‹ L'Évolution du dispensaire antituberculeuxChapitre 17 sur 41 · II. — LES DISPENSAIRES DE CURE · texte numérisé non relu

II. — LES DISPENSAIRES DE CURE

Cette nécessité de pratiquer la cure au dispensaire a été relevée et signalée par de nombreux auteurs. Quelques citations montreront jusqu’à quel point on la juge efficace. | ‘

C’est d’abord le docteur Rome, de Lyon, qui nous écrit

à propos du service antituberculeux du Dispensaire géné-

ral de Lyon: «Je crois qu’un dispensaire antituberculeux doit remplir un rôle thérapeutique. Les malades le demandent et l’effet moral est considérable. Ils ne comprennent pas qu’on ne les examine pas, ou qu’on ne leur distribue pas des médicaments. Ils s'intéressent au médecin et suivent ses conseils surtout'si on s'intéresse à eux. »

Pour le docteur George Petit, médecin du Dispensaire antitubereuleux du XI arrondissement, son avis est le même : &« Le dispensaire antituberculeux, nous éerit-il, doit être un dispensaire de traitement auquel il faudrait adjoindre une colonie de vacances pour les enfants et un établissement de convalescence pour les adultes. Pour moi, médecin, éerit-1l dans un rapport à l’Œuvre de la tuberculose humaine, j’ai pensé, et si mon opinion m'est personnelle, elle est sûrement partagée par un grand nombre de mes confrères, j’ai pensé, dis-je, que notre rôle ne devait pas se borner à dépister la tuberculose, mais qu'il devait aller plus loin, c’est-à-dire soigner et guérir le tuberculeux. Il serait vraiment insuffisant, et, je dirai plus, inhumain, de dire à un malheureux qu'il est tuberculeux sans lui proposer, du même coup, un traitement avec espoir de guérison. C’est imbu de cette cette idée que, dans le

Dispensaire antituberculeux du XI‘, j’ai, avec mes dévoués collègues, entrepris le traitement du tuberculeux et vous verrez, dans un instant, que les résultats obtenus sont plus qu’un encouragement, sont un ordre dans l’avenir et une récompense dans le présent. »

S1 nous nous permettons d’insister autant sur ce point, c’est que les défenseurs du préventorium ne cessent de répandre l’idée que le dispensaire ne doit être et ne peut être qu’un instrument de prophylaxie.

Reconnaissant au dispensaire, comme mission principale, l’assistance et la prophylaxie, le docteur Bernheim, président de l’Œuvre de la tuberculose humaine, insiste, en termes aussi énergiques que plaisants, pour qu'il y soit fait aussi de la thérapeutique: « Ce qui attire le malade au dispensaire, dit-il, ce qui sollicite aussi son attention, ce n’est pas de s’entendre donner des conseils hygiéno-diététiques qu’il a déjà entendus ou lus et qu’il n’a d’ailleurs pas suivis; ce qu'il vient, avant tout, chercher au dispensaire, c’est un médiçament, c’est un traitement; et quand on dénierait toute importance réelle à la thérapeutique, elle est, vis-à-vis de vos conseils d'hygiène, que vous prétendez inculquer ou imposer, ce qu’est la moutarde pour ceux qui n’aiment pas le bouilh, l’une fait passer l’autre. »

Il suffit d’avoir suivi quelque peu un service spécial de tuberculeux, comme nous l’avons fait nous-même à plusieurs reprises à Marseille, pour connaître toutes les petites misères qui assaillent le tuberculeux. L’on comprend alors le eri d’indignation que jette le docteur Goujon dans sa thèse inaugurale (1): &« Quand les malades viendront

(1) Goujon. Thèse Montpellier, 1905-1906.

Dr

se plaindre, à notre visite, de sueurs profuses, de diarrhées irréductibles, d’hémoptysies, de troubles gastriques, nous nous contenterions, pour les réconforter, de leur servir de bonnes paroles, de leur faire un beau discours sur la nécessité d’observer les règles de l’hygiène publique! Allons donc! laissons à nos parlementaires en veine cette facon de socialisme: nous ne sommes pas ici devant une galerie de jolies femmes, mais devant des malheureux qui crient misère et réclament du soulagement. »

On nous pardonnera d’insister encore, mais ce point.

possède à nos yeux une importance énorme, et nous nous en voudrions de ne pas citer, en terminant, l’opinion qu’émettaient, en 1907, Willems et Van Bogaert, dans leur rapport sur l’'Œuvre des Dispensaires antituberculeux anversois: « Au début, nous avons accepté les idées théoriques émises un peu partout de l’inutilité de cette intervention thérapeutique, mais la pratique nous apprit bientôt deux choses très importantes: la première et la principale, que cette mesure s’imposait dans l'intérêt du malade et de l’œuvre; la seconde, c’est que de soi disant fervents apôtres de l’abstention n’étaient pas rebelles dans leur établissement au traitement! La seconde partie de notre argumentation était certes de peu d'importance, mais j’ai tenu à rappeler ces faits, car, dans cette voie comme dans

tant d’autres, la sincérité souvent fait défaut. J’ajouterai -

que c’est l’intérêt de notre œuvre et surtout de nos malheureux qui nous dicta cette ligne de conduite. Un but moral: obtenir la confiance de notre clientèle de dispensaire, et, principalement, la persévérance, qualités maîtresses dans.cette lutte antibacillaire. Un but humanitaire: soulager la symptomatologie si triste des affections tuberculeuses par une thérapeutique sérieuse. Quelle est, en effet, le médecin praticien honnête qui oserait nier que la tuber-

culose est une maladie qu’on peut soigner sans donner quelques médicaments? Quant à nous, comité technique et corps médical du dispensaire, nous sommes convaincus que cette mesure thérapeutique s'impose moralement et humainement, et nous crions à tous les contradicteurs de cette innovation qu’ils en fassent l’essai sincère: pendant un an sans traitement et, d’un autre côté, pendant un an avec traitement, tant au dispensaire que dans la clientèle privée, et ils verront, ces théoriciens, à quels résultats ils arriveront. » (1)

Peu de temps avant la création du Dispensaire Emile Roux, à Lille, ces idées furent émises et soutenues à Paris par Léon Bonnet. Il parvint même à créer plusieurs lispensaires de cure, mais peu soutenu, à peu près sans ressources, il dut fermer un à un ses établissements. Il nous paraît, malgré celà, intéressant de signaler l’organisation de ces premiers dispensaires de cure qui ont eu au moins le mérite de l’originalité.

L — Le Dispensaire Léon Bonnet À

Nous avons vu que l’idée première du dispensaire antitaberculeux fit son apparition après la campagne, sans résultat, en faveur des sanatoria. L’échec de ce mouvement a été causé par les difficultés financières, les mœurs et le caractère français. L'expérience malheureuse du sanatorium commençait à porter ses fruits. Partant de ce

-point de départ, échec du sanatorium, Calmette et le doc-

teur Léon Bonnet arrivèrent à une conception tout à fait différente du dispensaire. Calmette en fait un instrument

(@, Willems et Van Bogaert. Revue de la Tuberculose, 1907, p. 27. Ù 4 Ss

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exclusif de prophylaxie, comme nous l’avons montré; Léon Bonnet attribue à son dispensaire un triple but d’éducation, d’assistance et de traitement des tuberculeux indigents. Fondée en 1900, antérieurement au Préventorium Emile Roux, l’œuvre du docteur Léon Bonnet, Œuvre générale des Dispensaires antituberculeux, se voit patronnée par. les professeurs Brouardel, Landouzy, Chante-

messe, Emile Roux, Calmette, MM. Charles Dupuy, Léon

Bourgeois, etc. Créé rue Saint-Lazare, le Dispensaire Léon Bonnet est

transféré peu après rue Marcadét, 115, à Montmartre. Nous avons suffisamment insisté sur l’organisation et le fonctionnement du Préventorium de Lille pour que l’on ait jugé cet organisme comme complexe et très coûteux. C’est avec beaucoup de logique que le docteur Léon Bonnet fit observer que mieux valait ne pas faire si grand, si beau. Pour lui, les médecins, les donateurs, prêts à fonder de nouveaux dispensaires, seront tout à coup effrayés et envahis par le découragement dès qu’ils étudieront les détails du fonctionnement, le prix d'installation et d’entretien du préventorium, tout comme les tubereuleux seront démoralisés et abandonneront le dispensaire si l’on se refuse à soigner leur misérable maladie. Le docteur Léon Bonnet fit du programme Calmette la plus éloquente eritique que l’on pût en faire; il créa, avec peu de frais, un dispensaire de cure.

Il réalisa un absent vaste et simple à la fois, un simple magasin en l’espèce, où, à certaines heures de la

journée, peuvent se faire les consultations. Là, des méde-

cins dévoués auscultent les malades, les examinent aux rayons X, ce qui a une très grande valeur comme thérapeutique morale, et établissent ensuite le traitement d’ur-

ne: le

gence pour lequel des médicaments sont distribués au dispensaire dans la mesure des ressources.

Les résultats furent beaux, et il est facile de s’en rendre compte. Nous lisons, en effet, dans la thèse de Dousset: (La population du XVIII arrondissement, — arrondissement où se recrute la clientèle du Dispensaire de Montmartre, — et la population de Lille indiquée par Calmette sont sensiblement égales à 200.000 habitants. Sur ce chiffre, la moyenne des consultants, à Lille, est de 1.000 par an, tandis qu’à Montmartre, elle est de 4 à 5.000. En outre, l’installation Emile Roux a coûté 30.000 francs et celle du docteur Bonnet 5.000 francs.

» Le budget annuel pour le millier de consultants lillois est évalué à 40.000 francs. Pour les milliers de consultants

parisiens, l’évaluation est de 30.000 francs. » Et pourtant, -à Paris, l’action prophylactique se double d’une action thérapeutique que Calmette a jugée trop coûteuse.

Insuffisamment soutenu, violemment et injustement attaqué, trahi par certains de ses collaborateurs, un peu imprudent dans l’ouverture hâtive d’un trop grand nombre de dispensaires sans avoir les ressources nécessaires pour en assurer le fonctionnement, le docteur Bonnet, malade, victime d’expériences de radiographie, dut fermer la plupart de ses dispensaires. Il n’en reste pas moins acquis qu'il a tenté l’organisation d’une œuvre destinée à répandre dans le peuple l’idée de la nécessité de la cure précoce de la tuberculose, et à faire à la fois œuvre d’éducation et d’assistance médicale.

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