II. — Le Dispensaire-Sanatorium Jouye-Rouve-Taniès
Peu de temps après la création du Dispensaire de Montmartre, la ville de Paris, grâce à des legs se montant à
A #9 1.300.000 franes, pouvait créer, en 1904, sur un terrain communal, un dispensaire qui, quoique plus complet, procède directement des idées du docteur Léon Bonnet.
Situé à l’angle des rues Stendhal et des Pyrénées (XX° arrondissement), le Dispensaire Jouye-Taniès est admi- nistré par une Société dite « du Dispensaire Jouye-Täniès ». Son personnel, peu nombreux, est ainsi composé: un médecin-directeur, un dame économe comptable, un enquêteur chef de laboratoire, un gardien surveillant (le seul employé résidant au dispensaire), un infirmier, trois infirmières (l’infirmier étant plus spécialement chargé de là buanderie et des courses extérieures et une des infirmières des travaux de lingerie), une cuisinière.
Dans la pensée de ses fondateurs et de ses administrateurs, le dispensaire devait exercer son action antituberculeuse suivant deux modes différents.
À: l’intérieur: en donnant, aux tuberculeux pauvres reconnus susceptibles de guérison, le répos dans un milieu aéré, éclairé et chauffé convenablement, et une alimentation rationnelle sous la forme d’un repas; en désinfectant leur linge; en faisant leur éducation antituberculeuse spéciale, reposant essentiellement sur l’usage du erachoir de poche; enfin, en assurant la propreté corporelle, complément indispensable de l’éducation hygiénique, par le moyen de bains-douches.
À l'extérieur: en pénétrant, par le moyen d’un assissistant enquêteur, dans les milieux familiaux, en y installant, dans les lignes essentielles, les conditions hygiéniques indispensables à la santé des habitants et à leur protection contre la contagion; et même, si les ressources du dispensaire le permettaient, en apportant aux familles nécessiteuses quelques secours urgents; enfin, en étendant cette enquête, dans les mesures du possible, jusque dans
CARE NS RER les milieux où travaillent les malades, dans les écoles, dans les bureaux, dans les ateliers, dans les chantiers; en éclairant les chefs d’ établissements sur les mesures à prendre pour assurer la salubrité de leurs locaux, et en s’efforçcant de les intéresser au sort de leurs malades.
Le dispensaire, comprenant deux vastes réfectoires, deux grandes salles de repos, deux terrasses avec jardin, et, dans son sous-sol, cuisine, glacière, salle de dépôt et d'échange des sacs à linge, etc., était absolument adapté à l’action intérieure qui vient d’être décrite.
Nous ne nous attarderons pas à décrire le mode de fonctionnement de.ce dispensaire, si ce n’est en ce qu’il a de particulier. Parmi les malades qui se présentent aux consultations, quelques-uns, susceptibles d’amélioration ou de guérison (au sens économique), sont retenus et vont constituer la clientèle propre du dispensaire. Ceux-là vont user des moyens hygiéniques dont dispose le dispensaire, alimentation, repos, aération. Ils reçoivent donc une carte qui leur donne droit, — pour une durée allant de quelques jours à trois mois, — à l’accès au réfectoire à l’heure des repas (1), et dans les salles de repos, où ils passent ja matinée et l’après-midi, de 9 heures du matin à 5 heures du soir. De la sorte, l’on acquiert la certitude que les secours alimentaires sont bien employés, puisque le repas est consommé au dispensaire (2), et l’on éloigne ainsi le
(1) Le repas servi à ces malades est ainsi composé : un bouillon de bœuf où de légumes, 1090 à 200 grammes de viande crue, un œuf, un plat de légumes farineux (riz, lentilles, pois, haricots, pommes de terre ou pâtes alimentaires), pain à discrétion, un demi-litre de lait.
(2) Certains Mania reconnus indigents recoivent cependant à leur sortie du dispensaire les éléments d'un second repas : un œuf, un demi-litre de lait et du pain