‹ L'évolution du commerce dans les diverses races humainesChapitre 35 sur 145 · LE COMMERCE CHEZ LES PAPOUS ET LES MÉGRES D AFRIQUE · texte numérisé non relu

LE COMMERCE CHEZ LES PAPOUS ET LES MÉGRES D AFRIQUE

semblablement ce mode de saisie a préexisté à tous lesautres et n'a été que tardivement remplacé par une saisie d'abord fictive et entourée de formalités légales, le tout ayant pour but d'empêcher le créancier de se faire justicelui-même.

Les populations, chez lesquelles nous venons de faireune excursion rapide, sont fort distantes les unes des autres à la surface de noire globe, mais toutes sont de race noire, toutes sont de type inférieur et se ressemblent essentiellement au point de vue mental. Les renseignements, qu'elles nous ont tournis sur le commerce primitif, se peuvent donc grouper.

En Papouasie et en Afrique, certaines peuplades, plus arriérées ou plus isolées que les autres, étaient restées jusqu'à une date très moderne à peu près étrangères à toute idée de commerce. Il n'en était pas de même des autres ; mais il est probable que le goût des échanges avait été inoculé à ces dernières par des races plus civilisées. Comment a débuté le commerce chez les peuplades déjà accoutumées aux échanges^ quand les Européens les ont connues ? peut-être par le procédé des dépôts ; puisque les Phéniciens en ont constaté l^'usage sur la côte occidentale d'Afrique et qu'on Ty retrouvait assez récemment encore. Dans touslesjcas, ce primitif commerce des nègres a sûrement été fort restreint et borné à de simples trocs ; puisqu'aujourd'hui encore il se pratique de cette manière, au moins dans une large mesure.

Pour que le commerce prenne une certaine extension, il est nécessaire que la propriété communautaire des clans primitifs^ s'émiette^ se morcelle au moins, en propriété familiale, comme celle des Papous ; il faut surtout que l'industrie se.

perfectionne, que les produits en soient plus variés et plus nombreux, qu'ils excèdent la consommation individuelle ou familiale; puisque partout ils constituent la première propriété individuelle que tolèrent les mœurs.

Ces conditions préalables remplies, le goût du commerce prend vite un certain développement, surtout s'il est stimulé par des marchands offrant aux hommes de race inférieure des marchandises propres à les tenter. Alors le désir de faire des échanges s'exacerbe, devient même un besoin, une passion. Certains individus s'en font une profession, un moyen d'existence ; sur terre, des caravanes , par eau, des flotilles s'organisent pour transporter à de grandes distances les marchandises que Ton juge avantageux de troquer.

Mais la pratique habituelle du commerce montre assez vite que ces échanges en nature sont fort incommodes, et, parmi les marchandises dont on dispose, on en choisit une ou plusieurs, ordinairement de volume réduit et de transport facile, auxquelles on rapporte toutes les autres, dont on fait des types, des valeurs-étalons, en résumé, des monnaies primitives.

Nous avons rencontré chez les noirs inférieurs un certain nombre de ces objets promus au rang de monnaies et qui, tous, peuvent se ranger en deux catégories : les uns sont des objets de luxe ; les autres des objets utiles. Il semble bien que le rôle de monnaie ait été, dans le principe, attribué de préférence aux choses de luxe, surtout aux objets servant à la parure. Avec quelque travail, certains coquillages sont devenus des bijoux, des objets précieux, recherchés et il a été facile d'en faire une monnaie, aussi voyons-nous les cauris servir, aujourd'hui encore, à cet usage en Papouasie et en Afrique. Il en a été de même pour les produits industriels, qui avec le temps ont remplacé ou suppléé les coquillages dans l'ornementation, par exemple, pour les verroteries, les perles de corail ou de porcelaine, etc.

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C'est que les goûts esthétiques de rhomme primitif soat aussi impérieux que grossiers : le cliaquaat, le rouge, eu général tout ce qui brille ou a uae couleur vive le séduit.

Avec les progrès de Findustrie, aux coquillages, aux plumes, etc., sont venus se joindre les tissus et les ornements en métal. L'art de tisser a été une des grandes inventions primitives ; ses produits ont remplacé avec avantage les peaux d'animaux, même les étoJBes-papier employées d'abord pour les vêtements ; mais les tissus, faciles à colorier ou à teindre, on^|ûrement commencé par être des objets de luxe, et, dans un grand nombre de pays sauvages, on en afaitaussi des valeurs monétaires. •

Les métaux, assez tardivement connus, ceux du moins qui étaient susceptibles d'éclat et de poli, ont dû également être d'abord utilisés pour faire des bijoux, des ornements ; le fer, le cuivre en fournissent encore aujourd'hui à nombre d'Africains des deux sexes. Ces objets et les lingots, d'où on les pouvait tirer, ont donc acquis aisément une valeur monétaire.

Les substances, objets ou êtres simplement utiles, qui ont été ou sont encore employés comme monnaies, sont en moins grand nombre. C'est d'abord le sel, condiment alimentaire d'autant plus nécessaire à l'homme que l'alimentation est plus végétale. Nous avons vu, que, dans certaines régions africaines, il joue, comme valeur, le rôle de nos métaux précieux. Mais une autre valeur est plus usitée encore ; c'est la marchandise humaine, Tesclave. Sur la côte occidentale d'Afrique et même fort loin dans l'intérieur, Tesclave est devenu une véritable monnaie : « Les Français, dit un voyageur, comptent par francs; les Américains par dollars, les Africains par esclaves (1). » Dans le cours ultérieur de notre enquête, nous rencontrerons bien d'autres exemples de monnaie primitive ; toutes sont analogues à

(1) Du Ghaillu. Afrique équatoriale. 375.

celles, que j'ai signalées dans ce chapitre. Plus connues de nos économistes, elles nous auraient épargné un certain nombre de théories métaphysiques, auxquelles a trop souvent donné lieu l'étude des monnaies civilisées.

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