‹ L'évolution du commerce dans les diverses races humainesChapitre 86 sur 145 · III. Le Co/mnerce à Madagascar · texte numérisé non relu

III. Le Co/mnerce à Madagascar

Nous avons étudié le commerce chez les Berbères, que j'ai appelé les Périégyptiens blancs. Il me reste encore à parler des Périégyptiens noirs, c'est-à-dire des Éthiopiens anciens et modernes. Tous ces peuples ont cela de commun qu'ils ont joué un rôle, soit dans la fondation, soit dans le peuplement de l'Ethiopie et surtout ont été très mêlés à l'histoire du royaume des Pharaons, aussi conviendra-t-il mieux pour notre élude, de les réunir à TÉgypte. Mais je terminerai ce chapitre en traitant brièvement du commerce . chez les Hovas de Madagascar.

Ces Hovas, que Ton nous affirme être d'origine malaise^ diffèrent cependant beaucoup des Malais par les caractères physiques et, d'autre part, leurs mœurs n'ont rien non plus de Malais. En effet, la plupart de leurs coutumes sont africaines ; certaines autres, par exemple, l'habitude, conservée jusqu'à nos jours, d'enterrer les morts sous des dol- 77iens, parfois revêtus de tumulus, et celle d'ériger des menhirs commémoratifs, les rattachent bien plutôt aux anciens Berbères de l'Afrique septentrionale. Restent des analogies de leur langue, qui est d'ailleurs celle de toute l'île, avec les idiomes malais ; mais ces analogies, dont on a beaucoup exagéré l'importance, peuvent être dues à la fréquentation des nombreux marchands arabes, qui, eux, sont allés et vont en Malaisie. Ajoutons que ces Hovas, soi-disant Malais, qui auraient pris pied à Madagascar après mie très longue traversée, sont aujourd'hui à peu près étrangers à toute navigation.

Mais, sans plus nous occuper de l'origine des Hovas, voyons ce que sont leur commerce et leur industrie, leur industrie agricole d'abord : celle-ci est peu avancée. La grande céréale des Hovas est le riz cultivé dans les marais de l'île. Pourtant dans certaines localités, le riz dit démon-

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tagne est aussi cultivé (1). Les agriculteurs hovas procèdent par semis et repiquage, à la manière chinoise ; mais ne connaissent pas la charrue. Leur principal instrument agricole est une béehe àmanche très long et dont le fer étroit et allongé n'a guère qu'un décimètre de superficie (2). Remarquons en passant que les Hovas ont Thabitude de conserver leur récolte dans des se/o^ souterrains, comme on le fait dans TAfrique du nord (3>. Le coton pousse dans Tîle à l'état sauvage ; il y donne même deux récoltes, mais n'y est pas cultivé. Plusieurs espèces de vers à soie indigènes produisent une soie grise, que les Hovas savent teindre avec les substances tinctoriales du pays, savoir : l'indigo, Torseille,etc., (4).

Point de chevaux indigènes dans l'île ; mais le bétail y abonde ainsi que les moutons, les porcs et la volaille. Les bœufs sont de la race à bosse, si commune en Asie et dans l'Afrique orientale (5).

L'industrie des Hovas est moins avancée encore que leur agriculture. Le filage se fait à la main, avec un fuseau mais sans rouet (6). Le tissage est également très simple, mais les dessins sont incorporés à 1 étoffe même et paraissent sur ses deux faces (7) .

La poterie hova, très grossière, est d'un rouge sombre (8). Une particularité à retenir, c'est que les Hovas se servent encore de ces étoffes en écorce battue, de ces étoffes-papier, que nous avons trouvées dans l'Afrique orientale et en Polynésie (9),

(1) Du pré. Trois mois de séjour à Madagascar, 54-55.

(2) James Sibree. Madagascar et ses habitants, 147.

(3) /6icî., 143-146.

(4) Dupré. Loc. ciY., 178-179.

(5) Dupré. Loc. cit., 181.

(6) J. Sibree. 211.

(7) Ibid,

(8) Ibid , 220.

(9) Ibid,, 212.

JOO l'évolution du commerce

Un autre trait à noter, c'est que les anciens villages hovas sont situés sur les hauteurs et défendus par des fortifications très souvent mégalithiques (1).

Madagascar possède des gisemients de cuivre, de plomb, et elle avait anciennement la réputation d'être riche en mines -d'or et d'argent (2). Le fer surtout y abonde (3) à ce point qu'il fait, en certains points, dévier l'aiguille aimantée. On l'extrait du minerai au moyen de ces petits fourneaux primitifs, attisés par deux soufflets et qui sont si communs en Afrique (4).

La confusion des métiers n'existe plus chez les Hovas ; leurs artisans sont spécialisés ; il y a chez eux des charpentiers, des forgerons, des orfèvres, etc. (5).

Les Hovas ne sauraient avoir de commerce direct avec l'extérieur, puisqu'ils n'ont aucune marine sérieuse ; mais leur commerce intérieur est actif et leurs marchés principaux extrêmement fréquentés. Une foule d'indigènes se rendent, tous les vendredis, à celui de Tananarive ; aussi est-ce là que les lois et messages du souverain sont ordinairement proclamés (6) ; c'est aussi sur la place du marché, que se réunissent les assemblées nationales, leshaharysH). A ce marché on trouve tout ce qui se vend dans l'île : des étoffes indigènes, des cotonnades américaines, du bétail, des volailles, des œufs, du riz, etc., de la ferblanterie et de la quincaillerie du pays, des nattes, des paniers (8), des denrées diverses, des fruits, des épices, du tabac, etc., même

(1) James Sibree. Passim.

(2) E. Lopez Le Congo (1578).

(3) Dupré. Loc. cit., 177.

(4) James Sibree. Loc, cit., 218.

(5) Ibid.y 216.

(6) Ibid,, 127.

(7) fbid., 94.

<8) Dupré. Loc. cit., 166.

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des sauterelles et des chrysalides de ver à soie (1), du rhum indigène (toaka) extrait de la canne à sucre, de la poterie, des lits, des outils ou armes en fer, des matériaux de construction, etc. etc., enfin des esclaves des deux sexes, mis en vente comme tout le reste (2). Entre Hovas, la moindre affaire commerciale donne lieu à des débats sans fin ; l'offre et la demande ne se lassent pas de faire assaut de subtilité et de ruse (3).

Les Hovas n'ont pas de monnaie nationale. Leur unité monétaire est la piastre espagnole, à laquelle la pièce de cinq francs française fait aujourd'hui concurrence; mais^ presque toutes les monnaies d'argent ayant même grandeur et même poids sont acceptées dans le commerce (4). Les subdivisions de la piastre, qui est la monnaie la plus usitée, s'obtiennent à la manière chinoise, en sectionnant la pièce en deux, quatre, six, huit, etc., morceaux. Aussi, comme les marchands chinois et ceux de l'Egypte ancienne, tout Malgache a sa balance, instrument si délicat qu'il peut peser la 720« partie d'une pièce de cinq francs (5) ; en effet, la dernière et la plus petite fraction monétaire usitée est le vary-ventis, qui est la 720® partie d^une piastre et a le poids « d'un grain de riz (6) ».

Malgré la grande affluence qui a lieu sur les marchés, les disputes, les rixes, les vols y sont très rares. Il faut dire que la police des Hovas relativement au marché rappelle fort celle des Kabyles. Tout voleur surpris sur le marché, en flagrant délit, coupant, par exemple, le coin du laînba oii les Hovas serrent ordinairement leur argent, est sur le champ-

(1) James Sibree. Loc. cit., 131.

(2) /6id., 128-131.

(3) Ibid., 2^4.

(4) iôid., 221.

(5) Dupré. Loc. cit., 164-165.

(6) James Sibree. Loc. cit., 223.

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lynché par la foule. Cette justice expédilive s'appliquait encoreen 1866 (i) et je Tai toutrà-1 heure signalée enKabylie.

La coutume hova est aussi fort rigoureuse pour les débiteurs, plus encore que les Aawowns kabyles. Ainsi Tinsolvabilité entraîne fréquemment non seulement la vente du coupable, mais celle de sa femme et de ses enfants, en même temps que la confiscation de ses biens (2).

J'ai eu soin de signaler en passant quelques traits de mœurs, qui n'ont rien de Malais, mais se retrouvent aujourd'hui encore en Kabylie ou ont existé jadis dans Tan- <5ienne Egypte. Si l'on envisageait toute la vie sociale des Hovas, on multiplierait aisément ce» analogies, qui, toutes, protestent contre l'origine malaise, attribuée aux habitants du plateau central de Madagascar.

JV. L'évolution commerciale chez les races Barléres^etc,

Nous sommes maintenant en mesure de nous représenter en raccourci l'évolution commerciale des races berbères ou métissées de Berbères, Le Berbère néolithique, du moins celui des Canaries, devait être encore à la phase précommerciale ; puisque les Guanches, non encore sortis de Tâge du clan communautaire, communiquaient peu ou point d'une île à l'autre; puisque, même dans la plus grande île, leurs roitelets étaient perpétuellement en guerre : c'était donc par la razzia^ que Ton devait entrer le plus souvent en possession des biens du voisin et les biens les plus désirables devaient être les troupeaux de chèvre. Sur tout cela les chroniqueurs se taisent et nous en sommes réduits à des suppositions. Au sujet des aptitudes et mœurs com-

(1) James Sibree. Aoc. Cé7., 302.

(2) Ibid., 302.

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mercîales chez les Berbères africaias de rantiquité, chez les Lybiens, les renseignements nous font également défaut ; il est probable que les Troglodytes, sans doute très analogues à notre homme de Cro-magnon, ne Foigeaient guère encore au commerce. Au contraire les Numides de l'histoire, ancêtres des Touareg contemporains, étaient déjà adonnés au commerce extérieur; mais on ne risque guère de se tromper en admettant qu'entre leurs diverses tribus la razzia guerrière jouait dans les échanges de valeurs un rôle plus important que le pacifique commerce .

Chez les Kabyles, un grand progrès s'est accompli. La constitution politique de leurs tribus est des plus ingénieuses ; ces tribus sont des groupes de clans et, dans Torganisaiion intérieure de ces clans, on s'est efforcé de concilier la solidarité avec la liberté individuelle. C'est aussi dans le même esprit, qu'ont été réglées les relations commerciales entre villages et tribus. On a tâché de faciliter les transactions utiles, d'y faire présider la loyauté, le respect des engagements pris. On n a pas hésité au contraire à entraver ou à interdire le^ agissements ou spéculations nuisibles à la communauté. Quand il est arrivé aux kanouns kabyles d'édicter des prohibitions déraisonnables, ils ne Fonl guère fait que pour se plier à des prescriptions religieuses, lesquelles, en tout pays, sont souvent plus rituelles que sensées. Certaines responsabilités collectives, que j'ai signalées, choquent aussi nos habitudes individualistes , mais en Kabylie, elles sont en harmonie avec l'organisation du clan encore communautaire au moins par les traditions.

Les règlements touchant rétablissement d'un marché, sa police, l'espèce de trêve de Dieu qu'on y observe, etc., sont de tout point louables et, sur ce point, le Kabyle soitdisant barbare est moralement bien supérieur à l'homme civilisé de nos jours.

Ce parti-pris de subordonner, au point de vue commercial comme à tous les autres, l'intérêt individuel à l'intérêt

général s'accuse dans un grand nombre de kmwuns Kabyles. Or, Pétude de révolution politique, chez les hommes de toute race et de toute couleur, nous a appris que les stades de cette évolution vont de la horde anarchique au clan ; du clan à la tribu républicaine d'abord, monarchique ensuite; de cette dernière à la petite monarchie, puis aux grands Etats gouvernés par un roi absolu. Dans ces grands empires despotiques, du moins dans ceux de Tantiquité, qui, les premiers, se constituèrent, la législation se préoccupe encore beaucoup de l'utilité publique ; le roi, qui incarne cette législation, ressent ou feint de ressentir pour ses sujets des sentiments de père de famille, qui d'ailleurs n'empêchent pas assez les plus criants abus du bon plaisir. C'est que toute cette humanité de parade vient de loin ; elle n'est qu'une survivance, dont l'origine remonte à Tàge de la tribu primitive depuis longtemps disparu.

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