‹ L'évolution du commerce dans les diverses races humainesChapitre 28 sur 145 · VI. Vâge précommerciaL · texte numérisé non relu

VI. Vâge précommerciaL

A nous, civilisés, le commerce semble la chose la plus simple ; nous sommes enclins à croire que toujours, depuis qu'il y a des hommes sur la terre, un de leurs principaux soucis a été de se procurer par voie d'achat ou d'échange mille objets utiles ou agréables. Mais, entre l'homme de nos jours en Europe et son ancêtre des premiers âges, la distance est énorme, telle même que le premier ne se met pas sans peine à la place du second. Nous venons de voir eu étudiant quelques-uns des types humains les plus inférieurs, que ridée du commerce leur est ou leur a été, très récemment encore, absolument étrangère. Nous avons maintenant à nous demander pourquoi. Un coup d'œil jeté sur la primitive évolution des sociétés humaines suffira à nous expliquer ce fait, à nos yeux étrange.

L'homme est sorti de l'animalité et, comme les animaux, il a d'abord vécu en hordes anarchiques, ne songeant pas plus au commerce que les bandes similaires des grands singes. Tel est à peu près, aujourd'hui encore, l'état des Fuégiens. Tel serait celui de Veddahs, si le voisinage de races plus avancées en civilisation et en industrie n'avait fini par leur suggérer l'idée de quelques échanges craintifs, entourés de précautions, de cet étrange commerce par dépôts, combiné de telle sorte que les contractants ne se voient même pas.

A cet âge de la horde succède l'âge du clan familial, dont j'ai eu si souvent l'occasion de parler. Le clan est de beaucoup supérieur à la horde ; c'est une petite société or-

ganisée où tout est plus ou moins en commun, où tout le monde est parent, où personne n'est ni abandonné, ni libre. Ce clan, qui est vraiment la cellule primitive des sociétés, nous savons qu'il persiste encore chez les Australiens, mais vraisemblablement un peu différent déjà de sa forme tout à fait originelle. Or cet âge du clan se prête encore fort mal aux échanges. Les clans, qui ne sont pas confédérés en tribus, n'ont guère avec les autres clans rivaux et concurrents que des conflits guerriers. D'autre part, le communisme de la propriété, l'absence d'agriculture, d'animaux domestiques, l'uniformité, la simplicité des besoins et des désirs rendent tout commerce à peu près inutile, même au sein de chaque clan. L'individu ne possède guère que ses armes ; or, il les a fabriquées lui-même et elles sont identiques à celles de ses compagnons. Le seul objet que Ton puisse prêter ou troquer, c'est la femme et l'on ne s'y refuse pas. A la mort d'un homme, les armes, instruments, etc., qui constituaient sa propriété personnelle sont ordinairement détruits. De rares échanges s'effectuent, quand on les juge nécessaires, de clan à clan ; mais ils sont collectifs^ réglementés par la coutume et confiés à l'un des membres du clan, choisi et dressé à cet effet dès l'enfance.

Cette pauvre existence, si dénuée de variété et d'intérêt, a nécessairement pour effet d'engourdir l'intelligence, de n'ouvrir aucun jour à la curiosité, aucune issue aux fantaisies individuelles. Nous avons vu, que les Australiens regardaient avec une profonde indifférence les vaisseaux des Européens et tout ce qu'ils pouvaient contenir. Sur le pont de l'EndeavouVy des tortues récemment pêchées excitèrent seules leur convoitise, et, pour se les procurer, ils ne songèrent pas du tout aux échanges commerciaux, mais bien à la force, exactement comme l'auraient pu faire des animaux.

Les Esquimaux, plus intelligents que les Australiens, en

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fiaient aus?i à l'âge du clan, mais d'un clan moins primitif. Avant leur contact avec les Européens et les Peauxlouges, les Esquimaux devaient être aussi étrangers que les Australiens à tout échange commercial, puisqu'au Kamtchatka ils trafiquèrent d'abord avec les Russes, comme livïî Veddahs de Ceylan trafiquent avec les Cinghalais, par ^lépôts et en évitant toute relation directe. Mais les Esquiiriaux, notablement moins engourdis que les Australiens, jtlus curieux, ayant déjà, d:ins leurs clans, institué une certaine propriété individuelle, se montrèrent beaucoup moins rebelles au commerce avec les Européens, tout en essayant volontiers à l'occasion de substituer !e vol k l'échange ; et îious avons vu qu'ils sont vite devenus des commerçants liabiles et avisés, troquant leurs fourrures, leurs armes et nslensiles, en fabriquant même pour l'exportation; gens fïraliques d'ailleurs, faisantpeu de cas des bagatelles, dont la plupart des sauvages sont si follement avides, et cherchant -urtoutà se procurer des objets utiles.

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