Lovett, op. cil., le Manifeste, p. 208 à
bation ; Richardson et Moir recommandent tout particulièrement la «descente sur les banques >•. A[)ivs une discussion très prolongée, O'Connor propose la suppression des clauses relatives au l'eliis de payer les rentes, les taxes, les impôts et au boycollage des journaux hostiles : cette suppression est décidée. Carpenter présente une motion en laveur de l'adoption du manifeste et appuyée par Lowery : le manifeste est adopté par une majorité ûa douze voix *.
Le lendemain 1o, le délégué de Livei-pool, AVIiitlle el celui d'Hyde, Deegan se retirent et donnent pour raison de leur démission l'adoption du manifeste. Le nombre (l(?s Conventionnels présents est très peu élevé; Bronterre présente un amendenunit à la proposition de Richardson pour décider que la Convention se réunira à Birmingham, et non à Londres, le l"" juillet : celte proposition est adoptée par une majorité de dix-neuf voix ^. Le It), la Convention se réunit encore et le 47, Bronterre lui fait adopter des l'ésolutions destinées à recommander aux Chartisles de ne point apporter d'armes dans les meetings simultanées et de ne pas fournir à leurs ennemis un prétexte pour dénaturer leurs intentions : la Convention du reste continue à afiirmer qu'elle est décidée à opposer la force à la force et à repousseï- l'assassinat par le juste homicide ; après quoi elle se sépare juscpi'au premier juillet.
L'altitude prise par la Convention dans le manifeste révèle ses incertitudes, sa faiblesse et son souci d'éviter la responsabilité des mesures ultérieures. En proposant celles-ci à la ratification des masses chartistes, certains Conventionnels avaient le secret espoir de voir les meetings répondre négativement aux questions les plus graves; mais, par cette es|)érance, ils faisaient preuve d'une absolue ignorance de l'àme populaire. Cependant l'évolution à la(iuelle ils venaient d'assister aurait dû donner à ces modérés quelque expérience et leur être une excellente leçon de science politique et sociale : ne sétaient-ils pas aperçus (pie, pour s'être abandonnée trop facilement aux forces inslinclives au lieu d'essayer de les discipliner, la Convention n'avait |)lus été maîtresse de ses pi-opres destinées ? Kw réalite, c'était peut être mitins |)ar absence de psychologie; ([uc par absence de caractère (| ne j)écliaii'nt les Conventionnels : en adoptant le manifeste, la pluparlavaient été dominés par deux sentiments. Ils aNaicnl b; d(''sir de n'avoir point
i. Lwv.-lt. |). 20S; iS'orIhern Slar du IS mai. 2. Surt/ieru i^lnr du IX et du '25 mai.
à prendre immédiatement une dérision : mais là encore ils se leurraient et ne savaient que remettre aux événements le soin de décider pour eux : ne pas vouloir choisir, c'était déjà choisir, c'était adopter dès à présent les solutions qu'ils proposaient à la sagesse populaire, car cette sagesse à laquelle ils s'en remettaient était, encoie phis qu'eux- ménips, à la morci de tous les entraînements. Il craignaient aussi de paraître manquer de courage et d'être accusés de trahison s'ils préconisaient la prudence qui devait être lalalement interprétée comme une lâcheté. Au fait, la surenchère des uns et la faiblesse des autres avaient conduit la Convention à une impasse d'où il lui était impossible de s'évader : si elle optait pour une politique de sagesse, elle avait les plus grandes chances de ne pas être écoutée et de se déconsidérer aux yeux de ceux qui avaient cru de bonne foi à la réahté des promesses et à la proximité des espérances; pour maintenir leur crédit, pour conserver la confiance de leurs électeurs, les Conventionnels devaient rester en harmonie et avec leurs troupes et avec eux-mêmes, fût-ce en sacrifiant la prudence la plus élémentaire, au prix des pires errements et des plus néfastes conséquences.
De leur faiblesse et de leur imprudence les plus intelligents parmi les Conventionnels eurent nettement conscience. WiUiam Lovett avoue qu'il a obéi à un vent de folie, Feargus O'Counor cherche à décliner toute responsabilité ; et, ici encore, ces deux hommes apparaissent dans l'opposition de leurs tempéraments ; l'un avoue 1res loyalement quil s'est trompé et qu'il a eu un moment d'erreur; son adversaire sans scrupules essaie, après l'insuccès, de rejeter sur les autres la responsabilité des mesures qu'il avait été le premier à préconiser : n'est-ce pas Feargus OConnor, en efiFet, qui le 1'"' mai avait déclaré à Thomas Atwood qu'au premier rang des mesures ultérieures serait placée la grève générale ; navait-il pas fait partie du comité qui élabora le manifeste ? y avait-il protesté contre ces mesures ? et, lois de la discussion du 14, ne s'étaitil pas borné à faire rejeter par la Convention le boycottage des journaux hostiles et le refus de payer les impôts? Pendant les meetings simultanés, Feargus OConnor prendra plusieurs fois la parole, mais il ne dira pas un mot pour désavouer le manifeste ; ce n'est qu'après l'arrestation de son rival qu'il deviendra l'âpre critique du manifeste.
« Mais, dit Lovett, lorsque je me trouvai emprisonné à Warwick Goal, Feargus eut Timpudence de se i^lorifier d'avoir été l'homme qui avait empêché la grève générale, bien qu'il eût dé[)ensé son activité à la recommander. Ensuite, en diverses occasions, il essaya de persuader à ses dupes qu'il avait escamoté la mesure de violence bienque ses disciples et lui eussent été les premiers à parler de s'armer, de retirer l'argent des banques et de réaliser le projet d'Âtwood, la grève générale. Je mentionne ces faits, non pour désavouer ma collaboration au manifeste, encore que je pense avoir fait un acte de folie en prenant part à certaines de ses dispositions ; mais, à la Convention, je sacrifiai beaucoup à l'union, à l'amour (pie j'avais de notre cause, et à l'espoir que je mettais en elle ; et j'ai encore assez d'orgueil pour croire que, si je n'avais pas été eniprisonné, j'aurais pu empêcher beaucoup d'émeutes et de folies qui se produisirent ^ »
Quelle belle page et combien instructive ! en mêuie temps qu'il nous fournil un document nouveau sur le caractère de Feargus, William Lovett nous révèle les sentiments auxcpiels il obéit luimême à la Convention. Une abei'ration {)assagère est insulTisaule pour expli(pier son attitude ; chez un homme tel que Lovett l'élément volontaire complète toujours l'élément sentimental : à côté des circonstances qui louchèrent son cœur, dans son amitié pour Vincent et dans sa foi passionnée en la cause Chartiste, le désir d'union amena ce réformiste à rédiger et à signer un faclum révolutionnaire; par là se découvie un des ressorts qui, dans un Parlement du peuple, fout le Irioniîdie toujours renouvelé dos exli-êmistes sur les modérés.
Entre le 17 juin et le i" juillet, les Conventionnels se multiplient pour haranguer les auditoires charlistes des grands meetings « réunissant une nombreuse assistance* » et qui adoptent le manifeste. Chacun, selon ses inclinations particulières, développe ses thèmes favoris, et, parmi h's (piostions qui* la ('onvenlion a posées au peuple, insiste sur celle qui est son dada |)réieré, Ricliardson