‹ L'évolution du commerce dans les diverses races humainesChapitre 57 sur 145 · I . Origine et répartition des indigènes en Ainérique · texte numérisé non relu

I . Origine et répartition des indigènes en Ainérique

Avant d'aborder Tétude du commerce chez les Mongoloïdes américains, il ne sera pas inutile de nous faire une idée générale de ces populations indigènes ; mais tout d'abord

nous nous heurtons encore une fois à l'un de ces problèmes anthropologiques, jusqu'ici insolubles et par cela même attrayants. D'où vient l'homme américain? Son antiquité semble très grande ; mais il est difficile d'admettre qu'il se soit formé en Amérique ; en effet, il n'y a pas de singes anthropomorphes sur ce grand continent et jusqu'ici la paléontologie elle-même n'en a point encore découvert. Or, nous ne croyons plus à la génération spontanée et instantanée des couples primitifs. D'autre part, Tâge du genre humain est si énorme, que la configuration des continents et la distribution des terres et des mers ont eu tout le temps nécessaire pour se modifier, depuis qu'il existe des hommes sur la terre. Il se peut donc, il est même probable, que, dans un passé fort lointain, des pays, aujourd'hui séparés par des obstacles matériels en apparence insurmontables, aient pu jadis communiquer entre eux sans trop de peine.

Même en ne cherchant pas au-delà de la forme et de la distribution actuelle des continents, il est sûr que le détroit de Behring, par exemple, n'est pas un obstacle sérieux entre l'Asie et l'Amérique, puisque, actuellement encore, les barques des Esquimaux le traversent incessamment pendant l'été pour les besoins de leur commerce et que, môme ITiiver, le passage en doit être possible sur la glace. Conséquemment, si l'Amérique n'a pas été un centre de création pour Thomme, celui-ci a pu sans difficulté s'y transplanter en venant de l'Asie- Et en effet, la plupart des populations américaines se rattachent nettement à la grande race mongolique. Mais une circonstance curieuse est à noter, c'est que l'Indien d\\mérique est d'autant plus mongolique qu'il habite plus au sud ; ainsi l'indigène riverain du fleuve des Amazones, par exemple, est un type parfait d'homme jaune. Au contraire ^Indien de l'Amérique du Nord, tout en étant également mongoloïde, se rapproche pourtant par quelques caractères physiques de certaines races blanches.

La conclusion s'impose ; c'est que l'Amérique du nord a

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dû recevoir des appoints de population originaires de notre continent européen peut-être même du bassin de la Méditerranée. De ces appoints^ il en est qui sont historiques, donc indéniables. On sait par les Sagas Scandinaves, que, vers Tan iOOO, peut-être bien avant, des aventuriers Scandinaves ont abordé sur le littoral de l'Amérique du nord. Au Groenland, ils fondèrent même des colonies chrétiennes ; au Moyen-âge et dès le xii© siècle, le Groenland eut des évêques suffragants de Hambourg. En 1266, des prêtres Grœnlandais dirigèrent une expédition de pêcheurs, qui* de la baie de Bafiin pénétra dans le détroit de Lancastre et au delà. Jusqu'en 1418, les Scandinaves du Groenland payaient annuellement au Saint-Siège, pour dîme ecclésiastique et denier de Saint-Pierre, 2.600 livres pesant de dents de morse (1). Nous savons encore par les Sagas, que les Scandinaves descendirent bien plus au sud, en côtoyant le littoral américain, qu'ils parvinrent au moins jusqu'à la latitude de New- York et môme fondèrent des établissements sur le continent, etc. Ce sont là des faits précis et relativement récents, que l'histoire a pu enregistrer ; mais il estprobable que bien auparavant de hardis navigateurs avaient, par l'Islande et le Groenland, accompli la traversée d'Europe en Amérique. Les traditions des Celtes d'Irlande ont gardé la trace d'aventureuses expéditions de ce genre, sans même parler de la préhistoire. Enfin la fondation des grands Etats de l'Amérique centrale, du Mexique, du Pérou, est un problème qui attend encore sa solution et au sujet duquel le champ reste ouvert aux hypothèses.

Ce qui est indéniable, c'est que le Peau-Rouge de TAmérique du nord a tous les caractères d'un métis de Mongol et de blanc, et que certaines de ses variétés même, par exemple, la tribu si intéressante des Mandans, inclinaient plus du

(1) Domenech. Voy. pitt, dans les grands déserts du Nouveau Monde, p. 43.

côté de rhomme blanc que du côté de Thorame jaune. Quoi qu'il en puisse être, il reste sûr qu'il a existé, dans rAmérique centrale, de grands foyers de civilisation barbare, savoir, le Mexique, le Pérou ancien et les petits Etats circonvoisins, et que la civilisation indigène allait en décroissant, dans les deux Amériques, à mesure qu'on s'éloignait de cette zone relativement avancée . Nous aurons bientôt à étudier spécialement ces curieuses populations de l'Amérique centrale ; en ce moment, nous examinerons seulement l'industrie et le commerce des peuplades sauvages, qui, au moment de la découverte de l'Amérique et longtemps après, ont vécu en dehors de la zone centrale des grands Etats barbares.

II. Industrie et commerce des sauvages de VA^nérique méridionale.

Dans l'Amérique méridionale, les Indiens étaient en général très primitifs encore. A l'extrême sud, chez les Fuégiens, les Patagons, les Charruas, les nomades du Gran ChacOy il n'existait aucune notion d'agriculture. Plus au nord, chez les Guaranis, les Chiquitéens, les Moxéens, etc., on trouvait une agriculture rudimentaire, mais entièrement extensive et qui se bornait à déblayer une certaine surface en abattant et brûlant les arbres, à gratter le sol pour y semer du maïs et du manioc, puis à récolter une seule fois pour aller recommencer ailleurs le môme travail (1). Sauf le chien, il n'y avait nulle part d'animaux domestiques, excepté quelques volatiles, chez les Guaranis et les Chiquitéens (2).

L'industrie était relativement moins arriérée que l'agri-

(1) A. D'Orbigny. L'homme américain, 1. 1. 209. (2; Ibid, II. 211,

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culture. Ainsi toutes les tribus, excepté celles de la Pampa (i), connaissaient Tart du potier, qu'ignoraient les Polynésiens, dont le rang est pourtant honorable dans la hiérarchie sauvage. Mais cet art n'était pas partout également avancé ; ainsi il était dans l'enfance chez les Otomaques (2) ; au contraire, les Guaranis savaient façonner de beaux vases remarquables par leur taille et la régularité de leur forme (3). Ils en avaient d'ailleurs besoin pour conserver leur boisson favorite, la bière de maïs, la chicha ; mais ils en usaient aussi pour y déposer les cadavres de leurs morts (4).

Cette poterie se cuisait très simplement, tantôt à l'air libre, tantôt dans des trous creusés à cet effet dans le sol. Partout le soin de façonner ces vases de terre était laissé aux femmes exclusivement (3) et il semble bien en avoir été de môme chez nos ancêtres préhistoriques.

En toute chose, l'Indien de la Pampa était le moins habile ; car le vaste désert où il errait Tavait tenu plus à l'écart de rinfluônce civilisatrice exercée par le Pérou. Certaines tribus pampéennes avaient bien appris des tribus des montagnes à tisser la laine, mais elle s'en acquittaient maladroitement. Aucune d'entre elles, ce qui est plus caractéristique encore, ne se servait du hamac, qui constitue pourtant une très utile invention américaine. Les femmes confectionnaient des vêtements de peau (6) ; car les Patagons, les Puelches, les Indiens du Gran Chaco n'en portaient pas d'autres (7). Là oîi l'on connaissait le tissage, c'était un ouvrage des femmes, qui se servaient d'un très simple métier, originaire du Pérou et consistant en deux barres de

(1) D'Orbigny. Loc, cit. I. 206.

(2) Voyage à la tei^e ferme, I. 296.

(3) A. D'Orbigny. Homme américain. I. 207, (4)/ôid. II.

(5) Ibid. L 206. — II. 100.

(6) Ibid, II. 21.

<7) Ibid. I. 208.

bois fichées en terre. Ces tisserandes primitives savaient cependant orner leur ouvrage en teignant leurs fils tantôt en rouge, tantôt en jaune (i). Elles n*ignoraient pas non plus lart de teindre les peaux (2) ; car le goût esthétique devance presque toujours le progrès industriel.

En général, les Moxos, les (ihiquitos, les Guaranis, plus industrieux que les Indiens de la Pampa, savaient tisser surtout le coton et en fabriquer des hamacs et des vête ments. Pourtant certains Guaranis utilisaient encore pour se vêtir, l'écorce des arbres (3)* Les tisseuses indiennes les plus habiles étaient les femmes des Moxos, qui fabriquaient avec une certaine élégance des étoffes de coton (4). Dans d'autres tribus, même plus grossières, comme celle des Otomaques, les femmes savaient encore faire des nattes, des paniers, des sacs habilement exécutés (5).

Les hommes, eux, ne fabriquaient que leurs armes, quelquefois des filets, quand ils ne se bornaient pas h darder le poisson. Cependant ils construisaient leurs cabanes et les' plus habiles creusaient des pirogues avec leurs haches de pierre et le secours du feu ; mais d'autres, les Indiens du Chaco, entre autres, n'avaient pas de pirogues ; c'était à la nage qu'ils traversaient les rivières, en poussant devant eux leurs enfants les phis grands cramponnés à une branche d'arbre flottante ; les tout petits enfants étaient portés sur la tête de leurs mères, qui nageaient comme les hommes (6). Au reste, pour les Indiens, la confection d'une pirogue était une grosse affaire . Rien que pour abattre un arbre convenable, il fallait aux Caraïbes travaillant, avec leur hache de

(1) D'Orbigny. Loc. cil. II. 400.

(2) Mantegazza. Rio de la Plata. 420.

(3 A. D'Orbigûy. Homme américain, t. I. 208.

(4) làid., t. II.. 212.

(5) Voyage à la ten^e ferme, t. 206.

(6} A. D'Orbigny, t. IL

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pierre, environ un mois ; puis une année entière était quelquefois nécessaire pour façonner et creuser rembarcation (1). Aussi certaines tribus, par exemple, celles des Chiquitos, n'avaient jamais navigué sur une rivière (2).

m. Le commerce chez les Indiens méridionaux.

Avec une industrie et une agriculture aussi rudimentaires que Tétaient celles des Indiens de l'Amérique méridionale les échanges commerciaux sont nécessairement assez limités et ils Tétaient surtout avant que les Européens eussent créé certains débouchés. Ajoutons qu'en Amérique, comme en Afrique, les relations de tribu à tribu étaient plus souvent belliqueuses que pacifiques et qu'il fallait compter avec le droit de passage. Ainsi, au Chili, certains chefs disaient « avoir barre sur les rivières » et ils usaient au mieux de leurs intérêts du pouvoir qu'ils s'étaient arrogé (3).

Cet ancien Chili nous est malheureusement trop peu connu ; nous savons pourtant qu'il a conservé longtemps d'antiques coutumes, peut-être péruviennes d'origine. Assez récemment encore, on y broyait le grain avec un petit moulin à bras, composé de deux pièces en pierre, Tune inférieure qui était zébrée de rainures creuses, l'autre polie et mobile sur la première ; le tout constituant un appareil analogue au moulrn encore usité dans la Kabylie (4). On trouvait aussi en vigueur au Chili une forme de commerce, qui est simplement une amélioration du commerce par dépôts. Ainsi les gens, venus dans un village avec Tintention d'y commercer, en donnaient d'abord avis au chef, qui, lui,

(1) Borde. Relation des Caraïbes, — Richardson. Hist, Amer, Livre IV.

(2) A. D'Orbigny. Loc, cit., II. 167.

(3) Lafitau. Mœurs des sauvages. IV. 54.

(4) Basil Hall. Hist. tmiv. roy. Vol. XLI381.

commençait par avertir ses sujets à son de trompe. Ceux d'entre ces derniers, à qui il convenait de faire des échanges, prenaient tout simplement parmi les marchandises offertes ce qui pouvait leur convenir ; puis ils se retiraient dans leurs cases. Au bout d'un certain temps, quand les marchands songeaient au départ, le chef du village appelait de nouveau son monde, du moins ceux qui s'étaient appropriés les objets appartenant au marchand, et à leur tour ceux-ci apportaient leurs objets d'échange (1). Tout cela n'est que du commerce indigène ; mais c'est surtout avec les blancs que se développa dans l'Amérique méridionale le mouvement des échanges. Les marchands civilisés étaient curieux et désireux de certains produits, que les Indiens s'étaient jusque là procurés uniquement pour leur usage personnel et sans grande peine ; de plus ils fournissaient en retour des objets, qui suscitaient par répercussion un commerce spécial de village à village. Le moine Thevet, qui devint plus tard l'aumônier de Catherine de Médicis mais avait auparavant voyagé sur la côte orientale de l'Amérique du sud et visité notamment un comptoir français, alors établi k l'embouchure du fleuve des Amazones, rapporte que les Indiens venaient, d'une distance de cent à cent- vingts lieues, pour offrir aux français « des plumes d'autruche », c'est-à-dire de casoar, et des ouvrages « en plumages exquis », ainsi que des plumes de toucan particulièrement recherchées. En outre, les Indiens apportaient aux étrangers des colliers blancs et noirs, des botoques^ c'està-dire ces hideux ornements en pierre verte que les Botocudos s'inséraient dans la lèvre inférieure. En retour les Fran- -çais donnaient aux Indiens des haches, des couteaux, des épées, c'est-à-dire des armes en fer et diverses bimbeloteries, des peignes, des miroirs, en résumé, dit Thevet, des « patenôtres de verre », dont ils trafiquaient ensuite avec

(i) Lafitau. Loc, cit., IV. 56.

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leurs voisins. Ce commerce se faisait, selon Thevet, par simple troc et vite : « Donne moi cela; je te donnerai ceci, sans tenir de longs propos » (1). Aux articles offerts par les indigènes il faut encore ajouter du bois du Brésil, du coton et des perroquets (2).

Plus au sud, avec les nomades de la Pampa, les Européens durent commercer beaucoup plus tardivement, surtout quand les Indiens eurent des troupeaux de bœufs et de chevaux, descendants de ceux que les Espagnols avaient introduits dans le pays, et purent en vendre les peaux aux colons d'Europe (3).

Avant l'intrusion européenne, les échanges entre indigènes étaient certainement fort rares, à cause de la grande uniformité du genre de vie et de l'industrie. Certaines tribus cependant faisaient des captifs à la guerre et les vendaient déjà aux rares petits groupes assez avancés pour avoir des esclaves. Ainsi, durant une relâche sur la côte du Brésil, Magellan reçut des Indiens, comme valeurs d'échange, deux filles esclaves (4). D'ailleurs, chez les Guaranis, les mariages étaient de simples transactions commerciales et les pères donnaient leurs filles contre du gibier, du poisson et au besoin une certaine quantité de travail (5). Ainsi achetée, la femme était traitée par son propriétaire avec une grande brutalité, si l'on en croit ce que lui chantaient les vieilles matrones au moment de son entrée en ménage : « Les douleurs de l'enfantement ne sont rien en comparaison de celles dont t'abreuvera ton mari ; il sera ton tyran et tu seras sa victime » (6).

(1) Thevet. Singulariiez de la France antarctique, 238.241.

(2) Thevet. Zoc. cit.,Ui.

(3) A. D'Orbigny. Homme a^néricain, II. 100. <4) Magellan. Hist. univ. voy., t. XVI. 127. (K) Voyage à la terre ferme. I. 301.

(6) Voyagea la terre ferme, etc , I. 302.

Après ce résumé des notions assez incomplètes, que nous possédons sur l'industrie et le commerce des Indiens de l'Amérique méridionale, il nous reste à soumettre à une investigation du même genre les populations sauvages de FAmérique septentrionale, les Peaux-Rouges. Sur ces derniers^ nous sommes beaucoup mieux renseignés ; même nous sommes en mesure de suivre leur évolution commerciale et l'évolution morale, qui a été corrélative à la première. En faisant momentanément abstraction des grands Etats de l'Amérique centrale, que nous étudierons un peu plus tard, nous pouvons dire que l'Indien du nord, semble, plus que tous ses congénères du Nouveau-Monde, un métis d'hommes jaunes et d'hommes blancs. Comment, à quelle époque, des immigrants de race blanche ont-ils pu aborder pour la première fois dans l'Amérique du nord? Ce sont là des questions ethnographiques encore insolubles ; mais, par la couleur de leur peau, les traits de leur visage, surtout leur grand nez aquilin» nombre de Peaux-Rouges s'éloignent considérablement du type mongolique; on en a même connu, qui étaient de véritables blancs. J'entends parler surtout d'une très intéressante tribu, celle des Mandans, qui, en 1837, fut à peu près détruite par la petite vérole. Ces Mandans, plus intelligents que les autres Indiens, étaient agriculteurs ; ils cultivaient de vastes champs de maïs situés autant que possible dans des endroits écartés, difficiles à découvrir. C^étaitleur ressource alimentaire, quand il n'y avait pas de troupeaux de bisons dans leur voisinage ; car les Mandans avaient renoncé à la vie nomade ; il ne suivaient pas les troupeaux sauvages dans leurs migrations, commele'faisaient, par exemple, les Sioux. Les caractères physiques des Mandans n'avaient rien de mongoloïde . Plusieurs de leurs familles étaient même complètement blanches ; tous, ce qui est plus caractéris-

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