‹ L'évolution du droitChapitre 32 sur 233 · AFFIRMATION ÉCONOMIQUE. — LE PATRIMOINE · texte numérisé non relu

AFFIRMATION ÉCONOMIQUE. — LE PATRIMOINE

cas, l'affirmation physique de l'animal ne porte que sur l'instant présent, — sa faim apaisée, l'animal, en général, n'a pas souci du lendemain, — et elle ne procède régulièrement que de son expérience propre. L'homme, au contraire, est guidé, et par son expérience personnelle et par celle de ses semblables, et non-seulement par celle d'individus déterminés, mais par celle de la race toute entière. Son souci, comme celui de l'animal, ne s'arrête pas au présent; il prévoit l'avenir, spécialement en s'assurant d'avance les moyens futurs de sa subsistance. Ce souci du lendemain, fruit de la douloureuse expérience de l'humanité, à une époque où la nature n'accordait déjà plus ses dons sans se faire prier, est l'origine pratique du patrimoine, c'est-à-dire de la tendance, non-seulement à suffire aux nécessités du moment, mais à assurer encore des ressources pour les besoins de l'avenir. 31. Affirmation économique. — Le patrimoine. — Nous en venons ainsi à la deuxième forme de l'affirmation de soi, la forme économique. I^e monde animal n'en offre que des traces éparses et faibles. Son point de départ, en principe et d'après l'histoire, se rattache au but de la conservation physique de soi. A mesure que s'élèvent les buts de la vie, l'homme, de son côté, s'affirme plus noblement. La vie assurée pour le futur engendre le désir du bien-être futur; la lutte pour acquérir le nécessaire et l'indispensable fait songer au superflu, à l'agréable; à la satisfaction de l'estomac, vient s'ajouter celle de la vue, de l'esprit, du cœur. Le patrimoine se forme partout où va la civilisation; celle-ci crée incessamment de nouveaux besoins, découvre de nouveaux buts, et serviteur fidèle, le patrimoine fournit à tout. A chaque but, à chaque fonction de l'individu, de la société, de l'État, le patrimoine apporte une aide puissante ; il est l'expression des vertus et des vices de l'individu et de la nation. On juge du caractère et de l'éducation de l'homme d'après la façon dont il use de son patrimoine. L'homme se

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dépeint dans l'emploi qu'il faît de son argent. Trop souvent il n'est pas seul l'artisan de sa fortune, mais presque toujours il est maître de l'usage qu'il en fait. Le louis qui sort de la poche parle plus éloquemment que les plus belles phrases, les discours les plus persuasifs, et les larmes mêmes. Le livre de dépenses de l'homme en dit souvent plus sur son véritable caractère que n'en apprendraient ses mémoires.

Simple assurance de l'existence physique, à l'origine, le patrimoine a fini par remplir une mission de civilisation universelle. On ne concevrait pas cette importance morale ainsi acquise, s'il n'avait, pour une fraction importante de la population, conservé toujours, soit exclusivement, soit principalement, sa fonction primordiale d'assurer la conservation de l'existence physique. La puissance du patrimoine aux mains de celui qui possède au delà de ce que réclament ses nécessités physiques, et même son bien-être, gît dans l'obligation, pour ceux qui ont moins, de travailler sans relâche pour assurer leur existence,

32. Forme donnée par le droit à la protection de la vie et du patrimoine. — Le but de lentretien de la vie a donné naissance au patrimoine — sans patrimoine pas d'avenir assuré dans la vie — ; le but de l'entretien de la vie, et celui du patrimoine conduisent l'un et l'autre au droit — sans droit pas de vie, pas de patrimoine assurés.

La forme sous laquelle le droit objectif protège ces deux intérêts est, comme on le sait, celle du droit subjectif. Avoir un droit, signifie qu'il existe quelque chose pour nous, que le pouvoir de l'État reconnaît, pour laquelle il nous accorde sa protection. Or, ce qui existe pour nous, peut être :

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