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LA VOLONTÉ INDÉPENDANTE DE LA LOI DE CAUSALITÉ

12. Stade externe du processus de la volonté: loi de causilité — Le travail interne de l'acte a pour conclusion la résolution ; la volonté ne délibère plus, l'irrésolution a cessé, et à ce dernier état se rattache l'exécution de la décision prise, le fait. Par le fait, la volonté fait irruption dans le domaine du monde extérieur, et se place sous l'empire de ses lois. A la loi de tinalité, se substitue désormais pour elle la loi de causalité. Non seulement elle ne peut abolir cette loi, mais elle a besoin de son concours pour se réaliser elle-même. Celui qui se précipite pour se tuer, soumet l'accomplissement de sa résolution à la loi de la pesanteur. N'y eût-il qu'un mot à prononcer, le oui du fiancé à l'autel, le futur époux compte que les vibrations de l'air porteront le son de sa voix à l'oreille du prêtre. Tout acte quelconque, en un mot, exige le concours des lois de la nature. Aussi la condition du succès de toute action est-elle dans la connaissance et l'application exactes de ces lois (naturœ non imperatur nisi parendoj. Lorsque la balle tombe en avant du but, il y a preuve que le tireur a employé moins de poudre que ne l'exigeait la nature. Dans toute action, la nature est là, à côté de nous, servante fidèle, pour accomplir, sans refus, tous nos ordres, à la condition que ceux-ci soient exactement donnés.

13 La volonté indépendante de la loi de causalité. — En apparence, cette action extérieure de la volonté est soumise aux mêmes lois que les autres événements de la nature. Que la pierre tombe du toit ou que l'homme la lance, que ce soit la parole ou le tonnerre qui fasse vibrer les ondes sonores de l'air, peu importe, en apparence, au point de vue de la nature. En réalité, ces phénomènes sont absolument différents. La pierre tombe, le tonnerre gronde par l'action de la nature même, obéissant à des causes antérieures; au contraire, la nature est étrangère au jet de la pierre, à l'émission de la voix. Il y a là une force qui intervient dans son

domaine, et sur laquelle elle est sans action : la volonté humaine. La volonté humaine marque la limite de l'empire de la nature; où elle apparaît cet empire cesse. L'ondulation indéfinie des causes et des effets, dans le monde physique, s'arrête devant la volonté humaine ; celle-ci échappe à la loi de causalité, seule la loi de finalité la régit. Vis-à-vis de la nature, la volonté conserve sa liberté; elle n'est pas soumise aux lois de la nature, mais à sa propre loi. Mais si la nature n'a pas de pouvoir sur la volonté, celle-ci commande à la nature, qui doit lui obéir — toute volonté humaine est un principe de causalité pour le monde extérieur. La volonté apparaît ainsi comme la fin et le commencement du mouvement de causalité dans la nature — la volonté, c'est le pouvoir du moi sur le monde extérieur.

Qu'on n'entende pas cependant par cette indépendance, par cette liberté externe de la volonté, qu'elle puisse se retrancher en elle-même comme dans une forteresse qui la protège contre toute attaque extérieure. Le monde extérieur connaît la retraite, et s'y rue souvent de force: la nature, par la faim et la soif, l'homme, par la menace et la violence. Mais si la volonté elle-même ne lui livre accès, l'assaillant demeure dehors, et si une ferme volonté garde la citadelle, le monde entier en tentera vainement l'assaut. L'homme s'est employé par mille horreurs et mille maux à faire plier la volonté : la force morale de la conviction, rhéroïsme du devoir, de l'amour, de la foi religieuse, du patriotisme, les ont tous bravés. Ils sont million les témoins sanglants qui attestent la force inflexible de la volonté. Si plus nombreux encore sont ceux qui déposent de la faiblesse de la volonté humaine, ils ne renversent pas cependant notre affirmation. Nous ne soutenons pas que nulles influences extérieures ne puissent agir indirectement (par pression psychologique p. 11) sur la volonté; nous disons que leur pouvoir direct (mécanique)

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