‹ L'évolution du Chartisme, 1837-1839Chapitre 47 sur 65 · Cardu duiiin,' dus détails intéressants · texte numérisé non relu

Cardu duiiin,' dus détails intéressants

croit Donaldsnn, à Stoiirhri(li;(\ à Lye Wtiste, el à DiiHlov, le pf'iiplo ne |)eiil plus ciuhiix'r la misi'r»» oi nllcnd stMili'incnl les ordres de la Convention poui- a^ir. Selon Marsden, J.ancaslei', Bnrnlev, Cliorlev onl ri-pondu alTirtnalivenient aux queslions du manilesie Dans le Cheshire, le peuple, dit Richards, est décidé à iirer vengeance de ses oppresseurs, sil n'est j)as donné salislaclion rapide à ses revendications. A tous les meetings auxquels le D' Taylor a assisté, les ivsiiUals ont é(é excellents, et Collins dit (pie partoul. à Greenock, à Bannockhurn, à Alloa, à Montrose, à Dundee, à l*eit, à lùlinihoiirt^. la (ionvenlion a élé acclamée et lardenl convenlionnel aflirnie rpie jamais dans toute sa vie il n'a vu se manifester im tel enlliousiasnie ni une telle ardeur. Quel optimisme, (piel illusionnisme ! et même quelle naïveté, peut-on dire, lorsqu'on entend Biirns reprochera Hai'twell d'avoir omis de donner celte preuve des progrès de la cause cliarlisle, la présence parmi les memhres des associations radicales de policemcn occupés activement à recueillir les sonsci'iplions '.

Le lendemain, 3 juillet, après que Woodhouse et James Taylor ont rendu compte de leui' mission, la (convention aborde la discussion des mesures ult(''rieures. Tous les di'lt''gut'S viennent de déclarer (pu' le peuple est prêta agir et qu'il n'attend qu'un signe de la (](Mivention : aussi cette assemblée est-elle comme déterminée par tout ce qu'elle vient d'entendre à examiner immédiatement la mise à exécution des mesures ultérieures. Parmi celles-ci une seule va concentrer l'attention, non parce qu'elle apparaîtra le moyen le plus erficace de réalisation, mais parce qu'elle se recommande aux démagogues par ses aspects de lévolntion |)rol(''lari<Mine coiinne un admirable moNcn de n'clanK; et qm^ les autres Conventionnels, saut' quehpu's exceptions, n'oseront pas y paraître opposé's. Tous, en eiïet, ou prescpu» tous, se déclareront partisans de la grève générale : les uns, plus |)ressés parce (pi'ils ne s'in(piièlenl pas des risques et veulent seulement satisfaire aux exigences de leur réputation de démocrates trop impatients du bonheur du |)euple pour siqjporter aucun di'-lai, \ont deniander «pion li\e au mois sacré la dal(; la plus rapprocluM»; les autres, (b'sireiix en leur àme et conscience d'i'carter une si grandi^ lolie, approuv(Mont le principe, mais, pour des raisons d'opijortiinité',

i. Soi'lhern S/ar <lu (J juillet : « M. Harlwell a omis île dire iiu'il se liipii\,<it mriin' di'S policemcn ji.irnii lus membir-s des associ.itions radicales. »

ivciaineroiit son application a luiine. Entre les uns et les autres, Lovelt, comprenant le danger, et aussi (jnil est impossible de heurter de Iront l'opinion la plus bruyante, essaiera par une mesure dilatoire d'écarter la mise à exécution immédiate de la grève générale qu'il considèie irréalisable.

Le D'' Taylor prend le premier la parole : « J'ai visité ma cii'consciiplion el jai demandé à mes commettants leurs réponses aux; questions du manifeste : sur les grands principes, le peuple est en accord parfait avec la Conventiou et il est décidé à conquérir la Charte, quelles qu'en puissent être les conséquences ; il ne désapprouve aucunes des démarches de la Convention ; tout au contraire, il est unanime à penser qu'elle a plus fait qu'on n'en pouvait attendre. J'ai assisté à vingt-six grands meetings en Ecosse et j'y ai posé les questions du manifeste qui, d'une façon générale, ont reçu des réponses affirmatives ; mais, en ce qui concerne le mois sacré, le peuple croit qu'il ne conduirait à rien moins qu'à la Révolution. Cependant, si la Convention dit un mot en faveur de cette mesure, le peuple est prêt à la suivre. Ma première intention était de fixer un jour, le lundi 15 juillet par exemple ou toute autre date, pour que la Convention publie ce jour-là ses ordres. iMais je propose à la Convention de publier immédiatement une adresse au pays tout entier pour demander au peuple de retirer son argent des Caisses d'épargne, d'opérer la descente sur les banques, de commencer le hoycotlage, de s'abstenir de la consommation des objets soumis à l'accise, et d'user de leur privilège constitutionnel pour s'armer le plus vite possible. ^> On remarquera la réserve du D' Taylor en ce qui concerne la grève générale ; cette réserve paraît être aussi celle des meetings auxquels lia assisté ; il convient de lire entre les lignes dans ce discours qui écarte le mois sacré ; la gi'ève générale, ce n'est rien moins que la Révolution et le peuple y est-il bien prêt?

Feargus O'Connor se lève pour appuyer la motion du D' Taylor; mais indirectement, selon sa manière, il va amorcer la discussion de la grève générale : « Je considère que les mesures ultérieures sont le plus grand sujet d'examen qui se pose à la Convention, la question la plus importante à n'-soudre. Car nous n'avons pas à attendre simplement ce qu'il peut advenir de la pétition, mais nous devons conquérir la Charte; et je suis convaincu (lue, tant que nous n'aurons pas un mois sacré, nous n'aurons jamais le

suffrage universel. » Ainsi Feargus fait dépendre l'obtenlion du suffrage universel de la grève générale : cette fois encore il est Tun des auteurs responsables et, peut-on dire même, l'instigateur de la plus grande folie de la Convention; peiit-ôire que, si sa voix inlluiMite navait pas prononcé cette parole, un autre après lui ne l'aurait pas Iransformée en un acte, eu une proposition. Mais il n'était pas non plus dans les habitudes de ce grand [)()liti(jue de s'engager à fond dans une circonstance décisive ; aussi ne reconimandet-il pas la mise en application immédiate de la grève générale ; et, comme par cette phrase il craint de s'être peut-ôtre trop avancé, après avoir poussé la Convention vers le mois sacré, il cherche ensuite en la flattant à la retenir: « La Convention est maintenant la seule autorité qui existe dans ce pays ; mais je pense que nous ne devons pas faire sentir trop soudainement au peuple le pouvoir qui est enti'e nos mains. Nous avons conquis une grande importance dans le pays, et il ne faudrait pas risquer une défaite générale- pour un triomphe partiel. » Par ces paroles, Feargus se réserve, pour l'avenii-, le droit de dire qu'il a déconseillé l'opération.

Ce que Feargus n'avait que suggéré. Peter Bussey va le faire : '< L'opinion de mes électeurs est qu'il faut retirer l'argent des Caisses d'épai-gne, et ils sont en tiain de le faire. En ce qui concerne h,' droit de s'armer, le bon vieil esprit anglais les anime ; ils ont des candidats charlistes tout prêts ; ils sont disposés à faire du boycottage dans loute la mesure désirable; ils sont convaincus de la nécessité de ne consacrer leurs efforts à aucune agitation qui ne mène au suffrage universel. Si la Convention donne le mot d'ordre pour le mois sacré, mes électeurs sont i)rêls à ne reprendre leur travail que lorsque la Charte sera devenue la loi du i)ays. Aussi, présenterais-je un amendement (à la motion du !)■■ Taylor,.» Et Peler Bussey propose que la Convention recommande au peuple d'agir conformément au manifeste le 1o juillet. L'amendement Bussey diffère de la motion Taylor parce qu'il ne fait pas de distinction entre la grève générale et les autres mesures ; Bussey n'exclut pas la grève générale d'une réalisation qu'il veut immédiate et qu'il fixe au 15 juillet, landis que le !)■■ Taylor remettait le soin de discuter cette grave question à une délibération ultérieure.

Cinci Conventionnels appuient immédiatement l'amendement de

Bussey. Cardo considère que la descenle sur l(;s banques suffira ainplemeiU à provoquer l'essor de la grève ^M'iiérale ; le D' Fletcher pense que la grève générale serait la meilleure méthode pour amener la réalisation des projets chartisles : « une descente sur les banques serait suffisante pour provoquer la grève générale ; et, si ce jour ari-ivè, il faudra se nourrir, mais qui osera refuser cette nourriture? Si un sentiment de justice et un sentiment d'humanité ne suffisent pas à nous la faire donner, nous l'obtiendrons delà crainte ». Le D' Fletcher soulève donc une objection contre la grève généi-ale, mais il ne s'y arrête pas. Le D"" Mac Douall dit que le peuple d'Ashton a décidé de se munir d'aimes : « Je désire voir la grève générale adoptée aussi vile que possible et, comme juillet est un mois célèbre pour la Révolution et la Réforme, je conseillerai le mois de juillet, car nous avons en perspective une bonne récolte que nous pourrons moissonner. » Warden appuie la proposition de Bussey parce qu'il pense que « la grève générale est l'équivalent d'une insurrection nationale » ; et Brown qui vient d'être mis en libeité exprime sa satisfaction de l'amendement Bussey: « Si jamais j'ai senti du plaisir à recouvrer ma liberté, c'est à présent, parce qu'elle me fournit l'occasion de soutenir l'amendement de M. Bussey. Il est impossible que le mouvement actuel se continue plus longtemps sans que quelque chose soit fait pour fixer une date précise et mettre un terme aux soufl"rances des classes laborieuses opprimées ; et, en fait, je considère comme absolument indispensable que cela soit fait. »

De l'aveu même de ses défenseurs, la grève générale apparaît la voie qui mène à la révolution : elle est, selon le mot de Warden, l'équivalent dune insurrection. EL c'est sans doute aussi le motif pour lequel quelques Conventionnels refusent de prendi-e la responsabilité d'une telle décision : Deegan est très fermement d'avis de placer la grève générale en dehors de leurs résolutions et de ne proposer à l'adoption du peuple que les autres mesures du manifeste. Collins appuie énergiquement la motion du D'"Taylor et considère qu'il vaut mieux laisser la question de la grève générale pour plus tard. Craigh est plus prudent encore : il avoue qu'il n'a reçu aucune instruction de ses commettants pour hâter les mesures ultérieures et il est d'avis que la Convention doit attendre encore une réponse précise à la j)élition. L'attitude prudente de Craigh n'avait aucune chance de rallier la majorité des Conven-

tionnels el William Lovclt s'en était reiulu compte. Aussi, lorsqu'à la l'oprise de la séance, il ])rend la parole pour appuyer la motion Taylor, il ne veut pas contredii'e trop directement les partisans de la grève générale, mais seulement obtenir leur consentement aux propositions dilatoires qu'il va leur faire. Son discours est à fois un nouvel exemple de son sens exact du réel et une preuve de l'expérience que lui ont donnée quelques mois de vie parlementaire.

«Je suis, dit William Lovett, en parfait accord avec la motion du D' Taylor; mais en même, temps aussi je ne puis m'empôcher de penser avec M. Bussey et les autres paitisans de la grève générale qu'un holiday on mois sacré serait le seul remède efficace aux soullVances du peuple ; mais, tout en partageant cette opinion, je suis d'avis qu'il faut savoir ce qu'on peut attendre de la Chambre des Communes et quelle est sa réponse à la motion Atwood relative à la Charte avant de recommander une démarche aussi sérieuse et solennelle que le mois sacré. Je pense aussi qu'il doit être fait provision de vivres pour le peuple avant de lui donner l'ordre de cesser le travail. Je pense qu'il vaut mieux nommer un comité de dix à douze personnes chargées de chei'cher les meilh'urs moyens de réalisation pour le mois sacré. Je crois également qu'un excellent moyen serait de choisir quelques métiers qui, en se mettant en grève, amèneraient tous les autres métiers à abandonner le travail, et de réunir des fonds pour les soutenii'. Ce serait une excellente façon d'éprouver ropiiiion publique, car, si lesChartistes ne sont pas capables de souscrire 1 s. ou G d par semaine pour une telle œuvre, on pourrait émettre de sérieux doutes surla possibilité de les voir abandonner eux-mèines l'ateliei". Telles sont les raisons pour lesquelles je suis d'avis (ju il faut voter la motion Taylor et ensuite nommer un comité i)our le dessein dont je viens de vous entretenir. » En se prononçant pour la nomination d'un comité chargé d'examiner les possibilités d'une application partielle de la grève générale, Lovett espère ajournera l'infini et même arrivei' com[)lètement à écarlei- la grève giMn-rale, dont il redoute les conséquences autant pour les travailleurs Chartistes ([uc pour la Convention ; il sait ce (ju'on peut attendre en mettant à r(''preuve les puissances de sacrifice des Chartistes et co <|m' doit tlonner l'expérience de leurs dispositions réelles en faveur du mois sacré ; et, dans son autobiographie, il ne craint pas d(> nous ré'véler les

motifs qui lui avaient l'ait adopter cette tactique pour écarter la grève générale : « si les Cliartistes n'étaient pas disposés à payer chaque semaine une petite somme, on ne pouvait guT-re espérer d'eux lunanimité d'adhésion nécessaire à la grève générale ; et alors nous aurions, dit-il, une excuse véritahlement raisonnahle pour abandonner le projet'. » Quel sens politique profond dans cette phrase et dans cette attitude; quelles ressources l'expérience parlementaire et le gouvernement des hommes font apparaître en des individus qui semblent mal préparés par leur caractère, par leur éducation ou même par leurs idées !

Le débat sur la grève générale continue, mais, quoique aucun des Conventionnels n'y apporte la même lucidité, il ne manque pas d'intérêt, parce que les discoui's des uns et des autres mettent en relief les raisons secrètes de Lovelt-. C"est John Frost qui se déclare d'accord avec ses collègues sur la nécessité du mois sacré ; mais ajoute « je ne pense pas que nous soyons prêts à en donner l'ordre au peuple anglais » ; Richards demande que la Convention ne se presse pas trop de fixer une date ; Skevington conflrme ces paroles ; et Moir dit que proclamer la grève générale serait agir contrairement à la plus élémentaire sécurité. Lovett veut profiter des sentiments exprimés par les précédents orateurs pour reculer la délibération sur la grève générale et la faire rejeter bien au delà de la décision que la Chambre des Communes prendra le 13 juillet à l'égard de la Charte : le l*-^ août lui paraît l'époque convenable pour examiner cette question.

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