‹ L'évolution du commerce dans les diverses races humainesChapitre 43 sur 145 · V. Quelques mauvais effets du commerce primitif · texte numérisé non relu

V. Quelques mauvais effets du commerce primitif

Les populations, que nous venons d'étudier, sont loin de former un tout compact ; les unes s'échelonnent du Haut-Nil au Cap de Bonne-Espérance ; les autres sont fixées au nord du Golfe de Guinée. Leur seul caractère commun est de se relier plus ou moins à la grande race éthiopienne. Je dis « plus ou moins » ; car, d«ms l'Achanli et le Dahomey, les noirs de race supérieure se sont fortement mélangés aux inférieurs. 11 est pourtant probable que les monarchies barbares du Dahomey et de TAchanti ont été fondées par des bandes venues de la vallée du Niger, avant l'intrusion de rislamisme dans ces régions, et que ces conquérants, en majorité de sang éthiopien, ont subjugué des nè-

(1) Laffitfe. Le Dahomé. 85.

gres inférieurs ea se mélangeaDt aveceux. Si féroces et si grotesques que fusseat les petites monarchies du Dahomey et de l'Achanti, elles atteignaient cependant un degré d'organisation politique, auquel ne sont pas parvenus les noirs du Gabon, par exemple.

Les colonies éthiopiennes de la région des grands lacs orientaux, de laCafrerie, du Dahomey, etc., ont pour caractère commun, un faible développement industriel. Ni TOuganda^ ni la Cafrerie ne connaissaient lart du tissage, si répandu pourtant dans l'Afrique moyenne. L'industrie dahoméenne elle-même, tout en n'étant pas étrangère aux arts du potier, du forgeron, du tisserand^ les pratiquait mal ; tous ses produits étaient inférieurs (i). Gomme l'industrie, qui ordinairement l'alimente, le commerce était peu développé, je dis le commerce des choses. Daas l'Ouganda, en' Gafrerie, on tenait surtout à posséder beaucoup de bétail et beaucoup de femmes, Tun servant ordinairement à acheter les autres, et, pour s'en procurer, la razzia sauvage était le procédé le plus habituellement usité. Une troisième branche de commerce, la traite des esclaves, était peu ou point développée dans l'Ouganda et en Gafrerie ; mais c'était uniquement parce que le débouché faisait encore défaut à la marchandise humaine. Au contraire au Dahomey, où cette marchandise trouvait un écoulement facile, la principale occupation du monarque consistait à s'en procurer en ravageant k*s pays voisins.

Dans toutes ces petites monarchies, la monnaie, ou ce qui eu tenait lieu, était fort primitive encore, la vache en Gafrerie, les verroteries dans l'Ouganda, les caurisau Dahomey étaient les valeurs-étalons ayant cours et elles sont de type tout à fait sauvage.

Si maintenant nous essayons d'apprécier les résultats moraux du commerce dans ces divers pays, nous verrons

(1) Laffilte. Le Lahomé. 153-154.

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que, dans leur ensemble, ils ont été affreux ; mais surtout à cause de l'ingérence des commerçants étrangers plus civilisés. En effet ceux-ci ont inoculé aux indigènes la furie -du gain, la pratique commerciale de la razzia^ seul moyen facile de se procurer rapidement et à peu de frais du bétail-monnaie et surtout des esclaves, que les traitants demandaient sans cesse. Nousavons vu, que, dans Test afri-. cain, ces négriers plus ou moins civilisés ont joint l'exemple au précepte en pratiquant eux-mêmes la razzia esclavagiste avec une inhumanité sans nom.

Pourtant ces populations, surtout les moins mélangées, celles de l'Est africain et de la Gafrerie, étaient relativement bien douées, sûrement civilisablespar d'autres moyens. Quel est leur avenir ? Chez elles, la cruauté des Européens rivalise maintenant avec celle des « Turcs », des Nubiens musulmans. Déjà elles ont fait connaissance avec la Bible appuyée par la savante pyrotechnie balistique des civilisés Dans l'Ouganda, les mitrailleuses Maxim ont vigoureusement inculqué aux noirs la 'croyance au Jahveh des protestants ; en Gafrerie, le prétexte religieux ayant manqué, on a simplement conquis des terrains aurifères, en égorgeant et volant pour le plus grand bien de la civilisation, à ce qu'on nous assure. On pourrait, à propos de « la civilisation » ainsi comprise, rééditer une plaisante expression de Joseph de Maistre parlant de la Nature, conçue comme entité métaphysique, et dire ce La Civilisation ! Quelle est cette femme? »; celle, au nom de laquelle on a pourchassé les Gafres matébélés, par exemple, est sûrement une personne avide, féroce et sans scrupules.

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