LEONE
Une des causes les plus connues de la tuberculose est, on le sait, le logement insalubre. Depuis longtemps, la lutte a été entreprise contre le taudis. Dès le xrx° siècle, ies municipalités furent investies d’un droit de contrôle et de réglementation visant ces agglomérations qui se créent dans les faubourgs des villes. En 1835, le premier essai des maisons ouvrières était tenté, à Mulhouse, par les soins de M. Koechlin, il n'eut qu’une demi-réussite; repris plus tard, en 1853, par M. Dolfus, il donna des résultats plus satisfaisants. Maïs c’est surtout après 1840 que se dessine un mouvement sérieux en faveur de la réforme du petit logement. Les écrits de Blanqui, du docteur Wilherme, les projets de MM. de Voguë, Emery, Wolowski, les expositions internationales popularisent ces idées et intéressent l’opinion.
De nouveaux essais tentés par M. Valadon, par le prince Louis Bonaparte n’ont qu’un médiocre succès. Tout ceïa ne les découragea pas, et le prince, devenu l’empereur Napoléon III, obtint plusieurs millions pour des sociétés
d’habitations ouvrières et pour la construction de maisons
salubres. D’autres essais furent l’œuvre de MM. Péreire et de quelques autres philanthropes. Les Compagnies de chemins de fer commencent à construire des maisons et des cités pour leurs employés. C’est ici que se place l’heureux effort de M. Dolfus. Citons encore la fondation, inté-
ressante pour l’époque, de la «& Coopérative immobilière,
des ouvriers de Paris ». À partir de 1870, se forment des sociétés se livrant à la vente à bas prix de petits foyers isolés ou à la location, à de bonnes conditions, de logements salubres; notons, dans cet ordre d’idée, la Société liavraise des cités ouvrières, la Société Passy-Auteuil, la Société des logements économiques, la Société des habitations salubres et à bon marché, etc.
Hrogis
Ce ne fut qu’en 1894 que fut promulguée la première : loi visant les habitations à bon marché; elle fut modifiée et complétée par celle du 31 mars 1896 et par celle du 23 décembre 1912: Des mesures ont été également prises contre le taudis, et la loi du 15 février 1902, relative à la protection de la santé publique, est particulièrement sévère à cet égard. Malheureusement, elle n’est pas sérieusement appliquée et l’on en est réduit à déplorer qu’une loi si utile reste en quelque sorte lettre morte dans la plupart de ses dispositions. Comme on le voit, malgré quelques efforts généreux et les progrès accomplis, on n’est pas arrivé, en France, à résoudre, d’une façon pleinement satisfaisante, cette question du logement ouvrier.
Dans un article très documenté, intitulé « La phtisie dans ses rapports avec l’alcoolisme », M. Bertillon écrit: «€ De toutes les causes qui favorisent le développement de la phtisie, il n’y en a pas en France qui aient l’importance de l’alcool. C’est lui qui dicte la carte de la France tuberculeuse. Sa voix est si forte qu’elle domine tout le bruit de l’orchestre. » Contre un tel complice de la tuberculose, de sévères mesures ont dû être prises. Quelles sontelles ?
Hélas! Jei encore, rien ou presque rien n’a été fait chez nous pour porter atteinte à ce fléau, dans tous les cas, pour ‘en enrayer la marche rapide. Parmi les quatre remèdes principaux qui s’offraient à nous pour lutter contre l’alcoolisme: prohibition absolue, impôt, monopole, législation sur les cabarets, c’est le principe de surtaxation qui a prévalu. En 1830, l’impôt était de 37 fr. 40 par hectolitre d’alcool; de nos jours, il est de 220 francs par hectolitre, c’est-à-dire quatre fois sa valeur marchande. Malgré ces taxes, modérées pourtant, la consommation de l’alcool augmente dans de très grandes proportions.
Le monopole de la rectification et de la vente de l’alcool a été proposé à plusieurs reprises en France. Des considérations d’ordre politique et financier ont toujours fait r.jeter de tels projets. Il en a été de même de toutes les propositions de loi sur les bouilleurs de cru et sur la limitation des débits de boissons.
Signalons encore la loi de 1873 sur la répression de l'ivresse, qui est de moins en moins appliquée; et la tentative, rapidement avortée, des sociétés de tempérance et des ligues antialcooliques.
Pour ce qui est de la réglementation du travail à domicile, la France est encore restée en arrière du mouvement, et c’est à peine si maintenant la question commence à être agitée; chaque année, au moment de la publication des rapports de l’inspection du travail, on lui consacre quelques courtes notices dans les revues spéciales. Maïs le Gouvernement n’a jusqu’à aujourd’hui rien entrepris, malgré les vœux nombreux de l’Association pUpE la protection légale des travailleurs.
Si, dans les pays voisins, de grands efforts ont été faits dans le sens de l’assurance obligatoire et de l’indemnitémaladie, nous n’avons, en France, que l’assurance contre les accidents et les retraites ouvrières. La première n’est d’aucun effet dans la lutte antituberculeuse; quant à la seconde, elle ne eommence à jouer pour un individu qu’au moment où il est, le plus souvent, à l’abri des atteintes de la tuberculose. Combien de malheureux ont été emportés par la (grande faucheuse » avant d’avoir atteint là âge de cette retraite.
On a voulu prétendre que les mutualités jouaient en France un rôle efficace contre la tuberculose. Bien au contraire, le tuberculeux est écarté de ces sociétés dès sa candidature par de sévères visites médicales; ses lésions
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ont-elles échappé à l’examen du médecin ou sont-elles postérieures à son entrée dans la société, le tuberculeux ne profitera pas longtemps des secours du groupement auquel il appartient. De nombreuses dispositions ont été prises dans les règlements de ces sociétés pour supprimer
ou, en tous cas, réduire fortement les secours dans les
maladies prolongées ou dans les affections chroniques. Le rôle des mutualités dans la lutte antituberculeuse est, on le voit, tout à fait négatif.
Devant cette pénurie d’aide efficace apportée aux tuberculeux, quel rôle jouerait la déclaration obligatoire de la tuberculose qui a suscité en France de nombreuses discussions? À quoi nous servira de déclarer un tuberculeux, de lui interdire de ce fait la possibilité de profiter d’un certain nombre d’organisations de secours, si nous ne possédons pas les moyens de lui venir en aide de façon efficace? Déclarer un tuberculeux dans ces conditions, c’est le vouer à cette crainte que le public manifeste à son égard et dont nous parlions plus haut. C’est en faire un paria; et combien nous comprenons alors l’hésitation des autorités compétentes, lorsqu'il s’agit de transformer en obligation formelle la possibilité de déclarer la tubercuiose que donne aux praticiens la loi de 1903 sur les maladies contagieuses. |
L'’arsenal législatif contre la tuberculose est bien fai-
ble en France. L'initiative privée qui a, nous l’avons déjà
vu, beaucoup entrepris dans cette lutte contre la phtisie, devait encore douer notre armement antituberculeux d’une organisation capable de venir en aide aux malheu-
reux poitrinaires, et de décongestionner quelque peu nos
établissements hospitaliers. C’est en 1900 que l’on voit se créer des œuvres d’assistance aux tuberculeux, des dispensaires antituberculeux
SU dont l’action devait être efficace et qui sont l'élément caractéristique de la Jutte antituberculeuse en France. C’est cet élément nouveau que nous allons décrire, c’est l’évolu-
tion de ses principes directeurs que nous voulons essayer de montrer dans les chapitres qui suivent.