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INSUFFISANCE DE LA BIENVEILLANCE

formes de l'initiative. Si celui qui les prend, base son désir sur sa pauvreté ou sur son dénuement, la manifestation de ce désir s'appelle mendicité, et le don accordé est une aumône (qui, en droit, ne se distingue en rien de la donation) : les mots eux-mêmes contiennent la réprobation de la chose et indiquent linefficacité de ce mode de secours pour atteindre le but du commerce social. Le secours, qui humilie celui qui le reçoit, est précisément le contraire de ce qui forme le but le plus élevé et le plus noble des relations humaines, ainsi que nous verrons plus tard : l'indépendance de la personne. La demande, il est vrai, n'implique pas cette humiliation, mais son champ est fort restreint, tant en fait que sous le rapport de la personne : on ne peut tout demander, — la chose deviendrait bientôt de la mendicité, — et l'on ne peut demander à tout le monde, à moins que la demande n'ait d'autre objet que des complaisances qui ne coûtent rien à autrui : politesses dans les rues, demandes de renseignements, etc. Toute considération personnelle y est écartée d'avance, et ces demandes se trouvent à cet égard sur la même ligne que les prestations d'affaires. Chacun peut les solliciter sans crainte de se voir opposer un refus. Mais d'autre part, la portée de ces complaisances est tellement restreinte qu'elles s'effacent devant la multiplicité des buts auxquels les relations doivent satisfaire. Au delà de ce minimum, la demande et son octroi se rattachent à des relations personnelles (amitié, voisinage, connaissance, dépendance etc.), et même quand elles existent, elles présentent si peu d'intérêt en elles-mêmes, que l'impossibilité de baser un but quelconque des relations sur l'abnégation (complaisance) au lieu de l'égoïsme (salaire) éclate à toute évidence.

Ici se présente une objection que je dois soulever moimême. La théorie que je présente a sa source dans notre vie actuelle, et la thèse est exacte pour l'état actuel du

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développement des relations sociales, où l'argent a pris la place de la complaisance. Mais il fut des temps où il en était autrement. Il fut des temps où l'on pouvait obtenir pour rien des prestations qui, aujourd'hui, ne se font plus que pour de l'argent, et cela d'une façon absolue, illimitée, ce qui faisait alors de la complaisance un facteur de la vie des relations, et lui assignait une fonction sociale. Encore de nos jours, l'hospitalité, chez les peuples non civilisés, nous offre ce spectacle; il se présente même chez les peuples civilisés, dans les régions peu peuplées.

L'objection est de poids, et je ne crois pas superflu de nous y arrêter, car elle est de nature à faciliter la conception de la vie des relations. A cet effet, cependant, il sera utile de nous représenter la société d'autrefois dans sa forme historique concrète. Je ne saurais mieux choisir, indépendamment de l'intérêt juridique que présente la question, que de décrire le contraste des services onéreux et des services gratuits, tel que, durant des siècles, la pratique nous le révèle à Rome. Nous verrons ensuite comment, à l'époque suivante, les choses se modifièrent de fond en comble. Nous rapporterons quelques fruits de cette excursion juridique.

55. Antithèse du travail onéreux et du travail gratuit à Rome. — L'antithèse du travail onéreux et du travail gratuit dans l'ancienne Rome correspond à l'opposition du travail corporel au travail intellectuel. Celui-là seul, non celui-ci, tend la main au salaire. La conception de ces deux notions opposées n'appartient pas en propre au peuple romain. Elle se retrouve chez tous les peuples, et chez tous les individus peu civilisés, car elle n'est que l'application de l'idée grossière qu'ils ont du travail. Le travail corporel est un fait sensible pour tous. Celui qui s'y soumet le sent, le tiers le voit, et non-seulement il voit l'acte même du travail, mais il en constate le résultat. Le travail corporel seul mérite salaire, parce que seul il a coûté de la peine et

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