‹ L'évolution du Chartisme, 1837-1839Chapitre 62 sur 65 · Northern Slar du 14 septembre · texte numérisé non relu

Northern Slar du 14 septembre

tion, IIP s'étant pas pIiio, n'a jias le pouvoir do proiioncor ellemùine sa dissolution. Ilai'lwcll pio|)oso qiu) la Convention s'ajourne seulement et qu'un Comité soit nommé; cet amendement obtient dix voix contre dix et une ahslciition ; le président donne sa voix pré|)ondérante à ramendement. La motion du Di^Taylor demandant la dissolution est alors mise aux voix et repoussée par seize voix contre cinq. Bronterre O'Brien présente un amendement pour fixer la dissolution de la Convention au iA et pour exposer dans une adresse au pays les raisons qui ont amené les Conventionnels à prendre celte résolution ; l'amendemeiitest secondé par le D^Taylor. O'Connor l'ait op()osition à cette pro[)osition et est ])arlisan d'un simple ajouiTiement. La question est aloi's posée de savoir si la Convention doit s'ajourner ou se séparer le 14 : onze Conventionnels sont partisans de la dissolution et onze de l'ajournement; le président apporte sa voix prépondérante à la proposition de dissolution '. Sur une question aussi grave, on retrouve parmi les Conventionnels les mêmes incertitudes et les mômes indécisions que dans les circonstances précédentes ; après quelles hésitations, symbolisées par l'attitude du président votant tour à tour pour l'ajournement et pour la dissolution, la Convention, à égalité de voix, adopte la seconde alternative -.

Le 21 septembre, dans la Northern Star, Feargus O'Connor porte son jugement sur la Convention et il fait le bilan et examine l'œuvre de cette assemblée : cherchant à expliquer son échec, il y Irouve les raisons qui peuvent contirmer ses thèses et servir sa politique. « La Convention a été; formée hâtivement ; elle comprenait un trop grand nombre de bourgeois; vingt et un membi'es de celte assemblée ont donné leur démission, et ce sont ces démissions qui ont affaibli la Convention et ont été la cause première de son insuccès. Elle a eu à lutter contre de nombreuses diflicultés et notamment elle a été viclimede la conduite inconstilufiounelle des juges. CependanI, maign'' toutes ces difficultés, le l't'sullat dt^ ses travaux a été excellent : elle a obligé la monairhie, les chambres

1. Northern Star, 14 septitulne : les deux premiers votes réunissont 21 convfiitionnclH et le troisième 22 ; l'altitude du président est bizarre et il paraît avoir ciiaiii^ré d'avis iMilre le premier et le lioisiéme vote puisqu'il vote d'a))ord pour l'ajouiiiement, puis pour la dissolution.

2. l'our : lîussey, Skevin^lon, Ricliarils, Barry, Jones, Cardu, Pitkeitlily, O'Hrien, Harncy, Hetherington. Krost, D' Tiiylor. Contre : Rurns. Luwrey, Neesotn, llaitwell, O'CoQuor, Carpenter. Wolstoneliohne, Jackson, Smart, James Tuyior, Deegan.

du parlement et toutes les classes de la soriété à prendre nos principes en considération ; elle a établi le droit de l'Assemblée qui la remplacera ; elle a prouvé combien est eflicace l'union du peuple et a appris à celui-ci à connaître ses amis et ses advei'saires i». Cette phrase découvre la seule préoccupation d'O'Connorqui estde justifier son attitude et de jeter la suspicion sur les leaders issus de la botirgeoisie : car il redoute plus leur concurrence que celle des ouvriers, plus inexpérimentés, doués de moindres puissances de séduction et aussi dupes plus faciles. Selon Feargus, la Convention était fatalement destinée à un échec dont la raison principale est sa composition ; elle a échoué parcequ'elle n'était pas un vrai i)arlement du peuple ; elle comprenait parmi ses membres trop de bourgeois ; et, pour le démontrer, Feargus énumère avec soin les hommes des classes moyennes qui ont donné leur démission : James Paul Cohbett, Arthur Wade, les délégués de Birmingham, Douglas, Sait, Hadley et Pierce, les délégués écossais Matthew, Craig et Villiers Sankey ; James Wroe, J. Wood, John Good, James Harris, Whittle et Benjamin Tight ; auxquels il convient d'ajouter les bourgeois qui avaient été élus, mais qui ne siégèrent pas : « R. B. B. Cobbett, Nightingale ', Willis, Smith, Muntz, Edmunds, un épicier de ïodmorden dont «j'ai oublié le nom», Ebenezer Elliot et Mr. Stephens ». N'y a-t-il pas eu aussi des Conventionnels ouvriers qui ont aussi démissionné? Certes, dit Feargus, mais tous ont eu de bonnes excuses : « Richardson, délégué de Manchester qui a donné un motif valable, William Rider (qui a allégué une raison de conscience), James Mills, Alexandre Halley, William Gill, James Fenney (aux frais duquel les électeurs n'ont pu subvenir; soit vingt-trois délégués bourgeois contre six ouvriers. » Le démagogue veut sans doute suggérer l'illusion flatteuse que le peuple ne rencontre de vraie sincérité que dans ses enfants, hormis chez le descendant des Rois d'Irlande. Feargus O'Connor continuera à discréditei- la piemière Convention en disant dédaigneusement qu'elle n'était qu'une Assemblée « d'Atlvoodistes, de Cobhettistes et de Londonistes >^'\ En un sens il avait raison de dire que les Conventionnels, en démissionnant, avalent mal agi : leur

1. Fearg-us O'Connor ajoute « je crois •>, ce qui ttMidrail à prouver qu'il n est pas certain que Nighting-ale n'a pas siéi:é.

2. Northern Slar du Tj avril ISio : « La Convention de 1839 n'était pas une puio représentation de la classe ouvrière. »

faille avait été de se résigner à l'inaction et, sans le vouloir, de eoiilijhnor par leur abstention à déterminer la courbe de l'évolulioii en modifiant les conditions dans lesquelles la Convention pouvait agir.

Dans son article du ':2I septembre, Fcargus O'Connor insiste aussi sur les querelles qu'ont fait naître entre les Conventionnels les questions d'argent, nous dévoilant ainsi un Irait curieux de la psycbologie des délégués. Les dépenses de la Convenlion pendant buit mois se sont élevées, en comptant les frais de mission, à £ 2,000 ; le bénéfice a-t-il été inférieur à la dépense ? Non, lenvoi des représentants en mission, a instruit le peu|)le : Feargus se donne l'élégance d'avouer son erreur; il reconnaît que l'ai'genta été dépensé honnêtement, à une seule exception près. Et, après avoir glissé insensiblement des critiques aux éloges, l'apologie de la Convention l'amène à proposer la nomination qu'il souhaite d'un nouveau Pai'lement du peuple, d'une Assombléc de vingt et un membres dont il est disposé, dit-il, à payer de sa poche chaque représentant t 2 par semaine'; admii'able invention (pii aurait l)ermis a Feargus d'avoir dans sa main la nouvelle Assemblée, idée (juil reprendra pour la réaliser en 1843. Ce démocrate intransigeant n'aspire qu'à la dictature ; son tempérament autoritaire, son ambition, sa vanité ne lui permettent pas d'accepter le partage de la faveur populaire avec d'autres leaders, et, s'il est encore en bons termes avec Bronleri-o, il se brouill(!ra bientôt avec celui-ci, le couvrira d'injures et de calomnies et essaiera de le disqualilieiauprès des classes ouvrières. Pour le moment, Bronterre qui vient de sauver le Chartisme d'une périlleuse aventure esl, avec Feargus, le leader le plus écouté : aussi la Northern Star est-elle obligée de le ménager, et, comme Bronterre veut lancer un journal, la Sonthern Star, elle annonce la nouvelle comme un heureux événement <iui doit être accueilli avec une grande joie |)ar les Iravailleurs; elle demande à ceux-ci de se rallier aulour de cet i< ami inllexiljle et persécuté de la Démocratie »; elle compare « le maître d'école du pauvre » à un lion « sur les talons duquel les rocpieis de la |)resse aboyent, essayant en vain de mordi-e ». J^a Sorllimi Star et la Southern Star agiront de concert : « elles marcheront la main dans

i. Northern SUir, 21 stpleinliie el 14 seplembie, p. i. Dans le Nurl/iern Slar (p. 6), 21 septemhre, il expose iJéja les idées du plan a;.'raire qu'il reprendra dans la Xorl/tprii Slar et dans le Liihuiirer.

la main; il n'y a pas do i-aison pour <jiie le surrès de la Sout/teni Star ne soit pas aussi <;iand que celiii de la Noii/inn Star. . . Que tous ceux qui hésitent sur le drcoir prrscnf rappellent à leur mémoire la coiuluite d'O'Hrien pendant les neuf dernières années, dans toutes les situations qu il a (Hé' appelé à rencontrer et, pendant ces neuf années, ils le trouveront luttant, souvent seul, contre les oppresseurs du peuple. Que son effort actuel puisse être couronné de succès, c'est là le sincère désir de notre cœur. , . Les deux Stars « fraternelles » lutteront contre les démons de la presse : seuls nous les avons tués ; à deux nous les brûlerons ' ». La Northern Star est-elle désintéressée au point de ne pas se soucier de la concurrence que la Southern Star peut lui faii-e auprès des lecteurs cliartistes? Que Brou terre ne se laisse pas pi'endre à ces belles paroles; la Northern Star ne l'accable d'éloges que pour pouvoir mieux étouffer sa voix et discréditer sa personne ; plus grands et plus nombreux seront ces éloges, plus complètes et plus profondes apparaîtront au public la sincérité de Feargus et de son journal comme la véracité de leurs dires, lorsqu'un austère devoir les forcera à se résigner par amour du peuple à dévoiler les hypocrisies et les trahisons de celui qui les aura trompés eux et lui. Il sufftra d'attendre que les procès de Bronterre, en rimmol)ilisant en prison -, l'empêchent pendant dix-huit mois de paraître sur la scène politique. Après la séparation de la Convention chartiste, l'évolution du réformisme à la violence semble terminée et les mois de septtMuhre et d'octobre 1839 confirment cette impi'ession. Aussi bien, si elle n'avait pas été la cause pi-einièi"e de cette évolution, la Convention, par sa faiblesse d'abord, puis par ses imprudeiu-es, avait contribué à fixer le chartisme dans cette voie et même à accroître l'élan provoqué parles protagonistes delà force physique et les propagandistes de la grève générale. Sa dissolution devait agir sur la psychologie des leaders et sur celle des troupes. Elle enlevait aux masses exaspérées leur point d'appui et la croyance qu'elles avaient de posséder en la Convention un centre de direction et de coordination pour leurs eff'orts révolulioniuiires. Les leaders les plus violents et les adeptes les plus décidés de la force physique avaient été, au moins [)Our un temps, apaisés par les événements : la crainte de la

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