‹ L'évolution du droitChapitre 132 sur 233 · ORGANISATION SOCIALE DE- LA CONTRAINTE · texte numérisé non relu

ORGANISATION SOCIALE DE- LA CONTRAINTE

soit la mesure dans laquelle il s'en sert pour réaliser ses buts propres, le premier germe de la contrainte, en tant qu'institution sociale, la première nécessité de son organisation gisent dans l'individu; — le but d'existence de l'individu ne peut être obtenu sur la terre sans la contrainte. En elle se trouve la racine même du droit : la force juste.

A savoir que la contrainte est une nécessité, nous ne sommes guère plus instruits. Ce qu'il nous importe de connaître, c'est l'efficacité de son résultat. Que sert au propriétaire ou au créancier, la faculté de réaliser leur droit au moyen de la contrainte, si la force est du côté de leur adversaire? Dans ce cas, ils possèdent une arme à deux tranchants, qui peut les blesser eux-mêmes. L'organisation sociale de la contrainte est toute entière dans cette question : mettre la prépondérance de la force du côté du droit.

Il est facile d'esquiver la difficulté, en disant que l'État a accompli cette tache, et qu'il n'y a plus lieu de rechercher comment. Je ne veux pas troubler la quiétude de ceux qui se contentent de cette explication, mais elle ne peut me satisfaire, si je veux mener ma démonstration jusqu'au bout, et montrer le développement uniforme et continu de la notion de contrainte, dans la société civile, depuis son origine dans l'individu jusqu'à son aboutissement final dans l'État et le Droit. Celui qui, de lui-même, ne se juge pas assez fort pour protéger son droit contre la violence, cherchera un secours étranger, soit au moment même où son droit est en danger, soit dès l'acquisition de ce droit. Les relations internationales nous en fournissent des exemples journaliers, dans Vaillance pour le premier cas, dans la garantie pour le second. Si ces deux formes rudimentaires» datant des premières origines du droit, se sont conservées dans la vie des peuples, c'est que l'idée du droit n'a reçu dans cette dernière qu'un développement incomplet. Partout

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ailleurs où le droit a reçu une organisation parfaite, elles sont devenues superflues et ont disparu. Elles réalisent le premier problème du droit : assurer la prépondérance du droit sur la force. Formes insuffisantes, à la vérité, car leur résultat est toujours incertain. Celui qui est menacé cherche des alliés, mais celui qui menace peut en faire autant. Celui qui rassemblera le plus grand nombre de partisans sera le plus fort, et ce n'est plus le droit, ce sera le hasard qui fera le victorieux. La garantie vaut déjà mieux, sans présenter cependant plus de certitude; l'histoire des peuples l'atteste. Car quelles garanties trouver contre le garant? Tant que son intérêt marche d'accord avec celui du garanti, tout danger se trouve écarté; mais quand les intérêts entrent en lutte, la garantie traverse une épreuve où trop souvent elle succombe.

Il semblerait que le droit peut trouver là une indication qui lui permettrait de mettre la force de son côté : ce serait d'asseoir la garantie sur l'intérêt propre, au moyen de la réciprocité. U alliance ojfensive et défensive réaliserait ce but. Mais ce moyen peut encore manquer son effet, car celui qui menace peut y recourir de son côté, et ce sera de nouveau le hasard, non le droit, qui aura le dernier mot : le plus fort l'emportera.

Telle est la situation pour les dangers du dehors, mais il en va tout autrement quand il s'agit de l'intérieur. Nous touchons ici, enfin, au point saillant de l'organisation du droit. Il réside dans la suprématie de l'intérêt général sur les intérêts particuliers de l'individu. Quand les intérêts communs sont menacés, tous les citoyens entrent en lice; quand il s'agit d'un intérêt particulier, l'individu seul se lève. A forces égales, la communauté prime l'individu, et elle sera d'autant plus puissante qu'elle sera plus nombreuse.

137. Comparaison du mécanisme de la société avec celui de l'État. — • Ce que nous venons de dire nous dessine

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