parce quil avait acce|ité un poste dans l'aduiinistraliou de la Pomlaw.
3. Xorlheni Slai\ le 27 avril et le il mai, « à la demande de ses commettants ».
4. Selon Gammaire, op. cil., p. 109, Uo^'Cis aurait aussi donné sa démission au commencement de mai.