Une chose
Le langage juridique désigne le rapport de destination de la chose pour nos buts, par : le droit à la chose, ou la propriété dans le sens large (^0) du mot.
3. Une personne : soit dans sa totalité et avec réciprocité du rapport de destination (les rapports juridiques de la famille;, soit en vue de prestations isolées (la créance).
Enfin 4. lÉtat.:
Le terme juridique pour exprimer son rapport de destina tion pour nous est le droit de cité.
En regard du droit se place le devoir. Le droit nous dit qu'il existe quelque chose pour nous, le devoir nous révèle que nous existons pour autrui, mais cette existence pour autrui n'absorbe pas tout le but de notre destinée — ce serait l'esclavage — elle n'en est qu'un élément isolé.
33. Les trois aphorismes fondamentaux du droit objectif. — La position de l'homme dans le monde se résume en trois aphorismes; les deux premiers concernent son droit, le troisième indique ses devoirs envers le monde :
1" j'existe pour moi;
2" le monde existe pour moi;
3" j'existe pour le monde.
Ce sont là les trois pierres angulaires de tout l'ordre du droit, comme de tout l'ordre moral du monde. Tout repose sur elles : la vie privée, la vie familiale, les relations, la société, l'État, les relations des peuples, leur rapport de destination réciproque, des contemporains comme de ceux du passé (chap. YI).
(10) C'est en ce sens que les philosophes et les économistes ont coutume d'employer l'expression; ainsi entendue, elle comprend la propriété dans le sens des juristes : la possession, les droits sur la chose d'autrui et le droit héréditaire.
46 CHA.P. V. — BUTS DE l' AFFIRMATION ÉGOÏSTE DE SOI.
34. Éléments du patrimoine. — Le travail. - Revenons au patrimoine qui a donné lieu à cette digression. I^a notion du patrimoine implique, pour la conception juridique, la règle : que la nature existe pour l'homme (H). Mais la nature ne dispense pas gratuitement ses dons ; le travail et les efforts de l'homme doivent les lui arracher. Si sa propre force y reste impuissante, il doit recourir à celle d'autrui. Il n'y parvient généralement que grâce k une prestation équivalente : le salaire. Le droit reconnaît la nécessité de ce recours au travail dautrui : il protège les contrats qui tendent à l'exercer. Ainsi, outre la chose, le travail vient se ranger dans le système du droit patrimonial.
Le travail a suivi le patrimoine dans sa marche ascendante, montant du but le plus urgent, mais le moins relevé : du souci de la vie physique, à des buts de plus en plus nobles. Il revêt d'abord la forme la plus primitive : la culture de la terre, et l'acquisition de ce qui regarde l'existence physique ; il s'applique ensuite, à mesure des progrès de la civilisation, à des tâches de plus en plus élevées.
35. L'échange. — Le travailleur donne son labeur contre de l'argent; l'autre partie échange de l'argent contre du travail. Tous deux ont un besoin plus urgent de ce qu'ils obtiennent que de ce qu'ils ont. Le salaire est le moyen de diriger le superflu de la force ouvrière là où elle peut trouver le meilleur emploi, dans l'intérêt tant de l'ouvrier que de la société, faute de quoi elle chômerait ou resterait partiellement improductive. Il en va exactement de même de la chose échangée contre une autre (contrat d'échange dans le sens juridique), ou contre de l'argent (vente). De part et d'autre l'opération consiste dans l'abandon d'une
(11) Le juriste romain disait: Omnes fructus reruin natura hominum gratta comparavit, L. 28 § 1 de usur (22, 1).