‹ L'Évolution du dispensaire antituberculeuxChapitre 5 sur 41 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Au cours de l’époque troublée que nous traversons, la France déplore la perte d’un grand nombre de ses enfants, décimés par de terribles hécatombes pour la défense du sol national, souillé sous les pas de l’envahisseur; certes, le fléau de la guerre coûtera à notre vaillante nation beaucoup de jeunes énergies, et l’on comprend que chacun de nous ressente au cœur une poignante angoisse et une vive douleur. |

Mais il est un fiéau plus redoutable encore, parce qu’il sévit toujours et qu’il atteint traîtreusement ses victimes. Nous voulons parler de la tuberculose qui fait, chaque année, en France comme ailleurs, d’épouvantables ravages. Des statistiques récentes nous montrent que le nombre des décès par tuberculose, en France, est de plus de 85.000 par an. Un tel chiffre était fait pour effrayer les milieux compétents et diverses mesures furent prises.

Leur résultat ne fut pas des plus probants, à telle enseigne que les auteurs n’ont pu se mettre d’accord sur l’action de ces mesures sur la léthalité tuberculeuse. Les uns, sans doute optimistes, nous montrent de superbes colonnes de chiffres tendant à prouver que le bâtonnet de Koch fait chaque année moins de victimes; d’autres, au contraire, plus près de la vérité, croyons-nous, affirment que leurs statistiques sont particulièrement probantes et que la mortalité par tuberculose ne diminue pas, que peutêtre même elle est en légère progression. |

Cette divergence d’opinions provient, sans aucun doute, du point de comparaison choisi, et il ne faudrait pas en conclure que les statistiques n’ont aucune valeur. C’est ce qu’une compétence en matière de tuberculose, le docteur Dieupart, démontre surabondamment dans un article auquel nous empruntons la plupart des chiffres qui suivent (1): d

« Notre confrère, le docteur Aleide Treille, dit-il, accepte, comme chiffre de mortalité tuberculeuse annuelle, celui de 85.000, et regarde comme inexact celui de 150.000 donné jadis par Brouardel. Il admet que la mortalité par tuberculose a subi, dans la période de 1887 à 1900, un fiéchissement remarquable; que la mortalité par toutes affections des voies respiratoires a diminué de 50 0/0 dans ces vingt-cinq dernières années.

» Malgré toute la compétence, toute l’expérience qu'il faut reconnaître à mon éminent collègue de la Société des praticiens, je ne crois pas à la diminution de la tuberculose, je ne crois pas à l’exactitude du chiffre 85.000 fourni

(1) La Mortalité tubercuieuse ne diminue pas, par D' Dieupart. Tuberculosa, 10 septembre 1913

Line NS par la Direction de l’hygiène publique au ministère de l’Intérieur, et je vais essayer de le démontrer. »

Et c’est chiffres en main que le docteur Dieupart fait cette démonstration:

Pour la France entière, la statistique de mortalité générale accuse, pour la seule année 1909, le chiffre de 755.442 décès. Sur ce total, les décès par tuberculose pulmonaire, méningée ou autre, atteignent 84.918, chiffre inférieur à celui qu'indiquait Brouardel. (Cet auteur, nous le rappelons, indiquait un chiffre de 150.000; il y a donc entre ces évaluations une différence de 65.082 décès.) Le pourcentage en décès tuberculeux n’atteindrait, d’après cette statistique, que 11,24. Il convient, toutefois, avant de crier à l’exagération de la part de Brouardel, d’analyser un peu quelles causes se partagent ces décès en dehors de la tuberculose. Nous trouverons:

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