LoveU, op. cit., p
2. Après Fletcher demandant que, si le 20 juillet la Charte n'a pas obtenu force <le loi, la ïrève irénérale soit proclamée, John Frost dit : « Je suis d'accord avec mes collègues sur la Nécessité du mois sacré, mais je ne pense pas que nous soyons prêts à en donner l'ordre au peuple anglais. » Puis c'est Richards qui raconte que dans le Nord du Staffordshire et dans le Sud du Chesliire le manifeste a amené sans aucun ordre de la Couventiou un retrait général de l'argent des caisses d'épargne et «lUe dans les Potterics les Clnrtistes se livrent de préférence au boycottage : « Mes commettants m'ont donné |iour instructions de déclarer à la Convention que, si elle donne le mot d'ordre pour le mois sacré, elle sera obéie, mais qu'ils préféreraient que la convention ne se presse pas trop, eu fixant une date, aliii de permettre au peuple pendant quelques semaines de s'y pré|iarer. » Et Skevington confirme les paroles de fiichards. Moir pense que le temps n'est pas encore venu pour proclamer la Grève générale, qu'il faut attendre que la chambre sanctionne ou rejette la grève générale ; partisan de la descente sur les Banques, il est opposé à la fixation d'un jour pour le commencement de la grève générale : ce serait agir contrairement à la plus élémentaire sécurité,
Collins, Hartwell ' et Pitkeithly viennent apporter leur concours à Lovett : « Je veux attirer votre attention, dit Pilkoitlily, sur un fait : si le peuple commence la lutte lorsqu'il n'est pas encore préparé à la soutenir, il ne fera que river ses chaînes plus fortement, comme le peuple français Ta fait dans les deux luttes qu'il a entreprises. Notre devoir est de faire tout ce qui est possible et tout ce qui apparaît essentiel à la sécurité et aux progrès de la cause et nous avons toutes les chances en notre faveur, si nous n'agissons pas d'une façon imprudente, car le gouvernement tombe de plus en plus bas chaque jour, tandis que le peuple s'élève en dignité: si nous commettons la faute d'agii" prématurément en ce qui concerne l'une des mesures, fût-ce seulement de quelques jours, cette imprudence peut nous ramener vraisemblablement de vingt ans en arrière. »
La grève générale est actuellement prématurée, disent les Conventionnels qui ont encore quelque modération, ou même seulement le sens du possible et le souci de ne pas exposer à d'inutiles dangers les ouvriers charlistes. «Les temps sont proches», affirment au contraire les partisans de la révolution immédiate ; Neesom et Marsden soutiennent énergiquement la nécessité de fixer au plus tôt le jour (le la grève : « Je désire seulement, dit Marsden, faire luire aux yeux du peuple des espérances que nous puissions compter réaliser. » Mac Douall dit qu'il est autorisé par les mineurs de Stockport à déclarer qu'en bloc ils sont prêts à défendre la Convention et à exécuter ses ordres et qu'ils sont prêts aussi à le faire avec quelque chose dans leurs mains. Le D' Fletcher prétend que, dans tons les meetings auxquels il a assisté, les mesures auxquelles le peuple attache le plus d'importance sont la descente sur les banques et la grève générale ; et avec Dean, il est le seul à présenter la grève géuérale comme l'expression du vœu des meetings : on a l'inipi-ession que ceux même qui, parmi les conventionnels, préconisent la grève générale immédiate, obéissent plutôt à un sentiment personnel qu'aux sentiments ou aux injonctions de leurs commetlanis.
Si l'espritde surenchère, la misère exaspérée, le mysticisme révo-
i. HartNvcll ilrclaïc qu'il n'a pas nnu (riiistriicnoiis do sos commcflaiils pour voter 1.1 (lalr «lu mois sam'; tant qu'on un saura pas in sort de la Cliaric ; (lojiins dit qu'en adoi»lanl certaines mesures seulement, les Convenlioiinels ^MiMieraii-nt la eonlianee du peujili: plus facilement que s'ils fixaient témérairement un jour pour le mois sacré.
lutionnaire ou une sensibilité enthousiaste et crédule ont aveuglé Neesom, Marsden, Mac Douait et Fietclierau point de leur masquer l'évidence, c'est-à-dire le fait que le peuple cliartiste n'est ni prêt ni disposé à la grève générale, et que ceux; qui abandonneraient leur travail ne seraient ni suivis ni soutenus par la grande masse des travailleurs, comment nommer les sentiments sur lesquels repose l'opinion de Dean? Son discours manifeste une naïveté telle qu'on peut se demander si elle est involontaire ou non. « J'ai reçu, déclare Dean, des instructions de mes électeurs pour voter immédiatement la fixation du jour où la grève générale doit commencer, car beaucoup d'entre eux meurent de faim et ne savent pas, quand ils se lèvent le matin, où ils pourront trouver un seul repas ; si vous retardez la grève générale afln que le peuple puisse faire des provisions en vue de celte éventualité, il ne restera plus parmi eux personne pour la promouvoir. Les maîtres des fabriques d'Ashton et du voisinage ont déclaré qu'ils réduiraient les salaires de leurs ouvriers et feraient marcher les usines seulement trois ou quatre jours par semaine ou qu'ils les fermeraient pendant un mois entier. » Dean est convaincu que, si la Convention ne fixe pas une date, le peuple entrera en collision avec les autorités ; son discours éclaire le mystère de cette course folle à la grève générale, à laquelle, dans cette séance du 3 juillet, s'abandonnent les Constitutionnels, qu'ils soient partisans ou secrètement effrayés de l'entreprise.
En effet, bien qu'il se dise d'accord avec William Lovett pour attendre le sort réservé à la Charte, le D^ Taylor n'a sans doute pas compris la tactique de Lovett et il propose, au lieu du 1" août, la date du 13 juillet pour discuter le jour de la grève générale; désirant, dit-il, présenter une motion qui réunisse l'unanimité des Conventionnels, il amende sa première résolution ainsi : « La Convention publiera sans délai un appel au pays tout entier, conviant le peuple à retirer son argent des Caisses d'épargne et des mains des banquiers hostiles à la Charte du peuple ; à convertir toute monnaie en or; à s'abstenir de tous articles sujets à l'accise; à commencer le boycottage et à user de leur privilège constitutionnel pour s'armer ; les membres de la Convention se réuniront le 43 juillet afin de fixer le jour où le mois sacré devra commencer, si la Charte n'est pas encore devenue loi. » SVevington seconde cette motion, le D-- Fletcher l'appuie, et Peter Bussey consent à
retirer son amendement, car il a en dn reste complète satisfaction : le D"" Taylor, qni était davis de réserver la question de la grève générale, a fait sienne la motion plus trucnlente du démagogue; et, par sa résolution amendée, il s'est mis hii-même et il a mis ses collègues dans robiigalion de voter le mois sacré malgré Ini et malgré eux aussi peut-être.
Le D"" Taylor s'est-il abusé sur la force de l'opinion adverse ou s'est-il trompé sur la mesure des concessions qu'il a cru faire? en cédant complètement, il s'est imaginé trouver une transaction, et une fois de plus la minorité réelle l'a emporté sur la majorité ; car, si l'on dénombre les voix, on constate que buit conventionnels seulement s'étaient prononcés d'une façon formelle pour la grève générale : c'étaient Bussey, Brown, Warden, Neesom, Marsden, Mac Douall, Fletcher et Dean, auxquels il convient d'ajouter Cardo qui avait secoudé l'amendement Bussey et Stowe qui avait déclaré que ses commettants étaient prêts à soutenir la Convention en faisant grève. Tous les autres, Graigb, Gollins, Deegan, Pitkeitbly, Richards, William Lovett, John Frost, Skevington Hartwell, Smart \ Moir, le D' Taylor lui-même y étaient plus ou moins opposés et il faut leur adjoindre Feargus O'Connor qui, bien qu'ayant dit que, tant qu'on n'aurait pas le mois sacré, on n'aurait pas le suffrage universel, devait voter le 13 contre la grève générale : soit treize Conventionnels contre dix. En présence de ce partage des Conventionnels entre les deux opinions, si l'excellent docteur n'en était pas incapable, on pouri-ait voir (|uelque ironie dans les paroles du D Taylor se félicitant de l'unanimité qui s'était manifestée et disant qu'il n'avait jamais assisté à une discussion conduite avec tant d'agrément et des sentiments si cordiaux.
La résolution adoptée par la Convention la mettait dans l'obligation de voter le i;{ le mois sacré, si la pétition «'lait rejetée; or déjà on pouvait escompter ce rejet. L'attitude des conventionnels dans cette S(;ance même fournissait au gouvernement des arguments pour qualifier le mouvement chartiste de révolutionnaire et par là le disqualifier, et, alors môme que la Chambre des communes aurait été disposée à accueillir la pétition, elle ne pouvait plus le faire sous'la menace de la grève générale; on pouvait dire (jue d'ores et déjà la grève générale était votée et qu'il n'y avait plus
1. Sorllii'i-ii Slar, 6 jiiillrt : Smart ;ivail dit «iii'il ne fallait pas piefnln' mie décigiori liAtivr.
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([u'à en fixer le jour. Et quels faits avaient donc amenr les cnnventiounels à celte mesure exti'ênie ? De simples acclamations d(î meetings. Dans ce (iéhatdii 3 juillet, sauf des drmagognc^s de la trempe de Bussey et de Neesom on des illuminés comme Mac Douall et Marsden, tous les autres proclament bien haut leur adhésion au principe, mais souhaitent en reculer l'application à l'infini. Cependant leur lâcheté et l'esprit de surenchère, qui s'est glissé à la Convention et est devenu l'âme des discussions, les empêchent de s'opposer d'une façon assez ferme à une entreprise qu'ils sentent impraticable et les amènent à donner l'unanimité à la motion Taylor. Il faut dire toutefois, à l'honneui' de Lovett, que celui-ci comprit cette folie et qu'il chercha â l'éviter en demandant la nomination d'un Comité de six membres chargé de trouver les meilleurs moyens de mettre à exécution « cette grande entreprise » ^ Malheureusement les événements de Birmingham et son arrestation empêchèrent le secrétaire de la Convention de poursuivre le dessein si habilement combiné de faire remettre la grève générale aux lenteurs d'une procédure moins expédilive, aux soins d'un comité peu nombreux et qui par suite avait chance d'apporter dans ses délibérations plus de réflexion et moins d'entraînement que l'assemblée. Ces événements allaient aussi précipiter encore d'un élan plus rapide les Conventionnels dans la voie dangereuse où la discussion du 3 les avait engagés et dans une entreprise qui, comme l'avait dit l'un d'eux, « n'était rien moins que la Révolution ».
Le 4 juillet, une première émeute éclate à Birmingham^. Pendant l'agitation de 183:2, les réformistes de Birmingham, ouvriers et bourgeois, avaient coutume de se réunir sur le Bull Ring durant les heures du dîner et de la soirée pour entendre la lecture des nouvelles de la journée. Les Chartistes avaient suivi cet exemple et s'assemblaient sur la même place. Les autorités locales comprenaient des bourgeois, réformistes en 1832, que le vote du reform bill avait rendus conservateurs : jugeant cette pratique séditieuse, elles l'avaient interdite. Cependant, malgré
1. Novlhern S/ar du 13 juillet : séance de la Convention du 6 juillet.
2. Lovett, p. 217 à 221, et Northern Sfar du 13 juillet. Gammage (p. 131) se trompe eu disant que cette émeute a eu lieu le 8 juillet.
certaines arrestations, les Charlistes n'en continuaient pas moins leurs réunions en ce lieu consacré. Aussi les autorités de Birmingham avaient-elles réclamé à Londres un renfort qui leur arriva par chemin de fer le i jiiillel. A peine descendus du train, les hommes de la police mélropolilaine sont mohilisés pour disperser sur le Bull Ring le peuple écoulant pacifiquement la lecture du journal commentée par un ouvrier : gourdins au poing, ils foncent sur la populace et il exercent leur traditionnelle hrutalité sur hommes, femmes, enfants qui leur tomhent sous la main. Surpris par cette attaque inopinée tous fuient; mais bientôt leur exaspération triomphe de leur premier effroi, ils se retournent contre la police qui à son tour est obligée de fuir. L'arrivée de l'armée et la lecture du Hiot Act transfoi'uient en défaite une victoire commençante; des détachements sont placés à toutes les issues du Bull Ring et d'autres circulent à travers les rues pour empocher les attroupements. Il est dix heures et demie. Les Charlistes qui sont parvenus à se rallier parcourent la ville en chantant : à bas les tyrans, à bas. Entre onze heures et minuit, des cris s'élèvent : « à Holloway.à HoUovvay» ; et les manifestants se portent vers Holloway head ', loniue, passant devant l'église Saint-Thomas, ils ont l'idée d'arracher les grilles « pour s'en faire des armes et pour se défendre s'ils étaient de nouveau attaqués '^. » Une fois munis de ces armes formidables, ils songent naturellement à s'en servir et à tirer vengeance de la police : retournant en arrière, ils se précipitent à nouveau vers le Bull Ring lorsqu'ils rencontrent le I)'" Taylor et Me Douall. Ceux-ci ont les plus grandes diflicultés à les persuader de jeter bas leurs armes et le D"" Taylor doit user de son influence pour arracher à la fureur populaire un homme de la police. Malgré cette intervention, reconnu au milieu des manifestants, le D"^ Taylor est arrêté à deux heures du matin « pour avoir été vu parmi la foule ^ » et, avec dix autres prisonniers, est conduit à Warwick goal.
Léo, dès neuf heures du matin, les Conventionnels se réunissent au Lion d'Or, (ont émus des événements de la nuit, et anxieux, dit Lovett, de voir exprimer publiquement l'indignation causée par cet outrage fait au peuple: « De cœur avec eux et sentant profondément (iii'une grave injustice avait été commise, je rédigeai et [)ro-
\. Un des lieux habituels de nieetintçs, un peu en dehors de la ville.
2. Lovell, p. 218 : « For having been seen among the crowd. »