‹ L'évolution du Chartisme, 1837-1839Chapitre 64 sur 65 · En français dans le texte · texte numérisé non relu

En français dans le texte

parce que les travailleurs du Yoiksliiriî iTonl pas l'enconlré pour les conduire uu brave lioniuie connue John FrosI, clin-lien (jui aimait Dieu coiuuie le père diiue t^randr' lainilli' el voulait (h'ja le ciel ici-bas, au reste, fidèle à la parole donnée et préférant se tain; tuer plutôt que d'abandonner dans leur dessein téméraire des individus ayant mis leur confiance en lui. Si les ouvriers du Yorkshire ont été sauvés d'une aventure semblable à celle de Newport, et qui aurait pu être et aurait été certainement plus sanglante, c'est grâce à l'insincérité et aux |)as(piinades des deux bommes qui leur inspiraient la plus grantle admiration.

Ici encore les détails que nous devons à Lovett éclairent la psychologie de cette histoire en môme temps que l'âme de deux des principaux personnages. Après avoir fait tout ce qui était en son pouvoir pour amener une amélioration dans le traitement de Vincent en prison, John Frost, de passage à Londres, s'était plaint, en présence de deux ou trois Conventionnels, de la conduite des autorités et avait dit (pi'il avait les jdus gi'audes difficultés à empêcher les Charlistes gallois d'employer la foire pour mettre Vincent en liberté. Sur quoi, l'une des personnes présentes déclara que, si les Gallois se soulevaient, les travailleurs du Yorkshire et du Lancashire étaient prêts, il le savait, à se joindre à eux pour organiser un coup de main en faveur de la Charte. Frost offrit de consulter à ce sujet les Gallois, et Peler Bussey, les ouvi'iers du Yorkshire et du Lancashire.

Peu après, le |)i'ojet <les Gallois est discuté au meeting de Heckmoudw iik : certains objectent que ce soulèvement est prématuré, mais la plu|)arl se déclareuL détcrmiui'sa appuyercette eiitro prise par un soulèvement dans le Noi'd. Les Cliartistes songent immédiatement à Feargus OConnor el lui adressent un délégué pour lui demander d'être leur chef « comme il l'avait si souvent proposé' ». Et voici la conversation entre ce di'légué et Ft-argus telle (pu; la rapporte Lovett :

Lr l)i'h''(/ii<'' : .Mr. OConnor. un soulè\t'uienl en faveiu' de la Charte vase produii-e dans le Yorksliirr cl je suis envoxi' par. . . . |)0ur vous (h'maudrr dr \(>tis uicllrc a iioirr Idc, connne vous nous avez si souvent promis de le faire (pi. nid nous serions prêts.

1. LovcU, iip. cil., |t. 2'iS cl siiiv.iiitts. Miiliii.' :iiii|iii'l assislairiil (|ii.iiaiiln drWgués ellrois CoiivcuUoiiuels. Lovult dil tenir l.i |iluiiait di; lus r(iis('ii.'iitiii('iits di' Joliii r,olUiis.

Fomujus : Bon: quand lo soulrvomoiit dnil-il avoir lien?

Le Déléf^iié : Eh bien, nons avons décidé d(> commencer samedi prochain.

Feargus : Èles-vous suffisamment armés?

Le Délégué : Oui, nous possédons des armes.

Feargus : Bon, tout va bien, mon ami, cest parfait.

Le Délégué : Alors, Mr. O'Gonnor, puis-je dire à nos hommes quils peuvent compter sur vous et que vous serez lenr leader?

.\ ces paroles, Feargus s'indigne : « Eh qnoi. Monsieur, depnis qnand avoz-vous entendu dire que moi ou nne personne de ma famille ait jamais trahi la cause du peuple? ,\p nous sommesnous pas toujours trouvé à notre poste à l'henre du danger? » Par cette rodomontade Feargus persuade au pauvre diable qu'il est prêt à tout L'homme s'en retourne et avecassurance affirme qn'on pouvait comj)ter sur Feargus; mais « parla suite le trop crédule individu fut jugé comme un infâme menteur et perdit toute considération )', car Feargus ne craignit pas de jurer solennellement qu'il ne lui avait fait aucune promesse. Pas un instant les Chartistes ne crurent que le menteur était le descendant des rois d'Irlande.

Effrayé de s'être presque engagé par les paroles ambiguës qu'il avait été obligé de prononcer, Feargus prend ses dispositions pour faire écliouer l'entreprise; après s'être renseigné et avoir été forcé de croire à la réalité du mouvement projeté, il se met en route et il ne songe qu'à annuler au plus tôt Telfet de ses conseils et de ses vantardises ; mais, comme il n'agit jamais par lui-même pour ne pas se compromettre, il envoie George White parcourir le Yorkshire et le Lancashire pour affirmer un peu partout qu'aucun soulèvement n'aura lieu dans le Pays de Galles, il envoie Charles Jones pour assurer les Gallois qu'il n'y aura pas non plus de soulèvement dans le Yorkshire et. que derrière ce projet, il ne faut foir qu'un complot de la police, une manœuvre du gouvernement. Malheureusement, lorsque Charles Jones arrive à la demeure de Frost, celui-ci est absent, il est à une conférence avec les autres leaders de la région. Charles Jones parvient cependant à rejoindre Frost, mais trop tard, car le peuple est i-ésolu à lilx'-rer Vincent : « Mieux vaudrait, dit Frost, me brûler la cervelle que d'essayer de m'opposer à cette détermination ou de reculer. »

— IIP) —

Aussi le pacifique rommeivanl de Newport supplie-t-il Charles Jones (le reloiifiier iinmikliateniciil en Ynrkshire et en Lancasliire, pour feuler de soulever les travailleurs de ces districts par l'exemple que leur donnent les Gallois ; et, comme Feargus n"a pas donné à Charles Jones assez d'argent pour le retour, Frost lui remet trois souverains. Mais, avant que rien pût être lait dans le Nord, les Chartistes gallois se font massacrer devant l'hôtel de Westgate.

Lorsque la nouvelle de ce désastre se fut répandue dans le Yorkshire, les Chartistes furent tellement exapérés de voir qu'ils avaient été trompés sur les résolutions des Gallois, qu'ils décident de mettre à exécution leur projet ahandouné le samedi suivant. A défaut de Feargus OConnor, on avait choisi comme chef Peter Bussey qui, par ses discours et son attitude, paraissait tout désigné à ce poste de combat. Mais, malgré la vigueur de ses opinions démocratiques, Peter Bussey ne semble pas avoir goûté cet honneur; il tombe soudainement malade. Les Chartistes ont des doutes sur cette maladie improvisée, et, voulant se rendre compte par eux-mêmes de la gravité du mal. ils cherchent leur leader dans sa maison et ne le trouvent pas : on leur répond que le médecin lui a ordonné, pour sa santé, la campagne '. Quelques jours après, en bavardant avec les clients du café paternel, le petit garçon de Peter Bussey laissa échapper le secret ; le farouche démocrate tenait à la fois une brasserie et une boutique de revendeur : « Ah ! ah 1 dit le petit garçon, vous n'avez pas pu découvrir papa l'autre jour ; mais moi je savais bien où il se trouvait : il était au grenier, caché denière les sacs de farine. » Imprudente parole qui coûta au virulent et intransigeant démagogue sa réputation et sa clientèle, l'obligea à liquider ses affaires et à s'embarquer pour 1 Amérique. Feargus O'Connor s'en tira à meilleur compte : redoutant qu'on ne vînt le chercher pour le forcer à l'héroïsme, Feargus pensa que le moment était bien choisi, il vit là une excellente occasion pour aller rendre visite à sa « malheureuse patrie » et, à une distance convenable des lieux dont il n'avait pas voulu faire le théAtre de ses exploits, proclamer (juil t'-lait prêt à marcher à la gloire ou à la mort. Lorsqu'il revint d'Irlande, Frost et quelques autres Chartistes étaient en |)ris(»n, le calme était revenu,

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