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LA GROSSESSE RETENTIT SUR LE DIABÈTE

a) Déjà il existe entre eux une relation physiologique. On connaît depuis longtemps la glycosurie et la

lactosurie des femmes enceintes. Les recherches des auteurs se sont succédé. Plus récemment les travaux de MM. Marcel LaBBé et CHEvVKI, les recherches de Mlle Madeleine Wozrr (Thèse de Paris, 1928), ont bien précisé l’existence au cours de la grossesse d’un trouble glycorégulateur dans un nombre très important de cas.

Ce trouble est léger le plus souvent, mais il est parfois intense, à tel point que la grossesse et surtout les grossesses répétées sont capables chez certaines femmes d’entraîner la constitution d’un diabète véritable.

b) Mais surtout le diabète étant déjà établi, la grossesse risque d’en interrompre l’évolution: c’est le sixième mois de la gestation qui devient la période critique pour le diabète, où il faut surveiller très sévèrement les malades, tant au point de vue du diabète qu’au point de vue pulmonaire, car elles sont alors dans une période de vulnérabilité particulière à l’égard de la bacillose.

Sous l'influence de la grossesse, le diabète subit en général une ou plusieurs poussées évolutives.

Avant la découverte de BaANTING et BEST, la plupart des femmes diabétiques succombaient au sixième mois de leur grossesse de poussée acidosique brutale aboutissant au coma avec une rapidité souvent incroyable. D’autres faisaient une tuberculose pulmonaire aiguë qui ne tardait pas à les emporter.

Celles qui parvenaient au terme étaient menacées de la mort au cours de l’accouchement, par coma acidosique brusque, collapsus cardiaque ou complication obstétricale, tenant au volume exagéré de l’enfant.

Enfin, les femmes qui survivaient à leur grossesse, présentaient une aggravation consécutive du diabète et mouraient souvent dans l’année suivante de pous-

sée d’acidose avec coma terminal ou de bacillose pulmonaire.

En somme, autrefois, la moitié des femmes diabétiques succombait à leur grossesse.

Rien ne permettait de lutter contre ces faits inéluctables. Ni le régime sévère, ni même l’avortement thérapeutique. On était pratiquement désarmé.

L'observation suivante, publiée par M. le Professeur LABBÉ est l'illustration douloureuse de ce qu'était autrefois l'influence de la grossesse sur l’évolution du diabète.

Obs. de Mme Veil... 29 ans.

Ayant dans son hérédité une grand’mère maternelle morte de coma diabétique, a fait depuis son mariage deux fausses couches au troisième mois de la gestation, et a eu en 1917 une fille qui est bien portante, A la fin de janvier 1919, alors qu’elle "laitait son bébé depuis 18 mois, elle est atteinte de grippe. Dans la convalescence de cette maladie, elle ressent une soif intense, avec dessèchement de la bouche, elle a de la polyurie, des urines qui laissent des taches.

En mars 1919, une première analyse indique 3 IL. 250 d’urines, 270 gr. de glucose, des traces d’acétone.

Un régime de réduction hydrocarbonée fait tomber la glycosurie à 3 grammes, puis la fait cesser pendant quelque temps : la tolérance pour les H.C. préformés est alors de 80 à 90 grammes. Le poids a baissé de février à juin de 64 kgs 100 à 62 kgs 500.

En juin 1919, elle commence une grossesse.

Aussitôt elle maigrit de 62 kgs 500 à 59 kgs 700 le 10 août. Puis l: diabète subit une aggravation, la glycosurie ne cède plus au régime réduit ; en septembre avec un régime de légumineuses apportant 250 gr. d’H. C. préformés, elle a 3 litres d’urines, 151 gr. de glycose, 42 gr. d’urée, une faible acétonurie, pas de diacéturie. Mise ensuite à un régime mixte comportant 96 gr. d’hydrocarbonés, elle a : 2 litres 4 d’urines, 119 grammes de glycose, de l’acétonurie sans diacéturie. Elle souffre d’érythème vulvaire et de prurit ; les réflexes rotuliens sont conservés. Elle a de la bradycardie et de l’arythmie ; les poumons sont normaux.

Le 13 octobre, avec un régime mixte fournissant : 45 gr. d’hydrocarbonés, 127 gr. d’albumine, 134 gr. de graisses, elle

a : 21. 560 d’urines, 133 gr. de glycose, 33 gr. d’urée, une faible ! acéturie, pas d’ulbumine.

Le 16 octobre, elle fait une cure de jeûne de deux jours, qui est bien supportée ; le deuxième jour, on trouve : 1 1 6 d’urines, 3 gr. 8 de glycose, 25 gr. 6 d’urée et une faible diacéturie.

Le 20 octobre, avec un régime mixte ordinaire, elle a : 21. 2 d'urine, 40 gr. de glycose, une légère diacéturie.

Le 27 octobre, avec le même régime mixte et 50 gr. de pain, el'e a : 3 1. 2 d’urine, 165 gr. de glycose, 44 gr. d’urée, une diacéturie assez forte. Le poids est monté à 62 kgs 4; l’appétit est fort ; l’odeur de l’haleine est nettement acétonique.

Le 29 octobre, elle fait un jeûne de 2 jours : au second jour, elle a : 1 1. 290 d’urines, 12 gr. de glycose, une forte acétonurie et diacéturie. En somme, il y a aggravation du diabète : la to'érance pour les H.C. préformés a diminué, l’acidose s’est installée. Mais les urines peuvent encore être alcalinisées par l’ingestion de 20 gr. de bicarbonate de soude.

La grossesse poursuit son évolution.

Le 10 novembre, le régime de légumineuses donne : urines, 4 1. 2 ; glycosurie, 189 ; diacéturie très forte.

Le 13 novembre, au deuxième jour d’une cure de jeûne, on a : urines, 2 litres ; g'ycosurie, 87 gr. 2 ; diacéturie forte.

Le 24 novembre, au dixième jour d’une cure de lait, on trouve : urines, 5 litres ; glycosurie, 156 ; diacéturie très forte.

Le 26 novembre, au deuxième jour d’une cure de jeûne, il y a: urines, 2 1. 3; glycosurie, 77; urée 19,55; acétonurie forte. A ce moment, il n’y a pas de symptômes cliniques d’acidose, mais 50 à 60 gr. de bicarbonate de soude ne suffisent pas à alcaliniser les urines. Le poids est de 63 kgs 4.

A partir de ce moment, le diabète subit une aggravation rapide. En une semaine, ja malade perd 10 kgs de poids. La polyurie dépasse 10 litres, l’haleine est brûlante, la bouche très sèche, la parole difficile, les réactions d’acidose très intenses.

Le 6 décembre, on provoque l’accouchement prématuré ; l'intolérance alimentaire est absolue ; les vomissements se répètent.

Le 7 décembre, la malade tombe dans le coma et meurt le soir, malgré les injections intraveineuses de bicarbonate de soude, au sixième mois de la gestation.

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