‹ L'évolution du commerce dans les diverses races humainesChapitre 129 sur 145 · X. Viniustrie et les métiers · texte numérisé non relu

X. Viniustrie et les métiers

Au Moyen âge, l'organisation des métiers procé da surtout du grand mouvement, qui aboutit aux Comm unes. Le

(1) Cibrario. Loc. cî7., II, 175.

(2) E. de Préville. Loc. ci/., I, 55.

(3) Cibrario. Loc, ciY., t. 11,179.

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Bas-Empire n'avait guère connu que des collèges d'artisans asservis par TÉtat. Dans les monarchies germaniques, fondées avec les débris de l'Empire romain, les artisans furent à peu près partout assimilés aux serfs. Quand, vers les ix« et X* siècles, les serfs affranchis devinrent assez nombreux, ils s'associèrent pour essayer de se défendre contre l'oppression et formèrent des sociétés jurées, des guildes^ qui préludèrent aux communes et à ce qu'on appela plus lard « les métiers )>. Quiconque avait juré la guilde y trouvait une certaine protection et quelque justice (1).

Au XIII* siècle, le corps de métier, la corporation, était constitué par l'association des artisans d'une même ville, exerçant une même profession. La corporation avait ses lois à elles, ses privilèges, ses magistrats, son administration, ses revenus ; elle protégeait ses membres contre l'oppression féodale et aussi contre la concurrence (2). En s' associant, les artisans s'étaient réservé le privilège exclusif du travail et avaient arrêté, ne varietur, le nombre des maîtres de leur corporation. Un inétier comprenait des maîtres, des compagnons et des apprentis ; mais le nombre des apprentis y était limité. Pour être reçus, ceux-ci acquittaient un droit et s'engageaient à travailler chez le maître pendant un nombre d'années variable, ordinairement de six à dix. L'apprenti vivait chez son maître et mangeait à sa table. Devenu compagnon, il pouvait travailler où bon lui semblait ; car le nombre des ouvriers n'était pas limité ; mais chacun d'eux ne devait quitter son patron qu'après terminaison de Touvrage commencé et avec son congé écrit ; encore lui fallait-il prévenir les maîtres trois mois à l'avance (3). Pour arriver à la maîtrise et s'établir, le compa-^ gnon devait produire son chef-d'œuvre. Après quoi seule-

(1) Cibrario. Zoc. cit.. I, 55.

(2* Tourmagne. Hist du servage. 283.

(3) Tourmagne. 479.

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ment le récipiendaire recevait ses lettres de maîtrise (1). Mais cela ne suffisait pas encore ; avant la réception solennelle, le candidat était obligé d'acheter le métier du roi ou du seigneur (2). En retour, une fois reçus, les maîtres devenaient des privilégiés, souvent d'exigeants despotes ; ainsi ils avaient interdit la fabrication hors de leurs villes ; par des règlements minutieux ils avaient égalisé la situation des maîtres, empêché la concurrence, maintenu le niveau de la fabrication. A Saint-Omer, défense était faite aux gens de métier de se réunir, de convenir d'un règlement, de porter des armes, d'avoir leurs outils sauf en allant au travail ; ce 50US peine d'amendes énormes, sans compter la perte du métier, la prison, le bannissement. Les bourgeois de Saint-Omer avaient fondé une casle, en décidant que, pour entrer en apprentissage, il faudrait être bourgeois ou fils de bourgeois, payer une redevance à la ville ; en ordonnant qu'il n'y aurait qu'un apprenti par homme de métier (3).

Dans les cités républicaines d'Italie, les corporations devinrent la base de l'organisation politique ; elles s'emparèrent du pouvoir et même, dans certaines villes, exclurent les nobles. A Florence, pour conserver quelques droits, les nobles durent briguer l'honneur d'être inscrits soit dans Vart des lainiers, soit dans celui des cardeurs. On en arriva même à infliger la noblesse, comme un déshonneur, pour exclure certains citoyens des charges publiques (4) .

En Flandre, les grandes guildes s'arrogèrent un pouvoir ■souverain ; elles exclurent les petites de toute participation au gouvernement, tandis qu'au contraire leurs membres, revêtus de la pourpre, avaient la haute main dans TEtat (3).

Mais partout où le régime féodal était en vigueur, les cor-

(1) Tourmagne. Hist, du servage. 284-401.

(2) Ibid., 285.

(3) A. Giry. Histoire de la ville de Saint-Omer. 346-347-349"

(4) Cibrario, Loc, cit., 98.

{5) Erskine. Democracy in Europe. II, 17.

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porations restaient soumises au suzerain, dont les officiers^ prélevaient le cens et les redevances, lès taxes de justice, de réception, même une partie des amendes. Ces officiers avaient le droit de saisir les marchandises, d'emprisonner les délinquants, même d'interdire le métier et de démolir les boutiques ; enfin c'était eux qui nommaient les prud'hommes (1).

Toutes ces gênes étaient comme la rançon du monopoleconcédé par privilège aux corporations. Celles-ci s'étaient d'elles-mêmes imposé d'autres entraves par les règlements minutieux, qu'elles avaient adoptés et qui s'efforçaient de déterminer, une fois pour toutes, comme en Chine, la qua lité et la quantité de la matière industriellement employée^ le poids, la forme et le mode de fabrication des produits, etc. (2). A Abbeville, par exemple, toute pièce de drapjugée défectueuse était brûlée à Téchevinage, au son des^ cloches, et l'ouvrier qui l'avait fabriquée était banni pour un an et un jour (3). Dans la hiérarchie étagée du moyen âge, chacun était opprimé d'un côté, oppresseur de l'autre ; c'était l'atmosphère ambiante, le milieu général, qui, par toute l'Europe, avait inspiré aux corporations leurs règlements restrictifs et vexatoires.

En France, quand la royauté eut réussi à se subordonner la noblesse, elle étendit sa domination sur les métier3, Charles VI cassa les maîtres des corporations et mit les artisans sous la garde du prévôt de Paris ; les métiers de Rouen, d'Amiens, etc., etc., subirent le même sort; néanmoins, à la condition d'obéir, les corporations conservèrent encore leur organisation et leurs privilèges industriels (4). Seulement le gouvernement du roi, tout en tolérant les règle-

(1) Tourmagne. Loc, cit., 285.

(2) Ibid,, 286.

(3) E. de Préville. Mémoires concernant les marchands de Rouen,, t, 1,266.

(4) Tourmagne. Loc. cit., 293.

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ments intérieurs des métiers, se réserva le droit de les modifier et souvent il en aggrava le caractère tyrannique en ce qui concernait la fabrication. Colbert surtout commit en ce genre nombre de méfaits. En 1676, ce ministre, réputé grand, signa un règlement, destiné aux ouvriers en toile de Rouen, et par lequel il déterminait le nombre des fils, que devaient avoir les métiers ainsi que la longueur des pièces : en même temps il interdisait de dévider du gros fil avec du menu ; voulait que toutes les toiles portassent la marque du lieu de fabrication ; ordonnait au commis de visite de -couper à la }ongueur réglementaire les pièces, qui la dépasseraient, eisoumettattlesmafchandset ouvriers aux inspections des jurés et commis(l). Golbert veilla à ce que chaque manufacture eut un règlement analogue, déterminant pour chaque étoffe, la longueur et la largeur de la pièce, le nombre des fils, la qualité des matières, le mode defah»rii ion (2). Les marchands et négociants ne pouvaient fer- *uer leurs ballots qu'après en avoir donné avis aux inspecteurs, etc. (*J). De fortes amendes servaient de sanction à tous ces règlements vexatoires. En même temps et de par ieur bon plaisir, le roi Henri IV d'abord, ses successeurs ensuite, avaient établi, malgré les réclamations des métiers, des ateliers libres dans le rez-de-chaussée du Louvre. Dans -ce lieu d'asile, on pouvait essayer quelques innovations, mais non loin de Tœil du maître (4).

Avec ce régime peu favorable aux progrès, mais qui garantissait le bien-être aux maîtres artisans et même aux simples compagnons du travail, les ateliers s'étaient multipliés. Sous saint Louis, il existait à Paris plus de 150 corps

(1) statuts, ordonnances et règlements, etc., pour la ville de iiouen.

(2) Tourmagne. Loc. ciLj 398.

(3) Statuts, ordonnances, etc. (Rouen).

<4) Tourmagne. oc. Lcit., 397.

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de métiers ; à Londres, l'industrie lainière était très florissante (1). La ville de Provins possédait 3,000 métiers et fabriquait annuellement 60,000 pièces d'étoffe, soit 1,200.000 aunes (2). Quand les Anglais s'emparèrent de Caen, au xiv* siècle, ils y trouvèrent 40.000 pièces de riches étoffes (3). Dans les Flandres, il y eut, dès le xiii* siècle, de célèbres manufactures de drap et de tapisseries de haute-lice, etc* (4). En Italie, presque toutes les villes étaient manufacturières. Aux xni* et xiv« siècle, lart de la laine florissait à Bologne, à Vérone, à Padoue. surtout à Florence. Les draps fins de France, de Flandre, du Brabant, auxquels on ne savait pas donner la dernière main dans leurs pays d'origine, étaient apportés à Florence où on les tondait et reteignait pour les revendre ensuite en Italie et au-delà des Alpes (3). En 1338, il existait à Florence deux cents manufactures de drap, qui fabriquaient par an, de 70,000 à 80,000 pièces, valant plus de 200,000 florins (23.017.840 fr.). La main d'œuvre absorbait le tiers de cette somme et plus de 30,000 personnes vivaient de cetle industrie lucrative (6). Une autre industrie, celle de la soie, s'introduisit tardivement dans le monde médioéval. Pourtant l'antiquité avait connu la soie, que l'Orient envoyait en Europe par l'intermédiaire des caravanes ; mais ce furent seulement les Arabes, qui importèrent l'industrie séricicole en Espagne, d'où elle gagna la Sicile et la haute Italie. Elle ne s'y naturalisa qu'avec peine et le plus ancien matricule des ouvriers en soie ne date, à Florence, que de 1225 (7). Dans toute l'Europe, ce furent sur-

(1) Gibrario. Loc, ci/., t. JI, 255.

(2) 0. Noël. Loii. cit., t. I, 25^7.

(3) E. de Préville. loc. cit., 264.

(4) Gibrario. Zoc. cit., II, 254.

(5) /ôici., 11,2^.

(6) /ôi(i.,II, 254.

Çl)Ibid., II, 254-255.

tout les étofTes de laine, que fabriqua la lisseranderie du Moyen âge ; ce fut Tart de teindre ces étoffes, qui occupa particulièrement les métiers d'Italie et enrichit leurs cités républicaines.

Toute cette industrie raédioévale grandit peu à peu et corrélativement donna lieu à un mouvement commercial considérable. Ce mouvement, nous avons à l'étudier, à en signaler les conséquences politiques, sociales, morales, enfin à le relier au développement de l'industrie et du commerce dans les temps modernes.

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