X 1,25 — 25) — 122 En janvier
La petite malade est prise d’une forte angine avec vomisse-
DENT" Ne
ments et hyperthermie modérée, qui provoque une poussée acidosique. Le Docteur Bith la met au lait et à la farine lactée et doit augmenter l’insuline à 60 U.
Tolérance hydrocarbonée en baisse, égale à :
Dans la suite, l'insuline est rétablie à 20 U.
En février, avec un régime de 183 H.C. totaux, il n’y a plus ni glycose, ni acétone dans les urines.
La tolérance est remontée à :
Le poids et la taiile sont respectivement à 27 k. et 1 m. 28.
En novembre 1929, on porte l’insuline à 30 U. pour faire disparaître de nouvelles traces de glycosurie :
Tolérance hydrocarbonée de :
En février 1930 : la croissance continue favorablement.
Poids, 29 k. Taille, 1 m. 35 ; mais réapparition d’une légère glycosurie,
On réduit le régime et on le maintient aux environs de 137 H.C. totaux.
Tolérance de :
Les mois suivants et jusqu’en décembre 1931, situation très stable sans glycosurie ni acétonurie le plus souvent.
En décembre 1931, on doit porter l’insuline à 40 U. pour lutter contre une glycosurie de nouveau discrète avec traces d’acétone.
Tolérance de :
132 — (40 x 1,25 — 50) — 82 en baisse cette fois notable et qui semble définitive.
Cependant état général excellent.
Poids en hausse atteignant 36 k.
Pendant toute l’année 1932, l’enfant continue à se développer normalement. Les réactions urinaires ne présentent que rarement des traces de glycose et d’acétone.
La tolérance hydrocarbonée ne remonte pas mais reste stable.
En novembre 1932, petit épisode grippal avec poussée acidosique. L’insuline doit être portée, puis maintenue définitivement à 50 U. Poids 42 k.
Taille, 1 m. 44.
Le régime comportant 140 H.C. totaux, la tolérance est de :
En mars 1933, excellent état général.
Régime et tolérance analogues.
Poids 44 k. 900.
Taille 1 m. 505,
La croissance de la petite malade est parfaite. La puberté n’est pas encore apparue (la petite malade a 15 ans), mais des poils ont apparu au pubis et aux aisselles.
ConcLusions. — Chez cette enfant, la tolérance hydrocarbonée de 135 H.C. totaux environ au début du diabète, en avril 1927, s’élève à 169,50 un an plus tard, accusant une hausse de 25 %, hausse qui se maintient sensiblement pendant 18 mois environ.
Dans la suite, la tolérance s’abaisse progressivement, mais lentement, atteignant 77,50 en novembre 1932, subissant une baisse de 42 %, depuis le début du diabète. Fin mars 1933, la tolérance reste fixée à 77,50.
En 6 ans, la dose d'insuline quotidienne a dû être portée de 10 à 50 unités.
On a remarqué au cours de l’histoire de ce diabète, que deux épisodes infectieux provoquent une aggravation de la maladie : une angine en 1929, qui produit une chute seulement passagère de la tolérance, une grippe en novembre 1932 qui produit un abaissement paraissant définitif.
Enfin, il est évident que la croissance de l’enfant s'opère dans de bonnes conditions.
L'observation suivante, extrêmement instructive, a déjà été publiée par M. le Professeur LaBBÉ. Nous en avons complété l’histoire jusqu’en mars 1933.
Serge Coin... âgé de 16 ans.
C’est lorsqu'il avait onze ans, en mars 1928, que son diabète a débuté. Quelque temps auparavant, il avait souffert des dents, et on avait dû lui arracher une dent cariée ; il s’était produit une ostéo-périostite alvéolo-dentaire, et c’est au cours de cette complication que l’enfant avait ressenti les premiers symptômes de la maladie ; il avait une soif intense, une polyurie abondante, et il maigrissait rapidement. Sa mère alors consulta un médecin, qui découvrit du sucre à dose élevée dans les urines : il rendaït 5 litres d’urine et 375 gr. de glucose par jour.
Le 16 avril 1928, il fut envoyé dans le service de M. le Pro-
LUONe.
fesseur Labbé. Il avait alors une glycosurie de 235 grammes par jour, il pesait 32 kilos et avait une taille de 1 m. 395.
I fut mis le 16 avril au régime suivant, contenant 100 grammes d'hydrates de carbone préformés, et on lui injecta chaque jour 20 unités d’insuline.
LÉGUME SIVErIS MERE MANETTES: 800 gr.
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La glycosurie baisse rapidement. Le 22 avril cle était seulement de 27 grammes ; l’acidose modérée du début avait disparu.
Le 27 avril, malgré l’addition de 30 grammes de beurre et 20 grammes de fromage, ia glycosurie tombait à 20 grammes ; le 30, elle était de zéro. Pendant ce temps, le poids de l’enfant s’élevait de 500 grammes ; il commençait à avoir, une heure et demie après les injections d’insuline, quelques réactions d’hypoglycémie : défaillances, sueurs abondantes, troubles de la vue.
Le 6 mai, le régime fut augmenté de 50 grammes de pain; ainsi le total des hydrates de carbone préformés était porté à 126 grammes ; la glycosurie se produisit pendant quelques temps encore, puis le 16 mai, elie redevenait nulle. Pendant ce temps, le poids de l’enfant augmentait progressivement ; le 10 juin, il pesait 36 kgs, le 27 juin 37 kgs, le 9 juillet 38 kgs. Pendant l’été il vécut à ia campagne, continuant à suivre son régime, mais avec quelque irrégularité probablement, car la glycosurie reparut.
Le 1° octobre, il avait de la glycosurie, une légère réaction de Gerhardt ; son poids était de 37 kgs 8, sa taille de 1 m. 40. Pendant le mois d’octobre 1928, avec le même régime contenant 125 gr. d’hydrocarbonés préformés et la même dose de 20 unités d'insuline, il continua à présenter de la glycosurie, mais la réaction de cétose urinaire disparut au bout de quelques jours.
Depuis le mois de novembre 1928 jusqu’ au 16 juillet 1929, il fut soigné par sa mère, et vint tous les jours, tantôt le matin, tantôt dans l’après-midi, se faire faire dans le service une injection de 20 unités d'insuline, cependant qu’il suivait les cours de l’école.
Au cours de l'hiver, il a été atteint d’un rhume de cerveau et est resté trois jours à la maison, sans recevoir d’insuline ;
aussitôt il a fait une poussée d’acidose, mais le médecin qui le vit n’osa pas lui faire d'injection d’insuline, il lui fit prendre seulement un peu d’eau de Vichy. Le quatrième jour, sa mère le ramenait à l’hôpital, où, en raison des fortes réactions de cétose urinaire, on dut lui faire pendant deux jours deux injections quotidiennes de 30 unités d’insuline.
Le 16 juillet 1929, il lui fallut encore rentrer à l’hôpital : il s’était beaucoup fatigué à l’école pour préparer son certificat, il avait des maux de tête, des troubles de la vue passagers, des nausées et il maigrissait. Ses urines présentaient de la glycosurie et une forte réaction de Gerhardt ; son poids était tombé à 36 kgs 500. On lui fit des injections d’insuline à la dose de 60 unités par jour pendant cinq jours, et à partir du 18 juillet, la glycosurie et la diacéturie avaient disparu.
On abaissa alors la quantité d’insuline à 40 unités par jour en donnant un régime mixte comportant 55 grammes, puis 65 grammes d’hydrates de carbone préformés.
Le 3 août, l’enfant sortait de l’hôpital ayant repris 500 grammes de poids, n’ayant plus d’acidose, et ne présentant plus que des traces de sucre dans ses urines.
Durant l'été, pendant les vacances, tout se passa bien. Pendant le début du mois d’août, il ne reçut que 30 unités d’insuline par jour. À partir du 11 août jusqu’à la fin de septembre, il resta sans insuline, cependant il n’avait que des traces de sucre et pas d’acidose,
En octobre 1929, il retourne à l’école, travaille beaucoup, se fatigue et présente de nouveau de la glycosurie et a une forte réaction de Gerhardt, bien qu’il ait été remis au traitement par l'insuline à la dose de 30 unités. Il est atteint d’un rhume de cerveau vers le 13 octobre, et ce rhume détermine une très forte poussée d’acidose. On lui conseille alors d’entrer à l’hôpital. Le 15 octobre, il reçoit 100 unités d’insuline dans les 24 heures, la glycosurie et l’acidose diminuent. Le 16, on lui donne 160 unités d’insuline, en même temps qu’un régime mixte comprenant 94 grammes d’hydrates de carbone préformés ; l’acidose disparaît ; la glycosurie persiste.
Dans la suite la dose d’insuline est abaïissée à 60 unités : la glycosurie et l’acidose cessent ; le poids est remonté à 38 kilogrammes et l’enfant sort de l’hôpital le 20 octobre.
Pendant les mois de novembre, décembre 1929 et janvier 1930, il se porte assez bien ; il vient chaque jour à l’hôpital dans l’après-midi pour recevoir une injection de 40 unités d'insuline. Ces injections massives étaient suivies le plus souvent, au bout de deux heures, d’accidents d’hypoglycémie : lenfant éprouvait un malaise intense, des engourdissements, il avait des sueurs et souvent une période d’excitation et de colère pendant laquelle il lançait ses livres en l'air, claquait
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les portes et sortait de la classe : il mangeait alors un morceau de sucre avec un peu de pain de gluten, et les accidents se dissipaient. Ses repas étaient pris trois fois par jour : à 8 heures un quart du matin, à midi et à 7 heures du soir.
En février 1930 survient une nouvelle poussée d’acidose, due à ce que l’enfant, très intelligent et très travailleur, s’est fatigué fortement à l’atelier d'apprentissage de l’école.
Le 10 février, il vient se montrer à la consultation de l’h6pital. Il a alors de la fièvre, il est assez abattu, mais sans dyspnée : on lui trouve de fortes réactions d’acidose et on le retient dans le service. Le premier jour, il reçoit 150 unités d’insujine, le lendemain 80 unités. Sa glycosurie et sa réaction de Gerhardt disparaissent ; les jours suivants on le remet à un régime mixte comprenant 68 grammes d’hydrates de carbone préformés et il reçoit 40 unités d'insuline par jour.
Bientôt, en mars 1930, la glycosurie et l’acidose sont nulles, le poids s’est relevé, il est de 41 kgs 200 ; la taille a augmenté, elle mesure 1 m. 44, la mine est excellente, l’activité très grande, la digestion se fait normalement, le foie n’est pas hypcrtrophié, les poumons sont parfaits, la respiration est bonne. Aucun symptôme apparent n’est à signaler, l’enfant a toutes les apparences de la santé. L'administration défectueuse de l’insuline a été réformée, les injections sont faites à la dose de 40 unités par jour, l’une à midi, l’autre à 8 heures du soir, immédiatement après les repas, aussi ne se produit-il plus de réaction d’hypoglycémie.
Dans la suite, le diabète reste bien équilibré, l’état généra: de l’enfant est satisfaisant.
En mai 1931, une grande fatigue survient. La glycosurie et l’acidose reparaissent, puis un état de torpeur fait rentrer bientôt le petit malade dans le service : le jour de son arrivée il a vomi, mais sa respiration est normale. L’acidose est intense, la glycosurie seulement de 14 gr. par 24 h. Une dose d'insuline de 80 U. le premier jour, une dose de 100 U. le second, écartent la menace du coma et rétablissent la situation.
L’insutine est alors maintenue à 60 U. et le régime contient 84 gr. d'H.C. préformés. % M
Depuis lors, il n’y a pas eu d'incident spécial. Le régime à été bien observé, les injections d'insuline faites régulièrement.
Nous revoyons le jeune malade, qui est maintenant devenu presque un jeune homme, en mars 1933. Son état général est excellent. Sa croissance et son développement physique s’accompiissent normalement. Il pèse 53 k. 600, mesure 1 m. 50. Cependant, il se fatigue beaucoup dans son travail depuis quelque temps et il présente une légère Rs s une légère acidose. Son régime lui apporte 83 gr. d préformés et il a toujours une dose d’insuline de 60 U. par 24 heures,
CoNCLUSIONS. — Au début, en avril 1928, la capacité d'utilisation pour les hydrates de carbone préformés de ce petit malade pouvait être estimée à 82 grammes. En mai 1928, la tolérance se relevait un peu aux environs de 110 grammes, et, dans la suite, le même calcul montrait, en juiliet 1929, malgré la santé apparente, une tolérance qui n’était plus que de 30 gr.
En février 1930, après la crise d’acidose pour laquelle il a été soigné à l’hôpital, la tolérance pour les hydrates de carbone préformés n’était plus que de 28 grammes.
En 1931, nouvelle poussée évolutive, la tolérance tombait à 24 grammes.
En 1933, elle s’est sensiblement maintenue, égale à 23 grammes environ.
Depuis le début du diabète, la tolérance hydrocarbonée a donc perdu une valeur de 59 (1).
La dose d’insuline a dû être portée de 20 à 60 unités.
On a remarqué au cours de l’histoire de ce diabète le rôle aggravant des infections légères (rhumes) et du surmenage physique ou intellectuel.
Enfin, fait capital, l’état général et le développement de l'enfant sont très satisfaisants malgré l’aggravation fondamentale du diabète.
Que conclure de ces observations ?
Un examen attentif, chez ces jeunes sujets, de la tolérance hydrocarbonée à des intervalles suffisants, permet de fixer les constatations suivantes :
1° Dans l’ensemble, diminution progressive du taux
(1) La même tolérance exprimée en H.C. totaux et en considérant qu’une unité d’insuline métabolise non pas 1 gr. comme dans les calculs précédents, mais 1 gr. 25 de substance H.C., passe de 143 fin avril 1928 à 89 en mars 1933, accusant un abaissement à peu près
identique égal à 54. Sa diminution globale peut ainsi être estimée à 38 environ.
de la tolérance hydrocarbonée. Donc aggravation progressive du diabète. La dose d'insuline a dû être augmentée proportionnellement.
2° Dans certains cas, possibilité de relever quelque temps la tolérance et surtout de la maintenir de façon plus ou moins prolongée à un taux identique, grâce à un traitement bien institué.
3° Persistance chez ces trois enfants d’un état général parfait. Leur développement physique s'opère en général de façon satisfaisante.
Leur développement mental est plutôt précoce.
En résumé, le diabète de l'enfant est le type même du diabète grave et évolutif.
L’insuline en ralentit l’évolution. Elle ne l’empêche pas de s’aggraver peu à peu et lentement. Fait capital, elle est toujours capable de le compenser physiologiquement et d’assurer, autant que possible l’avenir de l’enfant ; en un mot, elle lui permet de devenir « un homme capable de remplir intégralement son rôle dans la société ».
Quelle peut être la durée de la vie
du diabétique grave depuis la découverte de l’insuline ?
L'application de l'insuline en thérapeutique, vieille d'à peine 10 années, n’est pas encore assez ancienne pour que l’on puisse juger sur des données suffisantes la durée moyenne d’existence qu’elle confère au diabétique grave, le plus souvent individu jeune — enfant adolescent ou adulte.
En principe, l'insuline est capable de lui permettre une vie aussi longue qu’au sujet normal.
Nombreux sont en effet les diabétiques avec dénutrition, âgés de 20 à 40 ans, vivant en 1933 avec les apparences de la santé, qui, sans l'insuline, seraient
morts depuis 6 ou 7 ans.
Nombreux aussi les adolescents diabétiques, les enfants même, qui, grâce à l’insuline, sont parvenus aujourd’hui à l’âge d'hommes, pouvant jouer leur rôle dans la société.
Ces constatations heureuses comparées à celles d'autrefois, si lamentables, paraissent légitimer de beaux espoirs.
Mais il faut avouer que, malgré un aspect satisfaisant, le diabétique avec dénutrition le mieux traité, vit dangereusement, toujours à la merci d’une poussée d’acidose. Il demeure une proie facile pour les infections de toute nature, et, en particulier, pour la tuberculose pulmonaire.
En 1927, M. le Professeur LABBÉ apportait une statistique de 24 malades traités par l'insuline depuis 2 ou à ans : 12 étaient morts et 12 vivaient. Mortalité encore importante, pouvait-il conclure, mais, en réalité, amélioration au contraire considérable, d’environ 50 % sur les résultats antérieurs à l’insuline, puisque ces diabétiques graves mouraient tous alors dans un délai ne dépassant guère 2 à 3 ans.
Depuis 1927, grâce au perfectionnement de la thérapeutique, grâce au développement des œuvres d’assistance sociale, qui permettent déjà de surveiller de près un certain nombre de diabétiques traités par les consultations d’hôpitaux, de suivre l'exécution de leur régime et de leurs injections d’insuline, la mortalité du diabète évolutif diminue chaque année.
La découverte de l'insuline, qui a déjà donné des résultats admirables, apportera encore vraisemblablement de nouveaux bienfaits.
Cependant, Pavenir du diabétique grave est si plein de dangers qu’il ne semble pas que, malgré l’insuline et une bonne hygiène, son existence ait de grandes chances de pouvoir atteindre la durée de la vie du sujet normal.