L. — LES MODIFICATIONS APPORTÉES AU TYPE CALMETTE
À Rapidement, les dirigeants d’un préventorium se senti-
rent à l’étroit dans les limites qu'ils s'étaient imposées et,
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dès le début, on vit certains dispensaires, selon la formule Calmette, s’adjoindre d’autres branches.
C’est ainsi qu’à Liége, le Dispensaire Hortense-Monte- 'fiore possède un service d'isolement de tuberculeux à domicile, alimenté par un crédit spécial du Conseil communal. Grâce à ce service, la prophylaxie peut s’étendre au domicile même du tubereuleux. Les assistés de cette catégorie reçoivent, en effet, la visite, non plus seulement d’un enquêteur, mais d’une infirmière diplômée qui veille à ce que les soins nécessaires soient donnés au malade; elle a, en outre, la mission d’exiger tout spécialement l’observation des mesures de prophylaxie chez les tuberculeux particulièrement dangereux pour leur entourage.
Dans d’autres dispensaires, à Marseille par exemple, c’est une organisation filiale de préservation de l’enfance. Recrutés dans les familles qui fréquentent le dispensaire, les enfants sont reçus dans une villa de la banlieue de Marseille. C’est là une heureuse extension dont l’efficacité est certaine; il faut, en effet, savoir que ces descendants de tuberculeux, ainsi réunis à Saint-Joseph, sont examinés et visités avec le plus grand soin, et que, seuls, sont envoyés à la colonie ceux qui n’offrent aucun soupcon de tuberculose. Là, éloignés du milieu familial contaminé, ces enfants ne peuvent que. s’améliorer et se développer; l’état sanitaire de cette colonie est des plus satisfaisants. Cette section de préservation de l’enfance (fliale de l’Œuvre antituberculeuse de Marseille) à même un prolongement lui aussi très efficace: par le placement individuel d’enfants chez des paysans à la campagne, on peut espérer que quelques-uns d’entre eux au moins prendront goût à leur nouvelle existence. Ainsi serait réalisé « le retour à la terre qui constitue pour des descendants
Mr de tuberculeux une des meilleures conditions de sauvetage définitif ». |
A Tours, ce besoin d’extension du préventorium se traduisait aussi par la création d’une école pour enfants tuberculeux et d’une colonie de vacances. Ce sont là encore deux excellents moyens prophylactiques dont la portée est grande, et dont la création est à retenir. Dans une lutte comme la lutte antituberculeuse, l’on ne doit négliger aucun des moyens d’action; c’est faire œuvre particulièrement logique et utile que d’essayer, par tous ces moyens, d’arracher nos enfants au Minotaure tnberculeux.
À Tours, encore, la Ligue contre la tuberculose en Touraine prévoyait, dès sa création en 1901, l’édification de sanatoriums populaires. Ne disposant pas de ressources suffisantes, elle se borna à adjoindre à son dispensaire un « sanatorium de jour », véritable cure d’air, ne fonction- “nant que pendant la belle saison. C’est là, on le reconnaftra, un organisme dont l’action est plus thérapeutique que prophylactique. Toutefois, l’incursion dans le domaine thérapeutique est évidemment légère, mais elle nous paraît trahir le défaut de la cuirasse du préventorium. Si le dispensaire ne délivre ni médicaments ni ordonnances, il n’en pratique pas moins la cure, et déjà, l’on voit que le programme si rigide de Calmette est obligé de subir quelques modifications. L'édifice commence à être ébranlé; nous allons voir, par la suite, qu'il va s’effriter peu à peu ou du moins se transformer pour aboutir à une nouvelle conception: le dispensaire dé cure.
Un nouvel acheminement vers cette conception se inanifèste quand on étudie l’organisation du dispensaire qui va s’ouvrir à Montluçon. Conçu sur le modèle du Prévento-
rium de lille, le Dispensaire de Montluçon est donc un.
dispensaire de prophylaxie. Ses services sont nombreux
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et si certains d’entre eux rentrent bien dans le cadre prophylactique et d’assistance, tels que: salle de repos, bainsdouches, distribution de pulpe de viande, de lait, d’œufs frais, d’autres, au contraire, se rattachent nettement à la cure: terrasses ouvertes et couvertes pour l’aération et l’héliothérapie, — ce dernier mot à lui seul implique, dans sa constitution étymologique, l’idée d’un traitement.
Voilà donc une série de dispensaires se réclamant de la formule Calmette: tous, pourtant, y ont apporté quelques modifications. Les unes élargissent le champ d’action préventive de ces dispensaires, et nous verrons, par la suite, que l’on à déjà tiré parti de cet exemple dans d’autres organisations; d’autres modifications empiètent alors nettement sur le terrain thérapeutique et trahissent bien la lacune fondamentale du préventorium : sanatorium de jour, cure d’air, terrasses d’aération, héliothérapie, sont, à des titres divers, des éléments de cure de la tuberculose et des éléments de grande valeur. Ce fait que des préventoriums se soient accrus dans ce sens nous paraît être la preuve certaine de l’insuffisance du dispensaire de prophylaxie et de la nécessité du dispensaire de cure. Cet aveu est fait avec franchise par le professeur Gentès qui dirige, à Bor- ; deaux, un préventorium et qui constate que les malades ayant retiré de l’assistance un véritable bénéfice devraient être regardés comme l’exception; cela tient à ce que les malades viennent trop tard, à ce que l’assistance est insuffisante, à ce que la cure hygiéno-diététique est mal faite par la mauvaise volonté du malade. Voilà, il nous semble, un arrêt de condamnation du dispensaire dont le but reste uniquement cantonné dans la prophylaxie.