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LE COMMERCE CHEZ LES PAPOCS ET LES MÉGRES D*AFR1QUE

nanes, d'oranges, de papayes, etc. (1). Tandis que les esclaves piochent la terre, pilent le riz, réparent la case du maître, celui-ci se promène indolemment avec son fusil et dès lors son principal souci n'est plus que de se procurer de l'ambre, du corail et des pièces de cinq francs pour parer ses femmes favorites (2).

Ajoutons que le maître de l'esclave est, en droit, propriétaire de tout ce que peut acquérir ou recevoir l'esclave et qu'en vertu de ce principe, il le dépouille sans le moindre scrupule de tout ce qui ne lui est pas strictement nécessaire, par exemple, des cadeaux donnés par un voyageur : Tesclave ne peut posséder (3) que précairement et par tolérance.

Sur le Niger inférieur, le commerce ressemble beaucoup à celui ,du Gabon et du Congo et le régime de la propriété y est aussi très analogue. Point de propriété foncière individuelle, sauf chez les peuplades plus ou moins converties au mahométisme ; mais, dans les tribus fétichistes, le sol est encore propriété collective de la peuplade. L'individu ne peut donc posséder en propre que le fruit de son travail, c'est-à-dire le plus souvent des objets mobiliers : des outils, des engins de pêche ou de chasse, des nattes, des peignes, des poteries, des armes, le produit des végétaux qu'il a semés ou fait semer par ses esclaves et ses femmes, des animaux domestiques. Il faut y ajouter cependant les arbres qu'il a cultivés et sa case, c'est-à-dire la propriété restreinte que nous avons trouvée en Papouasie et aussi celle que concède au bénéficier breton la coutume du domaine dit congéable. Dans cette région, les produits spontanés du sol sont res nullius. Tout le monde y a droit ; cependant, quand ils sont d'importance, ils peuvent devenir propriété

(i) Sanderval. Loc. cit., 161.

(2) Ibid., 165.

(3) Ibid., 210.

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commune. Ainsi, dans le Bas-Niger, ia récolte des ignames ne se fait que sur un ordre du petit roi de la tribu ; on y procède en commun et on dispose en tas les tubercules récoltés^ qui sont ensuite partagés entre tout le monde. Cette récolte des ignames est toujours Foccasion de grandes fêtes (i), ainsi qu'il arrive assez ordinairement dans les sociétés primitives pour les travaux d'utilité générale exécutés en conHQun.

Avec ce régime si communautaire encore, les échanges commerciaux entre membre d'une même tribu sont nécessairement fort limités et, d'autre part, la moralité générale est bonne. Le vol est à peine connu. Que pourrait-on voler ?

L'assassinat commis pour dépouiller la victime est un forfait presque sans exemple? Mais là où les marchands européens ou musulmans arrivent avec leurs pacotilles tentatrices, tout change aussitôt : les ^convoitises s'éveillent ; de nouveaux besoins se créent avec de nouveaux vices pour corollaires (2). Ainsi les populations du delta, à l'embouchure du Niger, sont avilies et dépravées, elles sont méfiantes, serviles^ dangereuses, voleuses ; leurs tribus n'on entre elles que des relations de pillage et de rapine (3).

Les seules populations commerçantes du Bas-Niger sont les riveraines ; celles de l'intérieur ont encore peu de rapports avec les blancs et le surplus de leur consommation est perdu ; car elles n'emmagasinent rien. Les seuls produits régionaux importants pour le commerce avec les Européens sont Thuile de palme et l'ivoire. Or les objets, contre lesquels se troquent ces marchandises, varient. Pour les petits achats^ les eau W^ suffisent; ainsi un œuf se paie quarante caurtSy soit une valeur d'un sou. Pour les achats plus importants, oa donne du rhum, du gin^ des sabres, des fusils, du ta-

(1) E. Viard. Au Bas-Niger, 105-196w

(2) E. Viard. Bas-Niger. 197.

(3) Ibid., (32.

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bac, eic (1). A Egga, où Ton consomme énormément de sel, cette substance se troque contre les produits végétaux, Thuile de palme et le beurre végétal ; mais, s'agit-il d'ivoire ?il faut donner des étoffes variées, des perles décorées, du corail, des petits miroirs. Au Bénoué, où il y a de grands gisements de sel gemme, on n'accepte pas de sel étranger dans les échanges (2).

Dans le voisinage du delta, les peuplades nègres ne traitent qu'avec certains chefs indigènes, servant d'intermédiaires,et le commerce se fait par eau, au moyen de caravanes nautiques, de flottilles, dont chaque embarcation est montée par vingt ou trente hommes. Un personnage important de chaque équipage est le musicien, chargé de charmer les rameurs par son chant, que ceux-ci répètent à l'unisson. La raison de ce groupement des embarcations sur le Niger est exactement celle qui a donné naissance aux caravanes : la peur d'être pillé en route .

L'ivoire est amené d'abord à Egga, puis à Loko, sur le fleuve et il est apporté par des caravanes, venant de loin, souvent du fond de l'Adamaoua. Chacune de ces caravanes marche précédée d'un chef à cheval et tout couvert de grigris protecteurs. La caravane compte dans ses rangs des joueurs de tam-tam, un poète et un musicien pour faire oubher aux porteurs les ennuis et les fatigues de la route. Ces artistes marchent aussi en tête près du chef. Puis viennent des hommes armés de lances et d'arcs. Leur tête est enveloppée de peaux de buffles ou de biches. Suivent les porteurs de dents d'éléphant ; enfin des femmes avec leurs ustensiles de cuisine ferment la marche (3). A Egga, des courtiers le plus souvent musulmans jouent un grand rôle dans les échanges ; ce sont surtout les habitants de cette ville,

(1) Viard. Loc, cit., 72-73.

(2) Ihid., 93.

(3) Ibid., 117.

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qui servent d'intermédiaires entre les factoreries et les populations noires de rintérieur. De même que sur le Congo, on achète beaucoup de baguettes encuivre,qui, fondues dans des creusets en terre réfractaire, sont coulées dans des moules et transformées en bracelets et en pointes de lance. Pourtant les habitants d'Egga ne sont pas seulement commerçants ; ils savent aussi tisser et teindre des étoffes, qui sont très recherchées dans les échanges (1). Quand les caravanes ont achevé de troquer leur ivoire contre des produits industriels, pour la plupart fournis par les factoreries, elles se remettent en route pour aller, avec ces nouvelles valeurs d'échange, acquérir de nouvel ivoire (2).

Dans les villes de transit, comme Egga, tout le monde est rompu au commerce et enrichi par lui ; aussi les transactions s'y effectuent-elles simplement et sans formalités. Il n'en est pas de même dans les tribus éloignées, fétichistes et en régime plus ou moins communiste. Là les marchés et les échanges sont rares, aussi les transactions commerciales ne se font-elles qu'avec un certain rituel, consistant principalement en gestes consacrés et cadeaux mutuels (3).

En tout pays, le commerce, quelque peu actif, ne va guère sans nécessiter des prêts, des emprunts, et un taux quelconque d'intérêt pour les valeurs confiées. Dans l(»s petites tribus nègres et fétichistes tout ce côté du commerce nous est peu ou point connu. Nous savons pourtant qu'au Gabon les créanciers pratiquent la saisie tout à fait primitive, la saisie dans le sens littéral du mot. Ainsi un gros commerçant noir, nommé Mbango, pour rentrer dans les valeurs prêtées par lui, se mettait à raffut de ses débiteurs récalcitrants, les saisissait à Timproviste et les dépouillait de tout ce qu'ils pouvaient avoir sur eux (4). Très vrai-

•(1) E. Viard. Loc. çlt,, 89.

(2) Ibid., 4e5.

<3) /6irf., 195.

(4) Du Ghailhi. Afrique equaloriale. 9S,

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