Vagriculture
A Texaminer par certains côtés, par certains traits particuliers, le vieil « Empire du milieu » prête le flanc à bien des critiques de détail et, en Europe, il a donné lieu à force plaisanteries faciles et futiles; c'est qu'il est trop différent du monde dans lequel nous vivons. Quand les fondateurs de la Chine, les « cent familles aux cheveux noirs » se mirent, il y a un nombre respectable de milliers d'années, à construire leur édifice social, ils semblent n'avoir été influencés par aucune tradition étrangère à leur race. A toutes les nécessités sociales, en principe analogues par toute la terre, ils parèrent par des mesures à eux particulières et peu à peu se créèrent des mœurs à part, très éloignées des nôtres et par cela môme d'un grand intérêt pour la sociologie. En toutes choses, les Chinois sont gens pratiques, terre à terre, ne se perdent pas volontiers dans les spéculations creuses ; les yeux de leur intelligence sont myopes, mais excellents : « La tournure de leur esprit, écrit un bon observateur, tend toujours à la simplification ; tout l'attirail des sciences physiques ne servirait qu'à les embarrasser et ils réussiraient peut-être moins bien. Avec leur sagacité et de la persévérance, ils sont capables de venir à bout des choses les plus difficiles : le temps pour point d'appui et la patience pour levier, voilà les deux grands principes de leur physique (1) ».
(1) Hue. Lempire Chinois, I, 325.
Les procédés chinois d'art et de métier sont toujours pratiques et simples ; toujours ils ont conservé des usages primitifs toutce qui pouvait en être gardé et, à ce point de vue, leur technique est curieuse. — Appliqués à Tagriculture , les soins méticuleux des Chinois, leur persévérance, leurs inventions à la fois simples et ingénieuses ont donné des résultats merveilleux. Il ne s'agit pas ici de culture extensive, comme chez les sauvages ; mais d'une culture intensive à un haut degré, quoique n'empruntant pas grand chose à la science proprement dite. A vrai dire, cette agriculture est plutôt de l'horticulture. En effet, la grande propriété est à peu près inconnue en Chine ; le sol y est alloti entre les familles et difficilement aliénable ; la loi et la morale publique s'accordent à en con sidérer la culture comme un devoir étroit, presque religieux. Chaque village forme un petit clan rural où la solidarité est grande, où entre eux, les paysans sont polis et secourables (1), et où laisser un coin déterre en friche constitue un délit. Aussi c'est avec amour que tous les membres d'une famille soignent et cultivent leur petit domaine. Par le semis et le repiquage, on obtient double et triple récolte ; chaque plante presque est connue et soignée isolément. Les cultivateurs dépensent beaucoup de temps^ de zèle, de sollicitude pour leurs champs; mais ils aboutissent à d'excellents résultats. L'aspect de la campagne chinoise émerveille toujours les étrangers.
Chaque pièce de terre ressemble à un jardin bien tenu ; point de mauvaise herbe ; presque pas de pâturages. Toutesnos plantes d'Europe sont cultivées en Chine ; mais surtout les céréales ; du froment dans les terrains secs, du riz dans les terres humides (2), particulièrement dans celles du midi . Au nord, on sème surtout l'orge et le blé. Toutes ces céréales sont cultivées depuis si longtemps dans le pays,
(1) Mémoires concernant les Chinois. ^i. IV (Intérêt de l'argent).
(2) Macartney. Hist, univ. voy. Vol. XXXIII. 439.
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qu elles y ont produit nombre de variétés inconnues en Europe (i). Les cultivateurs ont remédié aux sécheresses par une irrigation des mieux entendues et en même temps fort simple. A Taide de tuyaux en bambou ils font circuler sur le flanc des collines l'eau, que des norias rudimentaires élèvent jusque sur la cime des hauteurs taillées d'ailleurs en terrasses (2).
La grande question des fumures, qui préoccupe si fort nos agronomes en Europe, a été résolue en Chine par l'emploi général de Tengrais humain, qui rend strictement à la terre les éléments minéraux dont la végétation l'a dépouillée. Chaque année, les mêmes champs donnent, depuis 35 siècles, une nouvelle moisson et il le faut, tant la population est dense. D'autre part, le mode d'agriculture des Chinois requiert, pour un même produit, plus de travail et plus d'hommes qu'ailleurs (3).
La Chine est surtout agricole ; sans les montagnes et les marais, elle n'aurait ni bois, ni gibier : tout est mis en culture. On ne mange guère que des cochons et de la volaille ; il n'y a de troupeaux que dans certains districts et c'est la Tartarie, qui fournit à Pékin des bœufs, des moutons, des cerfs, etc'. La mer, les cours d'eau, les lacs et les étangs, donnent, la pisciculture aidant, un précieux supplément alimentaire (4). (/ôirf 322). Mais la Chine est un pays si connu aujourd'hui, qu'il estinutile d'insister plus longtemps sur son agriculture ; son industrie, sur laquelle il nous faut maintenant jeter un coup d'œil, a les mêmes caractères de simplicité, d'utilitarisme et surtout d'une patiente ingéniosité, qui ne craint pas la peine.
(1) Hue. Empire Chinois II, 347.
(2) Ibid,, II. 346.
(3) Mémoires concernant les Chinois, t. IV (Intérêt de Targent), p. 321.
(4) Ibid., 322.