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COMPARAISON DU MÉCANISME DE LA SOCIÉTÉ

l'organisation sociale de la contrainte : suprématie de la force protégeant les intérêts généraux, sur celle mise au service de l'individu dans son intérêt particulier ; la toute puissance est du côté de la généralité.

En droit privé, la réunion de plusieurs en vue de la poursuite d'un intérêt commun est figurée par la société. Quelles que soient du reste les différences qui séparent l'État et la société, la régularisation de la force par l'intérêt est la même pour tous deux. La société contient le prototype de l'État; elle le reproduit dans tous ses linéaments. En principe, et d'après l'histoire, c'est l'association qui ménage la transition entre la forme non réglée de la force chez l'individu, et la régularisation de la force par l'État. Et cela, non-seulement en ce sens, qu'elle offre le spectacle de la réunion de plusieurs unis dans un but commun, dont la réalisation échapperait à un effort individuel — point dont nous avons déjà constaté l'importance sociale — mais à ce point de vue plus élevé, qu'elle résoud le problème de mettre la prépondérance de la puissance du côté du droit. Elle y réussit, en substituant à la lutte de deux intérêts particuliers, se combattant sans perspective assurée de triomphe pour le droit, lopposition entre l'intérêt général et l'intérêt particulier (^6), ce qui tranche la question. Dans la société, tous les associés se liguent contre celui qui voudrait faire prévaloir ses intérêts accessoires contre l'intérêt commun fixé par le contrat, ou qui se refuserait à l'exécution des obligations qu'il a assumées en vertu de celui-ci; ils réunissent toutes leurs forces contre celui-là seul, La prépondérance de la puissance se jette du côté du droit, et c'est ainsi que l'on peut dire que la société est le mécanisme de la force se régularisant elle-même, dans la mesure du droit.

(86) Quod PRivATiM inierest uxius ex sociis... ei quod socit:TX'ii expedif, L. 65 5 5 pr. soc. (17.2).

A ce raisonnement, on pourrait objecter que l'associé isolé pourrait avoir, en certains cas, plus d3 puissance que tous les autres ensemble; qu'une majorité pourrait se former en vue de poursuivre des intérêts particuliers aux dépens des intérêts sociaux. Mais je réponds que mon raisonnement vise le fonitionnement normal de la société, tel que l3 tracent son but et sa destination. Dans cet état normal, la société se comporte de la fiçon que je vante : elle met la puissance au service de l'intérêt commun. Des circonstances anormales peuvent certainement amener les dangers en question. Elle peut obvier au premier par elle-même, en accroissant le nombre de ses membres. Dans une société de dix membres, chaque associé en a neuf contre lui; s'il y a cent membres, ils sont 99 contre un; dans la société de l'État, ils sont des millions qui forment la puissance

publique.

Le mot du problème que nous venons d'examiner git donc dans le fait que l'association est plus puissante que l'individu, et que, partant, lorsqu'elle en arrive à devoir user de cette puissance pour maintenir son droit contre l'individu, la suprématie est toujours à elle, c'est-à-dire au droit.

Ce que je viens d'exposer s'applique à la société du droit privé comme à la société du droit public ou à l'Etat. Elles sont identiques, en effet, et leurs traits fondamentaux sont les mêmes :

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