‹ L'Évolution du dispensaire antituberculeuxChapitre 14 sur 41 · TS DE · texte numérisé non relu

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portante. Le médecin chargé d’un dispensaire n’a pas à s’occuper du côté thérapeutique, seule la médecine pré- \ ventive l’intéresse. S’enquérant de.la situation de son malade, de ses ressources, de la salubrité de son logement, le médecin peut, en pleine connaissance de cause, être « le maître enseignant de l’école du tuberculeux » qu'est le dispensaire. Son rôle tiendra du rôle de conseiller médical tel que l’avait autrefois le médecin de famille.

Ce rôle de maître enseignant, le médecin doit bien le comprendre; surtout, il doit se pénétrer du milieu auquel s’adressera son enseignement, et savoir adapter ses lecons aux connaissances des malades; en un mot, il devra avant tout expliquer pratiquement l’hygiène, et non pas se livrer à des dissertations savantes totalement étrangères au malheureux tuberculeux qu’elles ne manqueront pas d’effrayer. j

À côté du médecin, parallèlement à lui, va agir l’assistant enquêteur; son rôle, non moins délicat que celui du médecin, sera d’obtenir tous les renseignements utiles pour assister le malade avec équité. Il devra établir le dossier social du malade, tout comme le médecin établira son dossier médical. L'importance de son rôle n’échappera pas, et le choix d’un tel enquêteur méritera une grande attention. De préférence, il devra sortir du milieu qu'il s’agit de sécourir; ouvrier lui-même, il saura mieux que quiconque inspirer confiance, et ses conseils auront une plus grande portée. C’est l’enquêteur qui reprend en détail les conseils d’hygiène du médecin, qui les commente, qui démontre la facilité avec laquelle on peut les suivre. Peu suspect de vouloir faire du prosélytisme religieux ou politique, il pourra utilement s’introduire dans l’intérieur des familles assistées, y vérifier l'exécution des mesures

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d'hygiène, les compléter, s’assurer que les secours accordés sont utilisés au mieux des intérêts des malades.

IIT. FONCTIONNEMENT. — Afin de mieux juger l’action du Préventorium Calmette, il convient de suivre un malade dès son arrivée à la consultation. Il importe peu de connaître par quelle voie le tuberculeux sera amené au dispensaire: une simple lecture d’un prospectus de propagande, l’exemple d’un camarade, l’avis d’un contremaître, d’un patron, d’un médecin seront le plus souvent suivis d'effet, et cela explique la facilité avec laquelle s’augmente la clientèle, hélas! trop nombreuse, de ces établissements. |

À sa première visite, le malade donne à l’enquêteur ses nom, profession et adresse, et on lui remet, en même temps qu’une carte lui indiquant le jour où 1l devra à nouveau se présenter, un flacon pour recueillir ses crachats en vue d’un examen bactériologique. La première consultation est terminée.

A la seconde visite, le médecin de service va établir

son dossier médical; l’examen clinique sera pratiqué suivant un plan uniforme où seront successivement notés: / 1° Les antécédents héréditaires et personnels ;

2° La mesure du périmètre thoracique ;

3° La notation du poids et de la taille;

4° Les lésions pulmonaires (graphique) ;

5° Le fonctionnement des divers organes: circulation, digestion, reins, peau, etc. ;

6° S'il y a lieu, les résultats de l’examen du larynx;

7° Le résultat de l’examen bactériologique des crachats.

Il est inutile de dire qu'après ce premier examen sont éliminés tous les consultants qui ne sont ni tubereuleux ni suspects. Dès lors, l’action du dispensaire va entrer en

jeu. Immédiatement, le médecin va commencer l’éducation hygiénique de son consultant, en s’efforçant de. lui faire comprendre qu’il est de son intérêt, et de l’intérêt de sa famille, de suivre scrupuleusement ses recommandations. On remet alors au malade un crachoïr de poche et un crachoir de table, des antiseptiques (le plus souvent lysol), une instruction détaillée renouvelant par écrit les conseils recus de vive voix.

«Jamais, et c’est ici le point essentiel de la doctrine de

Jalmette, le consultant ne reçoit de médicaments (exception faite pour l’huile de foie de morue et la teinture -d'iode), et cela pour deux raisons: c’est qu'aucun médicament n’est spécifique, et, par suite, il vaut mieux utiliser comme aliment les ressources financières consacrées à l’achat des drogues; puis, c’est afin de ne pas faire double emploi avec le médecin du bureau de bienfaisance; les dispensaires n’ont pas pour mission d’en détourner les malades, bien au contraire, ces derniers doivent rester en relations avec le médecin habituel. Si, à quelque moment, un médicament, un calmant par exemple, paraît indiqué par l’état du malade, on le renvoie à son médecin. Celui-ci a donc intérêt à prendre et à garder contact avec ses confrères du dispensaire qui, au surplus, peuvent lui remettre un dossier clinique plus complet généralement que ses propres ressources et le peu de temps dont il dispose ne lui permettent de l’établir. » (1)

Telle est, en somme, la déclaration de principe qu’il convient de retenir.

Donc le dossier clinique est complet; à chaque consul-

tation, toutes les indications utiles y seront soigneusement notées.

(1) In Thèse Bretheau, Paris, 1904.

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Reste à établir le dossier social. C’est, nous l’avons vu, le soin de l’assistant enquêteur. Toujours conçu selon un . plan identique, ce dossier contient les renseignements relatifs à la situation matérielle et hygiénique du malade, complément et contrôle des indications données par le tuberculeux lors de sa première visite au dispensaire. Sans ‘entrer dans des détails qui nous entraîneraient trop loin (et inutilement : des modèles d’enquête de ce genre se trouvent partout reproduits), nous indiquerons que ce dossier comprend:

1° Les indications touchant les ressources du consultant;

2 Les relations qui existent entre lui et les différentes institutions d’assistance publique ou privée; -

3° La situation hygiénique de son atelier;

4° La situation hygiénique de son logement.

Ainsi renseigné au double point de vue médical et social, le dispensaire va pouvoir diriger utilement son action.

Parmi les moyens (l’action du dispensaire, il nous paraît logique de tracer une division: les uns ont, en effet, un but réellement et utilement prophylactique ; les autres ne sont, pourrait-on dire, qu’un artifice pour obtenir le bon vouloir du malade, pour avoir sur lui autorité mo-

rale.

Par ses bienfaits, l’assistance liera étroitement le ma-

lade au dispensaire, tout en l’aidant dans sa résistance, tout en favorisant sa guérison. Tous les consultants ne se trouvent pas, en effet, sur un pied d'égalité, car la règle au préventorium, œuvre d’hygiène et non de charité, est: « le maximum de secours aux moins malades et aux plus pauvres ». De la sorte, l’action sera efficace. D’une façon générale, pour faciliter la tâche des médecins, diverses

— A0 — catégories ont été créées dans la plupart des dispensaires, par la combinaison et le dosage des quatre formes par lesquelles se manifeste l’assistance :

1° Alimentation: pain, lait, viande, repas divers; bons de charbon; |

20 Literie et vêtements: prêt de lit, couvertures, draps, etc.; dons de vêtements ;

3° Blanchissage du linge effectué au dispensaire, excellent procédé de prophylaxie qui supprime en même temps, pour les ménagères, d’onéreuses dépenses et de grandes fatigues ;

4° Logement: moyen utile de prophylaxie, désinfection, nettoyage, etc.

En retour de cette assistance, le dispensaire peut exiger avec autorité que son assisté suive méthodiquement les règles d'hygiène qui lui ont été tracées. La surveillance de l’ouvrier enquêteur ne sera pas vaine, et si les secours que le malade reçoit le lient au dispensaire, ils lui imposent également l’observation des principes prophylactiques ; la suppression de ces secours serait la sanction appliquée à l’assisté qui n’observerait pas les règles du dispensaire.

Voilà donc le fonctionnement assez détaillé de ces dispensaires.

IV. Coxnczusions. — L'organisation que nous venons d’étudier mérite, à beaucoup de points de vue, d’être hautement appréciée. C’est au Préventorium Calmette, en effet, qu’il convient d’attribuer le premier essai efficace de lutte antituberculeuse, et c’est de lui que découleront, par des transformations successives, qui feront l’objet des chapitres suivants, les dispensaires d’un type que l’on pourra, à bon droit, considérer comme définitif. C’est aussi au

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: — M — préventorium que revient le mérite d’avoir essayé de compléter l’action du sanatorium.

Au cours de cette rapide étude du Dispensaire de Lille, on à pu se pénétrer de quelques vices d'organisation; on a pu remarquer quelques lacunes. Le reproche que Calmette adressait au sanatorium de ne viser qu’une catégorie de malades qui, susceptibles de guérir, étaient de ce fait moins dangereux pour leurs semblables, ce reproche, disons-nous,' peut se retourner contre le dispensaire préventorium. N ous avons cité, en effet, cette ligne de con-

duite: « Le maximum de secours aux moins malades et

aux plus pauvres ». Cette formule est grosse de signification. |

. D’autres reproches peuvent être adressés au dispensaire conçu suivant le type du préventorium: le plus grave, à notre avis, est qu’au préventorium on distribue surtout de bonnes paroles, alors que le malade attend un conseil d’ordre thérapeutique et des médicaments. Grâce à cette conception, le malade se trouve renvoyé du dispensaire, où on lui enseigne la prophylaxie, et où on lui donne quelques secours, à son médecin qui établit le traitement et formule quelques prescriptions que le bureau de bienfaisance exécutera. Aïnsi ballotté, le malade sera mal surveillé; peu à peu, il se découragera et abandonnera le dispensaire.

Pour un manque d’unité de direction, des séries d’efforts utiles seront perdus. Ces vices d’organisation furent vite aperçus et les correctifs ne manquèrent pas, comme nous allons le voir dans notre chapitre suivant.

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