IV. UévoliUion commerciale dans VAsie aryenne
Après le coup d'oeil, que nous venons de jeter sur le commerce de l'Asie aryenne, nous ne pouvons plus méconnaître une loi d'évolution commerciale, s'accusant de plus eu plus à mesure que progresse notre enquête à travers le genre humain. L'histoire du commerce ne pouvait d'ailleure
(1) Chardin. Loc cit., 273.
(2) /6^d., t. VI, 305.
^(3)/6td.,t. X, 213.
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différer en cela de celle des autres grandes activités sociales. Les Aryas védiques, les Kâffirs, les Arméniens de l'antiquité nous montrent une industrie rudimentaire, un commerce borné et procédant ordinairement par simple troc. C'est surtout avec les pays limitrophes, que se font ces échanges primitifs où Ton donne des produits naturels et des esclaves pour se procurer les objets industriels, que Ton est encore peu ou point capable de fabriquer. Mais ce commerce embryonnaire semble être libre encore. S'il ne se développe pas, c'est qu'on a peu de besoins ; c'est que les moyens de communication existent à peine.
Dans les monarchies absolues de Tlnde et de la Perse, il n'en est plus ainsi. Sans doute la civilisation générale a marché ; l'industrie s'est grandement développée, le commerce s'est élargi et organisé ; des voies et des moyens de communication ont été créés, mais en même temps sont intervenues des entraves nouvelles provenant des mœurs, de la religion, de l'organisation sociale et politique. L'immobilité est devenue un dogme ; les procédés industriels se sont crislallisés dans des castes d'artisans. La religion a déclaré tel ou tel métier impur, telle caste ou Corporation souillée. Le pouvoir central, le roi, s'ingère dans tout, a la prétention de tout régler, l'industrie, les échanges, le prix de chaque chose : il se méfie surtout du commerce extérieur, qu'il entend diriger à sa guise, que parfois il confisque à son profit. Dans de pareilles conditions, les progrès importants sont difficiles ; la coutume a force de loi et elle immobilise tout. D'ailleurs les métiers et le commerce sont méprisés ; la religion et la guerre sont par excellence les occupations nobles.
En Perse pourtant il en a été autrement, mais uniquement parce que toute l'organisation de la Perse antique a été détruite et balayée par la conquête musulmane, qui a imposé au pays une monarchie absolue sans classe aristocratique. Plus de castes ; plus de classes méprisées ; mais
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Tégalité dans la servitude et partout le règne du bon plaii^ir. Le commerce n'étant plus ni dédaigné^ ni gêné, s'est grandement développé ; on y a même cherché un placement relativement sûr pour les capitaux^ un abri contre la niine. Mais en même temps Tamour de l'argent, du gain, de la spéculation a grandi et son influence, agissant dans le même sens que les criants abus et caprices d'une monarchie sans contrôle, a largementcontribuéà Tavilissement des caractères, à la démoralisation générale. Une telle vue d'ensemble est instructive ; c^r elle résume une vaste et longue expérience. Les chapitres suivants nous donneront d'autres impressions du même genre.