‹ L'évolution du commerce dans les diverses races humainesChapitre 128 sur 145 · IX. Les taxes · texte numérisé non relu

IX. Les taxes

Le commerce et l'industrie médioévales, si fort entravés déjà par les conditions générales, la constitution politique, l'insuffisance et le danger des routes de terres par lesquelles se faisaient la plupart des transports, Tétaient encore par Textrême multiplicité des droits à payer. — Chaque ville, chaque petit Etat ou seigneurie exigeaient des droits de péage, à vrai dire, des droits de passage essentiellement analogues à ceux que prélèvent aujourd'hui les noirs de l'Afrique centrale. Sur les principales routes, toutes les châtellenies, tous les ponts avaient leur péage (4). Entre Rouen et Paris, il y avait péage sur la Seine, aux Andelys, à Vernon, à la Roche-Guyon, à Manies, àMeulan, à Poissy, à Conflans Sainte- Honorine, à Maisons (5).

Les droits d'entrée étaient aussi fort nombreux, tandis que ceux de sortie frappaient les produits indigènes, même ceux comme Tor et le blé, dont l'exportation était interdite, et

(1) E. de Préville. Loc. cit., t. I. 287,

(2) CibraiMO. Loc, cit., II, 244.

(4) Ibid., II, 175.

(5) E. de Préville. Loc. cit., I, 55.

490 l' ÉVOLUTION DD COMMERCE

ne se faisait que par privilège exceptionnel (1); mais, au Moyen âge, il y avait beaucoup de privilèges surtout pour le clergé. Ainsi le monastère de Saint-Mesmin, près d'Orléans, avait trois embarcations exemptes de tout droit sur la Loire, le Cher, la Vienne, la Sarthe, la Mayenne, le Loir, la Seine et la Marne (2) : c'est un exemple entre mille.

Des taxes pesaient aussi sur le commerce de détail; chaque marchand de pain, de vin, de viande, de sel, d'épiceries payait ces taxes, soit en argent, soit en nature. Elles étaient perçues tantôt à l'entrée tantôt à la sortie, tantôt au moment de la vente ; parfois les étrangers seuls y étaient astreints ; parfois les bourgeois eux-mêmes y étaient soumis (3).

Les artisans établis, ayant boutique avec porte et fenêtres, devaient aussi acquitter une taxe au profit du seigneur, ordinairement après un an et un jour de résidence (4). A cause de toutes ces gènes et charges, à cause surtout de l'organisation féodale elle-même, le grand commerce intérieur était difficile; c'était surtout le commerce maritime et lointain, qui se prêtait à la spéculation, aux gros bénéfices et aux grosses pertes. De même Torganisation corporative des métiers s'opposait, de son côté, à la formation de la grande industrie: l'argent amassé soit par l'usure, soit par le commerce maritime ne pouvait donc pas encore devenir capital industriel.

Page 1