‹ L'évolution du commerce dans les diverses races humainesChapitre 67 sur 145 · IV. Parallèle commercial entre les deioœ empires · texte numérisé non relu

IV. Parallèle commercial entre les deioœ empires

Si maintenant nous comparons au point de vue industriel et commercial les deux grands et anciens empires de l'Amérique centrale, nous en pourrons déduire quelques considérations intéressantes et même la matière deTun de ces parallèles contrastés, si chers aux littérateurs d'autrefois. Mais ici le rapprochement à la valeur d'une expérience sociologique ; car les deux États ne se sont pas connus et aucun voisin puissant n'a perturbé le cours de leur évolution ; seulement ils se sont orientés diversement, peutêtre en raison d'une différence originelle, tenant à la race même. Au Pérou, il s'était organisé un socialisme d'Étal, centralisé, despotique et paternel à la fois ; au Mexique, un régime féodal, ayant certains traits communs avec notre Moyen âge, laissait aux individus, surtout aux classes supérieures, une assez grande liberté individuelle. Au Pérou, le commerce était presque nul, borné à de modestes échanges entre voisins ; point de commerce extérieur, d'où, impossibilité à peu près complète pour l'individu de s'enrichir ; chacun remplissait forcément et administrativement ses devoirs dans le casier social où il était né ; l'existence était réglée une fois pour toutes dès la naissance et il n'y avait place ni pour les fortunes, ni pour les détresses extraordinaires. Au Mexique, toute une classe extrêmement considérée vivait par et pour le commerce, même pour le grand commerce d'exportation, le commerce d'aventures, cousin delà piraterie et préparant la conquête : le marchand devait être à la fois un espion et un guerrier. Derrière les caravanes de marchands mexicains venaient lesarmées conquérantes, se faisant un jeu et une gloire d'écraser le vaincu, de l'accabler de contributions de guerre, même de le dévorer après l'avoir immolé à des dieux atroces, cannibales comme leurs

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adorateurs. Le Pérou, au contraire, guerroyait avec de bonnes intentions, pour civiliser les peuplades sauvages ; il s'efforçait de conquérir plus par la persuasion que par les armes .

A l'intérieur, le sort des sujets était entièrement dissemblable. Au Pérou, point de pauvres, point d'oppression capricieuse. Les gouvernants s'efforçaient de faire à leur manière le bonheur de leur peuple, qui, de son côté, se faisait une joie de servir ses maîtres (1). Au Mexique, le populaire était pressuré parles gouverneurs et les grands chemins fourmillaient de mendiants, etc. (2).

En résumé, l'un des pays a des mœurs d'agneau ; l'autre, des mœurs de tigre. Or, entre les indigènes du royanme des Incas et ceux de TAnabuac, il n'y avait, au total, aucune différence profonde de race et il faut bien attribuer à l'organisation des deux sociétés, aux buts si divers que, dès le principe, elles avaient poursuivis, la formation de ces deux types moraux si diamétralement opposés. La comparaison n'est pas propre évidemment à nous faire admirer l'âprelé, l'avidité commerciale sans frein et leurs conséquences. Ajoutons qu'au point de vue du progrès industriel, du développement des idées, en un mot de ce que nous nommons la civilisation, le Mexique n'avait pas sensiblement dépassé le Pérou et que par suite aucun gain ne compensait la perte.

(1) Garcilasso. Zop. cU.j II, 99.

(2) Humboldt. Nouvelle-Espagne, I, 424.

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