I. Le pays chaldéo-assyrten
Dans le précédent chapitre, j'ai dû aborder l'étude commerciale du monde sémitique par les peuples les moins civilisés de la race, par les Arabes et les Juifs. En effet, chez les
nomades de l'Arabie, on peut retrouver, de nos jours encore, Tune des premières phases de l'évolution sociale des Sémites. En Judée, on avait quelque peu marché en avant, mais grâce à de nombreux emprunts faits à l'Egypte et à TAssyrie, grâce surtout à la dépossession violente des Cananéens.
En Mésopotamie, au contraire, nous avons affaire à une civilisation originale, bien qu'elle ait pu, pour beaucoup d'inventions utiles, être tributaire de la très ancienne Egypte, qui, directement ou non, a joué le rôle d'institutrice pour la plupart des anciennes sociétés de race blanche- Mais, dans ce rôle si honorable, la Mésopotamie antique, la Chaldée-Assyrie, tient le second rang et l'on aurait le droit de la ranger à côté de l'Egypte, quoiqu'un peu en arrière, si sa population laborieuse, active, courageuse, n'avait été en même temps si âpre au gain et surtout si féroce.
A-t-il existé, à une époque et dans une région totalement inconnues, un type humain primitif, souche commune des deux grandes races sémitique et berbère ? On le peut supposer ; mais on Tignore. Si elle était établie, cette commune origine rendrait raison de certains traits communs aussi aux deux races, notamment de la dolichocéphalie et pins généralement des analogies anatomiques. Mais, pour le moment, nous n'avons pas à nous préoccuper de cette parenté trop hypothétique.
Ce qui nous intéresse uniquement, c'est le développement industriel et commercial de la Mésopotamie ancienne, de celle que l'histoire nous fait connaître seulement à l'âge adulte. Les débuts, l'enfance, de ces vieux royaumes sémitiques nous sont inconnus et nous ne pouvons nous les figurer aujourd'hui qu'en recourant à l'ethnographie comparée. Il est infiniment probable que les fondateurs de la Chaldée et de l'Assyrie ont été des nomades, ressemblant fort aux Bédouins actuels. Dans tous les cas, il est certain
que, plus anciennement encore, la Chaldée a eu son âge de la pierre ; puisque, même au beau temps de sa civilisation, ses prolétaires se servaient encore d'outils en silex; puisque, dans ses tombeaux, on trouve des couteaux, des grattoirs, des herminettes, des haches, des marteaux de silex, et que même certains de ces instruments sont identiques à ceux de notre âge de la pierre taillée (1).
Les écrivains de l'antiquité et quelques auteurs modernes ont souvent employé presque au hasard l'expression Assyree, rappliquant aussi bien à Babylone qu'à l'Assyrie proprement dite ; c'est que la civilisation des deux pays est identique ; aussi les confondrai-je de parti pris dans cette courte étude.
Comme l'Egypte ancienne, la Chaldée-Assyrîe était le résultat d une victoire de l'homme sur la nature. Abandonné à lui-même, ce pays, peu fait pour notre espèce et ovl la pluie est inconnue pendant six mois de l'année, ce pays, qui est souvent submergé au printemps par des crues sans régularité (2), serait resté la contrée aride et malsaine qu'il est redevenu de nos jours ; mais une race laborieuse et ingénieuse l'avait su transformer en une région d'une merveilleuse fertilité. Des digues avaient contenu le Tigre et l'Euphrate (voir Isaïe xxiii) ; des écluses avaient ralenti et régularisé leurs cours ; des lacs agrandis avaient emmagasiné le trop plein de leurs eaux; des canaux navigables avaient relié les deux fleuves à travers la Mésopotamie et Xénophon vit encore des navires chargés de blé les parcourir (3). Des saignées habilement pratiquées et une canalisation savante avaient fait de la plaine aride ou marécageuse une vaste campagne, la plus fertile qui ait existé (4). Au dire de Stra-
(1) Voir une figure publiée dans les Anciens peuples de VOrient classique par M. Maspéro, p. 754.
(2) Olivier. Yoy. dans VEmpire ottoman^ t. II, p. 419. {S) Hérodote. I, 193,
(4) Strabon. liv. XVI, ch. I, 9.
bon, ce système d'irrigation était semblable à celui de l'Egypte. Y a-t-il eu imitation ou bien la similitude des procédés dérive-t-elle simplement de celle des conditions topographiques ? On ne le saurait dire.
Grâce à tous ces travaux hydrauliques, l'agriculture mésopotamienne puisait si largement dans TEuphrate, que ce fleuve diminuait en s'approchant de son embouchure (1) ; il était littéralement bu par les champs fertilisés . Les Mésopotamiens étaient payés de leurs peines par des récoltes d'une richesse fabuleuse ; ainsi l'orge leur rapportait jusqu'à 300 pour un (2). Au reste, on ne cultivait guère dans le pays que des céréales. Point d'arbres fruitiers, à l'exception des dattiers, d*où l'on obtenait des fruits admirables par leur beauté, leur grosseur et aussi du vin de dattes (3) ; mais, hors les palmiers, il n'y avait guère dans le pays que des arbustes (4). C'est sans doute à ce manque d'arbres, qu'il faut attribuer l'infériorité notoire des Mésopotamiens dans l'art de la navigation. A en croire Hérodote, les Assyriens auraient eu des embarcations fluviales, très primitives, des barques de forme circulaire, simplement composées d'une carcasse en branches d'osier et de saule recouvertes de peaux (5). Comme les Assyriens, les Chaldéens étaient de fort habiles agriculteurs, à l'école desquels, les Grecs d'abord, les Arabes ensuite (6), peut-être même les Perses se sont formés. La partie la plus fertile du sol mésopotamien, celle que l'eau des canaux et des réservoirs pouvait arroser, était consacrée surtout à la culture des céréales. Produire le plus de blé possible était la grande affaire du pays ; c'était en blé, que s'évaluait le revenu
(1) AiTien. VIT, 18.
(2) Strabon. Loc, cit.
(3) Hérodote. I, 185-194.
(4) Strabon. XVI, eh. I, 5.
(5) Hérodote. 1,194.
(6) Maspéro. Loc. cit., 170.
dans les contrats et même dans les actes de comptabilité publique (1). Mais Tagricullure raésopotamienne devait être de la petite culture, analogue à celle de la Chine. En effet la charrue n'était qu'une pioche couchée et à très long manche, auquel on attelait des bœufs. Pourtant [les semailles se faisaient déjà à la volée et non pas grain à grain à la mode chinoise (2). Les champs [étaient disposés en échiquier, dont les cases étaient bien limitées et séparées par des bourrelets : chaque champ n'avait donc que des dimensions médiocres et il formait un petit bassin pouvant retenir Teau de la crue ou de Tirrigation (3). A de certains moments, l'aspect de la campagne mésopotamienne devait rappeler beaucoup celui de nos marais salants.
La division de la propriété rurale paraît avoir été assez grande ; car les contrats de vente, de cession, de fermage, de métayage, que déchiffrent actuellement nos assyriologues, se retrouvent en très grand nombre. Dans les contrats de métayage, le propriétaire se réserve ordinairement les deux tiers de la récolte (4j, proportion que Ton peut qualifier d abusive et d'où l'on peut inférer l'existence d'un prolétariat nombreux et misérable. Les contrats de fermage sont passés pour trois ans. Enentrant en jouissance, le fermier verse au propriétaire une partie du loyer; puis il s'acquitte du reste au moyen d'à comptes mensuels. La culture paraît avoir été familiale, comme en Chine ; mais, au moment de la moisson, le fermier s'adjoignait des travailleurs mercenaires, que lui procuraient les temples et qui s'engageaient pour quinze jours ou un mois. Pendant la durée de leur engagement, ces mercenaires étaient logés, nourris, et habillés par le fermier ; ils recevaient
(1) Maspéro. Loc. cit., 7ôl.
(2) Ihid., 764.
(3) Ibid.
<4) Ibid., 76.
même des indemnités en cas d'accident et n'étaient donc nullement assimilés aux choses ; mais, s'ils se dérobaient à leur contrat, si même ils travaillaient mal, ils encouraient des peines sévères (1).
En Mésopotamie, l'organisation de la propriété foncièreparaît avoir été assez analogue à la nôtre, sauf que le droit de possession était placé sous la garantie des dieux et que sa transmission, sa vente, s'accompagnait de formalités religieuses ou magiques, ce qui au fond équivaut. Certaines formules d'exécration allaient même jusqu'à viser quiconque oserait contester l'authenticité de l'acte passé (2).
Tout en étant surtout agriculteurs, les Mésopotamiens no négligeaient pas Télève du bétail, qui paissait au delà de la limite atteinte par les crues des fleuves, et, le soir, s'abritait dans des parcs mobiles contre les attaques des animaux de proie, notamment des lions f3). Outre le bétail petit et grand, les Mésopotamiens avaient encore l'onagre, qu'ils capturaient an lasso et apprivoisaient assez pour l'atteler aux chariots (4). Ils ne connurent le cheval que tardivement.
L'industrie mésopotamienne était, comme l'agriculture,, avancée, florissante, mais familiale. Dans les villes, les petits marchands étaient en même temps fabricants ; ils enseignaient leur métier à leurs enfants et, avec leur concours et celui d'apprentis et d'esclaves, ils fabriquaient leur marchandise. Entre eux, ils formaient des associations de producteurs, des métiers^ des guildeSy ayant leur coutumes spéciales et obéissant à des chefs. Chacun avait son corps de métier ; tel appartenait à l'association ou tribu des tisserands ; tel autre à celle des forgerons ou des marchands de blé, etc. Cette organisation du travail industriel
(1) Maspéro. Loc. cit., 765.
(2) Ibld., 762.
(3) Ibid,, 766.
(4) fbid., 769-770.
366 L^ÉVOLUTION DU COMHEaGE
rappelle fort celle de TEgypte, sur laquelle d'ailleurs elle a pu se modeler, Les artisans semblent avoir été d'une grande habileté. Ainsi les tapisseries babyloniennes {Baby^ lonica paristromata) sont vantées par les auteurs latins, alors qu'ils décrivent le luxe des grands de Rome. Métellus Scipion, par exemple, paya une de ces tapisseries 800,000 sesterces (168,000 francs); Néron donna pour des triclinaria babylonica, 4 000,000 de sesterces (840,000 francs). Selon Pline, les Babyloniens étaient passés maîtres surtout dans l'art de fondre les couleurs des tissus (i). Les fines robes en coton de Babylone, les sindoneSy étaient partieulièrement estimées ; aussi exislail-il de grandes tisseranderies non seulement dans la métropole, mais dans d'autres villes encore. L'orfèvrerie n'était pas moins fine et Ton a exhumé des tombeaux mésopotamiens des bijoux remarquables : pendants d'oreilles, bracelets, anneaux en or, ainsi que ues vases d'argent et d'admirables cachets en pierre dure (2). Certaines armes sont damasquinées avec une rare habileté (3). Tous les arts industriels s'étaient simultanément perfectionnés. Les meubles, les poignées des armes, les couteaux figuraient souvent divers animaux ou des êtres mythologiques . Les poteries étaient émaillées et parfois aussi modelées en forme d'animal ; on a trouvé, par exemple, des vases figurant un muffle de lion. Les harnais des chevaux étaient richement ornés ; les chars bien construits et munis de roues à jantes, identiques aux nôtres (4).
Un tel développement industriel suppose un mouvement commercial connexe et pourtant les Mésopotamiens n'avaient pas de monnaie dans le sens que nous attachons à ce mol. Eux aussi se servaient, comme valeurs-étalons, de lingots
(1) O.-Noel. Commerce du monde ^ I, 9.
(2) Maspéro, Zoc. cit,, 1^1.
(3) 0. Noël. Lac. cit,, I, 11.
<4) F. Lenormant. Hist. ancienne de f Orientai, V, 106.
d'or, d'argent, de cuivre évalués au poids, d'après un système ayant pour base un sicle de 8 gr. 415. Soixante de ces sicles constituaient une mine, et soixante mines un talent. On connaissait donc la balance ; mais pourtant le grain se vendait encore à la mesure, non au poids (1), sans doute à cause de la difficulté qu'il y aurait eu à construire des balances de dimension suffisante.
Pour les petites sommes en métal argent, on avait en Mésopotamie un sicle particulier de 11 gr. 22, fixé et choisi de telle sorte qu'il y eut, entre les deux sicles, celui de l'or et celui de l'argent, un rapport exprimable en nombres entiers afin de faciliter les calculs, ce qu'on n'aurait pu obtenir en comparant les valeurs à poids égal (2). Mais on ne payait pas uniquement avec des métaux. Un acte indique, par exemple, qu'un champ a été acheté moyennant livraison de chariots, d'ânes, de taureaux, d'étoffes, etc., et en face de chacun de ces articles est inscrite leur valeur en argent (3).
Sur les tablettes d'argile, aujourd'hui trouvées en si grand nombre et que Ton commence à déchiffrer avec une certaine sûreté, sont rédigés une foule d'actes concernant des prêts, des quittances, des ventes, etc. Tout cela indique qu'on a évidemment affaire à un peuple âpre au gain, calculateur, processif, usurier même ; car le prêt à intérêt est de règle et cet intérêt est considérable : de 23 0/0 par an (4).
Comme les métaux, les céréales, etc., s'accumulaient sans cesse dans les temples, soit à titre de revenus touchés, soit à titre d'offrandes. Ces saints lieux étaient devenus de vraies banques ou bourses, où les prêtres trafiquaient et
(1) Fr. Lenormant, Loc. cit., 113.
(2) Ibid,, 111.
(3) Ibid,, 749 (note).
(4) Lenormant. La monnaie dans V antiquité, i\ A (note 2)«
368 L^ÉvoLirrioN du commerce
spéculaient, « des cavernes de voleurs », suivant Texpression évangélique appliquée au temple de Jérusalem, qui les avait trop imités.
Chaque opération de prêt ou de change nécessitait l'intervention d'un scribe public, qui rédigeait le contrat sur une petite plaque d'argile encore molle et de forme carrée ; puis la plaque était mise au four et la rédaction devenait ineffaçable. Voici la teneur d'un de ces actes : « quatre mines d'argent au poids de Karkénis (créance) de Nergalsar-ussur, sur Nabu-ran-napisti, fils de Nabu-ran-napisli, de Par Sarkin, à cinq sicles d'argent d'intérêt mensuel. Le 26 aïrn, éponymie de Gabbar (soit 667 av. J.-Ch.) ». Et c'est tout ; il n'y a ni endos, ni acceptation (1).
On a au?si retrouvé un texte de loi réglant l'intérêt à percevoir : « l'intérêt peut être calculé à l'année ; l'intérêt peut être calculé au mois... Pour l'intérêt de son argent, il lui a donné en gage : une maison, un champ, un verger, une esclave femelle, un esclave mâle, etc., etc. (2) ». l>ans les' temples, c'était le Dieu lui-môme, qui était censé prêter son bien, ce qui devait rendre la créance particulièrement respectable. On convenait parfois de remplacer l'intérêt par des jours de corvée revenant périodiquement. S'il arrivait qu'à l'échéance l'emprunteur se trouvât dans l'impossibilité de rembourser le prêteur, alors le principal s'augmentait d'une quantité prévue, d'un tiers par exemple, jusqu'à ce que la somme fut portée au double, au triple, parfois au quadruple. Après quoi, le gage devait sans doute appartenir au créancier, à moins de convention contraire exprimée à la fin de lacté par une formule de malédiction (3)
La Mésopotamie était donc parfaitement outillée et organisée pour les échanges, et sa situation même entre l'Inde,
(1) Fr. Lenormant. Loc. cit., 115.
(2) Ibid., 119.
(3;Maspéro. Loc. cit. y 750.
la Perse, la Méditerranée, le Golfe persique, lui imposait presque ce rôle, aussi faisait-elle un important commerce extérieur ; mais ce commerce, qui nécessairement était surtout terrestre, ne se pouvait exercer sans de grands risques. En effet, les marchands avaient à redouter les attaques des bandits, celles des nomades, les exactions des petits princes dont il fallait traverser le territoire, quand ceux-ci ne se contentaient pas d^un droit de passage ; mais, et cela compensait tout, les vallées des fleuves étaient occupées par des populations riches et industrieuses, qui achetaient et vendaient volontiers ; en outre, des pays lointains on y apportait une foule d'objets précieux. Au total, les chances de gain étaient considérables (1) pour le commerce à Tétranger, tandis qu'au contraire, le petit commerce intérieur était fort peu lucratif et pour diverses raisons : les loyers étaient lourds ; les réparations et l'entretien des immeubles à la charge du locataire (2) ; le trafic probablement borné. Restaient donc, pour ceux qui voulaient réaliser de grands bénéfices, les aventures commerciales au loin, avec leurs dangers et leurs aubaines. Les caravanes en diminuaient les risques personnels et, pour éviter les pertes de capital, les Mésopotamiens avaient créé des valeurs, des obligations fiduciaires, basées sur le crédit des négociants. C'était des tablettes analogues à nos papiers de commerce (3), même à nos chèques, et représentant des équivalents métalliques. Voici, par exemple, le texte d'un mandat de paiement tiré d'un lieu sur un autre : « Quatre mines quinze sicles d'argent. (Créance) de Ardu-nana, fils de Yakin, sur Mardukabalussur, fils de Mardukbalatiril, dans la ville d'Orchoë. Mardukbalatiril payera, au mois de Tebet, quatre mines, quinze sicles d'argent à Belabaliddin, fils
(1) Maspéro. Loc, cit., loi.
(2) làid,, 751. (S) Ibid., as.
370 L*ÉvoLimoiv du commerce
deSinnaïd. Our, le 14 arakhsamna. L'an 2 de Narbonide, roi de Babylone » (1). Voici maintenant un chèque payable en blé : « Lettre de Nabu-nadin-akhi à Sîrka, mon frère, à Marduk et à Zirpanitur ; que la paix soit avec eux, et que la vie de mon frère se conserve ! Huit gur-za-pi de blé à livrer à Lakhel » (2). EnfîQ, un autre texte indique que les mandats d'un lieu sur un autre étaient négociables (3).
En même temps que les Mésopotamiens facilitaient, en les simplifiant, les opérations commerciales par ces ingénieux expédients ; ils s'étaient efforcés de rendre moins pénibles les voyages et les transports, en frayant et construisant desroutes aisément praticables partout où cela leur était possible. Une grande voie reliait Suse à Babylone ; elle mesurait vingt journées de marche et les bagages de toute une armée y pouvaient passer (4). D'autres routes allaient de Babylone à la Méditerranée, de Babylone à Ecbatane, etc. etc., (5). Une autre voie traversait la Cilicie pour aboutir à la Cappadoce. Entre Sardes et Suse, elle était munie de onze cents rayales ou stations pour les voyageurs. Enfin TEuphrate et le Tigre servaient de véritables grandes routes entre le golfe Persique et l'Arménie, etc. (6). Le transit à travers TArabie se faisait par l'entremise des nomades Gerréens ; ils apportaient à la métropole chaldéenne l'or, l'encens, les parfums, etc., que Babylone réexpédiait ensuite dans d'autre directions (7). De tous les côtés les marchandises précieuses affluaient dans la grande ville ou en partaient : les vins de l'Arménie y descendaient par l'Euphrale ; rinde envoyait de la cannelle, des pierres précieuses et des
(1) Lenormant. Monnaie dans Vantiquité, (î) O.-Noël, t. T, 103.
(3) Lenormant. Loe. cit., 119.
(4) Arrien. III, 16.
(5) Lenormant. Hist. anc. de fOfùentj t. V, 104.
(6) Hérodote. 1, 194.
)7) Arrien. VII, 7.
étoffes de prix ; l'Arabie et TEthiopie, leur or, leur ivoire, leur ébène, de l'ambre gris ; Ceylan, des perles^ etc., etc. (1). Babylone était donc à la fois un centre de production indus^ trielle et un vaste entrepôt, vers lequel convergeaient toutes les marchandises deTAsie. La Mésopotamie s'est-elle toujours bornée à ce rôle ? N'a-t-elle pas devancé la Phénicie en lançant, dans des directions diverses, d'aventureux marchands et colons, à une époque où elle n'avait pas encore d'histoire ? Sans être trop téméraire on peut le supposer. Les Protophéniciens même ont pu être une de ces bandes^