‹ L'évolution du commerce dans les diverses races humainesChapitre 75 sur 145 · II. Vindiistrie · texte numérisé non relu

II. Vindiistrie

Le caractère particulier de l'agriculture en Chine influe nécessairement sur Tindustrie. L'organisation de la famille rurale, le grand nombre de bras, qui lui sont nécessaires, retiennent les hommes loin des centres urbains. La rareté des pâturages et celle du bétail font que l'industrie textile a peu de laine à sa disposition ; elle a aussi peu de fil de chanvre et de lin. Le coton et la soie doivent donc suppléer à cette rareté. — D'autre part, le bois n'est pas abondant ; môme le charbon le remplace pour le chauffage .

Enfin, le gouvernement, qui se pique d'être paternel, n'hésiste pas à entraver les industries à ses yeux nuisibles ; or, il se méfie des boissons enivrantes. Les vignes apparurent autrefois en Chine, sous la dynastie des Han ; puis la culture en fut abandonnée. La police va jusqu'à veiller à ce qu'on ne prélève pas trop de grain pour fabriquer des boissons fermentées (1) ; elle interdit aussi la fabrication de la bière et de l'eau-de-vie, du vin de riz, si l'année a été mauvaise (2).

En même temps, le gouvernement réglemente minutieusement les industries ; leurs produits doivent être conformes à des modèles établis, une fois pour toutes, par l'administration^ ni meilleurs, ni pires, surtout pas autres (3). — En Chine, tous les arts industriels remontent à une très haute antiquité et ils ont conservé un outillage relativement simple. Pour l'industrie, comme pour l'agriculture, le temps, le soin, le nombre, l'habileté des artisans suppléent aux imperfections des outils et appareils. La Chine en

(1) Mémoires concernant les Chinois,, t. IV, 323 (Intérêt del'ar" gent).

(2) Abbé Grosier. Descrip. génér, Chine, t. II, 108.

(3) Pauthler. Chine moderne^ 242.

'2"i2 l'évolution Df COMMERCE

est restée à ce que nous appelons la petite industrie. Ainsi les plus grandes fonderies chinoises n'ont qu'un capital de l'iûquante à soixante mille francs (1) et on y affectionne le travail à la pièce ou à l'entreprise (2). Les plus grands cen- Ires industriels ne sont en Chine qu'une agglomération de petits ateliers. Ainsi King-te-Tching, bourgade célèbre pour ya belle porcelaine, est une agglomération de cinq cents fourneaux en activité (3). Pourtant, dans ces ateliers de ïuédiocre importance, les Chinois avaient, avant nous, inventé le système de la division du travail et. pour étro achevée, une pièce de porcelaine passait quelquefois par les mains de soixante-dix personnes (4).

De tous les arts chinois, celui du potier est un des phis anciens: d'après Saint-Julien, en Tan 2697 avant notre ère, il y avait déjà à la cour un surintendant général des poteries impériales. En Chine, le tour du potier date à peu près de la même époque et n'a pas été modifié depuis lors; c*est Lin enfant se soutenant par les mains au plafond de l'atelier , i[u\ fait tourner le plateau avec ses pieds (5). Mais le premier fourneau à porcelaine ne fut établi que vers le commencement duvir« siècle de notre ère (6). Chaque détail d'un vase lie porcelaineest exécuté par un ouvrier spécial. L'un dessine ime fleur; l'autre un oiseau ; un troisième applique la couleur bleue ; l'autre la rouge, etc. (7). Mais les plus belles [torcelaines ne paraissent pas dans le commerce : elles sont réservées pour l'Empereur.

L'art de fabriquer la soie est né en Chine, d'où il passa I n Perse, puis chez les Grecs, enfin en Italie (8); les pre-

il) E. Simon. Cité chinoise^ 115.

{'l)Ibid..i\l.

..W) Al)l)é Grosier. Loc. cit. y t. 1, 52-53.

(V) Ibid., t. II, 445.

(5) Ph. Daryl. Le monde chinois, 55.

rG) Paiilhier. Loc. cit.. 038.

(7) Hue. Empire Chinois, II, 429.

(8) Abbé Grosier. Loc. cit., t. Il, 435.

rnières impératrices surveillaient elles-mêmes le travail de kurs femmes, alors qu'elles tissaient des voiles de soie pour certaines cérémonies religieuses (1). En Cliine, les étoffes de soie sont d'un usage général pour les classes supérieures ou aisées. Seuls, les gens du peuple et les paysans s'habillent avec des cotonnades bleues (2).

L'art du verrier existait dès le iii^ siècle, sous Tempereur Tai-tsou: caries Grandes Annales parlent d'un artisan, qui, à cette époque, savait « changer au feu les cailloux en cristal » ; mais cet art s'est peu développé, à cause de la concurrence que lui fait la porcelaine (3).

Une industrie beaucoup plus prisée en Chine est celle du papier, dont on fabrique diverses espèces, toutes à la forme et pour les usages les plus différents ; toutes ces variétés se tirent d'une pâte obtenue avec des écorces, provenant les unes du mûrier : les autres soit de la Broussonetia papyri fera \ soit de Yhihiscus rosa simensis\ une quatrième, de la seconde écorce du bambou (4).

L'imprimerie n'est guère moins ancienne que le papier ; ainsi, en 593 de l'ère chrétienne, un empereur ordonna de graver sur bois les dessins usés, les textes inédits, pour les conserver et les publier. En 1019, un forgeron nommé Pi- Chinff inventa l'impression avec des caractères mobiles en porcelaine ; mais, comme l'écriture chinoise n'est pas alphabétique, on revint bien vite à l'ancien procédé de la planche stéréotypée. Pourtant, en 1622, à la sollicitation des missionnaires européens, l'Empereur Kang-Hiy fit fabriquer en cuivre 250.000 caractères mobiles, qui servirent à imprimer une grande collection d'ouvrages anciens : six mille volumes environ (5).

(1) Abbé Grosicr. Loc. cit., 437.

(2) Grosier. Loc, cil,, II, 437.

(3) /6/rf., 46't, etc.

(4) Pauthier, Loc, cit., 623.

(5) i6id.,G-29-(>30.

254 l'évolution du commêrcb

Je m'arrête dans cette rapide éaumération, ne pouvant entreprendre de passer en revue toutes les industries chinoises. Retenons seulement qu'elles ont en commun lextrêrae ancienneté et Tingénieuse simplicité des procédés, ([{xi exigent de l'ouvrier du soin, de Thabileté individuelle, im certain tour de main de moins en moins utile dans notre Fabrication usinière d'Europe.

En Chine, où tout est envisagé au point de vue utilitaire, les artisans ne sont pas dédaignés et Ton range dans l'ordre suivant les sept ordres de citoyens : les mandarins, les g:ens de guerre, les lettrés, les bonzes, les laboureurs, les ouvriers et enfin les marchands (1). Les ouvriers, qui théoriquement ont le pas sur les marchands, ne paient pas d'impôts directs et ne connaissent ni les privilèges, ni les entraves de nos anciennes maîtrises (2) ; mais partout ils '^'associent librement en corporations, en mëtierSy et en reconnaissent l'autorité (3). Ces associations, ces guildes, ne ^ont pas indépendantes ; elles doivent compter avec l'Etat, qui leur impose de minutieux règlements ; ainsi on a déterminé, pour les pêcheurs du littoral, le tonnage de leurs bateaux, la quantité de sel qu'ils peuvent emporter pour saler leur poisson, le nombre de jours consécutifs qu'ils ont le droit de passer en mer . Chaque patron de barque doit se munir d'une licence renouvelable tous les six mois, avoir son nom lisiblement inscrit sur ses voiles et reconnaître un chef responsable (4).

Le gain des ouvriers chinois semble se conformer exactement à ce qu'on a appelé en Europe « la loi d'airain des salaires» ; il estextrêmementfaible(5). Ainsi un porteur est

(1) Mémoires concernant les Chinois, t. IV, 312 (Intérêt de Tarirent;.

(2) Ibid.y 318.

(3) Ph. Daryl. Le monde chinois, 61.

{ï)IOid.

{')) Hue. E?npire Chinois, j. 14.

payé à raison d'une sapèque par li^ soit environ un sou par lieue. Une saurait donc guère gagner plus de dix sous par jour ; encore faut-il défalquer les jours de chômage et en fait, il ne lui reste, comme salaire moyen, que six sous par jour pour son entretien, ses dépenses nécessaires et son superflu ; mais en retour la nourriture populaire est d'une d'un extrême bon marché (1). Un bol de riz préparé ne coûte que trois centimes ; un bol de thé, un centime ; un bol de vin de sorgho ou de riz, dix centimes, etc., etc., (2). Ajoutons que l'ouvrier chinois est libre ; qu'il est propriétaire de son outillage toujours très simple ; qu'il est soutenu par sa corporation, d'ailleurs intolérante et dure pour tous ceux qui n'en font pas partie (3). Les grèves ne sont pas plus inconnues en Chine qu'en Europe et l'ouvrier y fait preuve d'une extrême ténacité : il résiste littéralement jusqu'à la mort (4) .

Cette fermeté, cette persévérance sont d'ailleurs, chez l'artisan chinois, un trait de caractère et c'est même ce qui, à l'étranger, rend sa concurrence si redoutable ; car adroit, patient, infatigable, il maiche à son but sans se rebuter jamais (3), mais trop souvent aussi sans éprouver jamais de répugnance morale.

111 Le commerce.

Ces mêmes qualités et défauts, les Chinois les déploient dans le commerce, auquel une grande partie de la population est dressée et se livre avec une ardeur et une absence de scrupules, qui ont souvent frappé les étrangers. « Il n'est rien de vil ou de malhonnête, écrit le capitaine

^\) Eug. Simon. Cité chinoise y 108-109.

(2) Ph. Daryl. Monde Chinois, 53-61.

(3) Ibid,, er.

(4) Finlayson. Hist.tiniv. voy. t. XXXIV, 68.

25G l'évolution du commerce

Cook, en parlant des Célestes établis à Malacca, que Tappât du gain ne fasse entreprendre aux Chinois » (1). Leur besoin de gagner est toujours en éveil . Au moment même d'un incendie, des acquéreurs de terrain se présentent pour acheter l'emplacement des maisons en feu (2). Des soldats chinois, qui «avaient longtemps séjourné à Lhassa avec leur résident, abandonnaient sans scrupule les femmes qu'ils avaient épousées dans le pays et aussi leurs enfants ; car disaient-ils, il aurait fallu avoir la cervelle moisie, pour emmener dans ldiyatio7i Centrale «des femmes aux grands pieds et des petits barbares ; ce qu'il fallait emporter, c'était «de l'argent et des marchandises » (3).

Dans tout l'Empire et dans toutes les villes, une foule <ifrairée, altérée de gain, s' agile el trafique (4). Un missionnaire du siècle dernier, Tabbé Grosier, affirme, que près d'une moitié de la population chinoise est toujours occupée à tromper l'autre (5).

Mais ce prodigieux commerce est surtout intérieur ; il se fait d'une province à l'autre. Par les cours d'eau, par les canaux, le transport des marchandises est en effet facile et le portage par terre est peu coûteux. Dans les villes, avec quelques francs, une famille peut aisément acheter des menues denrées et ouvrir boutique (6) ; car la patente est inconnue. Ce petit commerce est d'autant plus développé en Chine que jamais les femmes n'entrent dans une boutique soit pour acheter, soit pour vendre ; les marchands doivent donc courir dans les rues et vendre aux pauvres gens tout ce dont leur ménage peut avoir besoin (7j.

(1) Cook. Hist. itniv, voy., t. VII. 100. {t) Hue. Empire Chinois, \, 236.

(3, ïluc. Tartarie et Thihet, II, 468.

(4) Hue. Empire Chinois, t. H, 1G8-1G9.

(5) Abbé Grosier. Loc, cit. yll. 340.

<7; Mém. concernées Chinois, t. IV. 327 (Intérêt de Targent).

Pourtant, aux yeux des philosophes chinois, le commerce est digne d'une médiocre estime et, dans l'opinion publique, la classe des marchands est la dernière. — Aux yeux des gouvernements et des économistes chinois, le commerce, pour être utilo, du moins le commerce avec l'étranger, doit enlever seulement les choses superflues et, au contraire, procurer les nécessaires ; aussi tenaient-ils pour nuisible le commerce de Canton, qui exportait la soie, le thé, la porcelaine, dont le prix s'élevait par suite dans le pays (i) ; seul, le commerce avec la Tartarie et la Russie était considéré comme avantageux à la nation, parce qu'il procurait des pelleteries nécessaires (2).

L'État chinois lient le luxe pour chose funeste : « Le commerce, dit un écrivain chinois ne peut être utile -à l'Empire qu'autant qu'en cédant des choses superflues on en acquiert de nécessaires ou d'utiles... Le commerce des objets, de faste, de délicatesse, de curiosité, soit qu'il se fasse par échanges on achats, suppose le luxe : Or, le luxe, qui est l'abondance du superflu chez certains citoyens, suppose le manque du nécessaire 3hez beaucoup d'autres. Plus les riches mettent de chevaux à leurs chars, plus il y a de gens qui vont à pied... Ce que les homme peuvent faire de mieux, c^'est d'avoir tous le nécessaire et de procurer le commode à quelques-uns » (Paroles de Kouan-tsé)(3).

Imbu de ces idées, le gouvernement chinois veut, que l'industrie et le travail contrebalancent dans telle ou telle province la fertilité de telle ou telle autre. Pour cela, il charge d'impôts les provinces riches et favorise dans les autres les cultures appropriées. En Chine, les seules grandes manufactures sont celles de l'Empereur et elles travaillent non

(1) Abbé Grosier. Loc. cit , II, 79. — Méin. concevn. les Chinois. 324.

(2; Grosier. Loc, cit , 81.

(3) 3/em. concer. les Chinois, IV.

258 l'évolution du commebce

pour gagner, mais pour conserver et perfectionner les arts. Dans les provinces, le gouvernement encourage de préférence les fabriques, toujours de médiocre importance, là où le sol est le moins fertile (1). Son rôle, au moins théorique, est de planer au-dessus des intérêts particuliers et de les réfréner au besoin dans l'intérêt général. Pourtant il réprime mal certains négoces très archaïques, qui ont persisté à travers les âges, par exemple, la vente des enfants et celle des jeunes filles. La vente des enfants, survivance de l'ancien droit du père de famille, se pratique encore en Chine ; on interdit seulement à Tacheteur de revendre sa marchandise vivante (2). Assez récemment aussi, on achetait en Chine, par commission, des petites filles destinées à des familles créoles habitant les Philippines ; celles-ci en faisaient des servantes généralement intelligentes et fidèles (3). J'ai parlé ailleurs de la vente des esclaves en Chine et n'y reviendrai pas aujourd'hui. Je dois pourtant signaler un trafic particulier, celui qui, au siècle» dernier, florissait surtout à Yang-Tchéou, oîides négociants en chair humaine élevaient soigneusement un certain nombre de jeunes filles dans un but spécial. On leur enseignait à chanter, à peindre, à jouer des instruments de musique, etc. ; puis, leur éducation achevée, on les vendait fort cher à des grands seigneurs, qui en faisaient leurs concubines (4). Je cite en passant ce trait des mœurs chinoises, sans m'y arrêter.

Le grand mouvement commercial de l'Empire, celui qui par son extrême activité a toujours étonné les Européens, est le trafic des denrées et des produits industriels. Il est immense et ne serait guère possible, si, depuis des siècles, le gouvernement n'avait fait construire, ordinairement au

(1) Me m. concernant les Chinois, 325.

(2) Sinibaldo de Mas. Chine et puissances chréttennes, 1, 133.

(3) Ihid., I, 135.

(4) Abbé Grosier. Loc, cit., I, 41.

moyen des corvées locales, un magnifique réseau navigable par les fleuves et les canaux. Le grand Canal Impérial, dont la longueur est de 600 lieues, relie Canton à Pékin, le midi au nord, et un grand nombre de canaux secondaires s'embranchent sur lui et rattachent entre eux tous les points de TEmpire. Une particularité de ces canaux chinois est qu'on y corrige les différences de niveau non par des écluses savantes comme les nôtres, mais par de simples plans inclinés, sur lesquels on fait monter ou descendre les embarcations à laide de cabestans (1). Là encore on reconnaît cet esprit de simplification pratique, qui caractérise la Chine. Sur ce canal, la circulation des barques est énorme ; c'est la grande artère commerciale du pays (2) .

Mais si les Chinois sont d'actifs marins d'eau douce, la navigation maritime les attire beaucoup moins. Aujourd'hui ou du moins hier encore, le détroit de îa Sonde était, pour les jonques chinoises, les colonnes d'Hercule de nos anciens navigateurs méditerranéens. Les plus hardies de ces embarcations ne dépassaient pas Malacca, Atchin, Batavia et le Japon (3). Leurs marins ne savaient pas déterminer en mer la position de leurs navires et l'aiguille qui montre le Sud, la boussole, connue depuis si longtemps en Chine, leur était d'un faible secours (4). On affirme cependant que la Chine s'est hermétiquement fermée aux étrangers seulement après la conquête mandchoue et qu'auparavant ses ports étaient ouverts aux Arabes, aux Persans, aux Indiens, qui même pouvaient librement parcourir les provinces de l'Empire (5j. En même temps les navires chinois allaient alors en Cochinchine, même au Bengale. On va jusqu'à

(1) Abbé Grosier. Loc.^ cit., I, 391.

(2) /&icZ.,87.

(3) Ihid., II, 344.

(4) Jurien de la Gravière. Voyage en Chine j I, 321.

(5) Hue. Empire Chinois, I, 397.

260 l'évolution du gouherge

prétendre que, dans l'antiquilé, ils ont poussé jusqu'en Egypte (1).

Mais la politique commerciale du gouvernement chinois semble n'avoir jamais favorisé le développement du commerce extérieur, ni celui du luxe résultant des richesses que peuvent procurer d'heureuses entreprises commerciales. Du travail et du pain ; le nécessaire à tout le monde ; l'opulence à personne : tel est, aux yeux du gouvernement chinois, Tidéal économique. On ne veut pas qu'il y ait trop d*or et d'argent en circulation ; car ce sont là, croit-on, des richesses fictives, qui pourraient détourner les populations de la vraie source de richesse, de ragricullure (2). Souvent des mines d'or, d'argent, même de pierreries ont été fermées par ordre supérieur ; au contraire, on ouvrait volontiers celles de cuivre, de plomb, d'étain (3). L'empereur Tching-tsou, qui, au commencement du xv® siècle, fit fermer une mine de pierres précieuses exploitée par un particulier, disait : « Les travaux inutiles produisent la stérilité. Une mine de pierres précieuses ne produit pas de grain » (4). Pourtant l'or, l'argent, le plomb, l'étain, le fer, le cuivre étaient connus en Chine, dès une haute antiquité, ainsi que l'art de tailler les pierres précieuses ; puisqu'il en est fait mention dans d'anciennes odes du Chi-King (5).

En Chine, comme dans beaucoup d'autres contrées, l'or fut d'abord trouvé dans les sables des rivières. C'est ainsi que les Tartares s'en procurent encore et en fabriquent des vases et des statuettes religieuses. Les Chinois connurent sûrement ce précieux métal avant la Tartares ; or, au temps de la dynastie chinoise des Han, les Tartares orientaux, les Si'Fan, comme on les appelle dans le Céleste Empire, s'en

(1) Hue. Zoc. cit., 11,147.

('2) AbbéGrosier. Loc. cit., I, 436-437. (3) Ibich, II, 79.

(4; Ibid.y t. I, 386-387.

ô) Pauthier. Chme moderne, 6-21.

servaient déjà pour fabriquer des vases de luxe. Un officier chinois, leur ayant été envoyé, pour se plaindre de déprédations commises par eux en territoire chinois, ils lui offrirent, pour l'apaiser, de la vaisselle d'or ; mais, dit la légende, le vertueux fonctionnaire refusa, en disant que, pour lui, « le riz, servi dans des plats d'or, était un mets insipide » (1). C'est là une histoire datant évidemment d'un âge d'or moral, où l'on dédaignait profondément le vil métal. Les temps sont fort changés et il n'est pas hasardé d'attribuer, pour une boune part, ce changement à la fièvre mercantile, dont les Célestes ont fini par être atteints. Mais, en bien des points, les mœurs ont survécu à l'esprit des vieux âges, et il leur faut attribuer le caractère encore archaïque de la monnaie chinoise.

Page 1