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BUT DES ACTES INCONSCIENTS

de la dette, fait qui gît dans le passé, mais pour un futur contingent, dans un but précis : pour rester honnête homme, pour ne pas ébranler son crédit, ternir sa réputation, pour éviter un procès. Plus loin, au chapitre du but dans les actes habituels, nous verrons que lors des paiements que nous faisons, nous n'avons pas toujours conscience des buts spéciaux de l'opération. La plupart des hommes obéissent aux lois par pure habitude, sans y réfléchir autrement. Ce n'est que lorsque survient une tentation de les transgresser qu'apparaît le pourquoi, le but de leur soumission.

11 en est de l'observation des devoirs moraux comme du respect des obligations juridiques. Si je fais l'aumône, je donne mon obole, non parce que l'homme est pauvre, mais pour assister en ce qui me concerne un affligé ; le parce que n'est qu'un pour déguisé.

Contre ce raisonnement qui se résume à dire que toute raison d'une action peut être transformée en but de cette action, on pourrait oiDJecter que le contraire est possible au même titre. Au lieu de dire : j'achète une maison pour m'y loger, il suffirait de s'exprimer ainsi : parce que j'en ai besoin pour m'y loger. Si mon argument ne portait que sur la possibilité d'une manière autre de parler, l'objection serait fondée. Mais ma démonstration ne tend pas à établir que, dans le langage usuel, toute raison d'agir peut être présentée comme but, je dis que dans la réalité des choses, la raison d'agir c'est le but. Dans l'expression, avoir besoin : le but linguistiquement déguisé, apparaît de nouveau. 11 en est ainsi dans tous les cas.

11. But des actes inconscients. — La deuxième objection soulevée contre la nécessité absolue d'un but attaché à toutes actions, nécessité que je proclame (p. 9), consiste à dire qu'un acte peut être accompli sans que l'auteur en ait conscience, sans qu'il ait l'intention de le faire. La réfutation a devancé la proposition. Nous avons démontré plus haut,

en parlant de l'animal (p. 6), que pour le vouloir, et par conséquent pour le but, la conscience de soi n'est pas nécessaire. Le fou non plus n'agit pas sans but, si l'on peut appeler agir l'accomplissement des faits et gestes auxquels il se livre. Ses actes se distinguent de ceux de l'homme sage, non par l'absence du but, mais par l'étrangeté de celui-ci, par son anomalie. J'oserais dire que là précisément, chez lui, au regard de l'animal, se révèle le dernier vestige de son humanité : il se crée des buts étrangers complètement à la pure vie animale et que, par cela même, la bête ne saurait concevoir. Chez le fou, caricature de l'homme, on reconnaît encore l'homme.

A l'acte habituel, qu'on accomplit sans y songer, s'attache également un but. Pareil acte est, dans la vie de l'individu, ce que sont les mœurs, le droit coutumier, dans la vie des peuples à l'origine. Chez lui comme chez eux, c'est un but plus ou moins clairement conçu qui a donné lieu à l'action. Mais la répétition fréquente du même acte, accompli dans les mêmes circonstances, dans un but toujours identique, a si bien enchevêtré le but et l'acte, que le but a cessé pour la conscience d'être un élément perceptible du processus de la volonté.

Je termine ici mon exposé de la loi de finalité, et je conclus : Vouloir, et vouloir dans un but donné, sont termes équivalents; il n'y a pas d'actions qui ne tendent à un but. Si néanmoins la langue parle d'actes sans but, elle exprime non pas l'absence d'un but en général, mais le défaut d'un but raisonnable. Les faits de cruauté envers les animaux en sont un exemple. Objectivement, aucun but ne s'y rattache, n'étant commandés par aucune des tins de la vie; subjectivement, le but existe, le bourreau des bêtes a pour but de se repaître de leurs souffrances. A l'acte sans but, qu'il faut entendre dans le sens de l'erreur commise sur le but, s'oppose l'acte contraire au but, qui se méprend dans le choix des moyens.

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