INTRODUCTION DU SALAIRE ÉCONOMIQUE
39. Introduction du salaire économique. — Si Rome est redevable aux Grecs d'avoir rattaché le salaire à l'art et à la science, elle doit aux provinces l'introduction des traitements affectés aux services publics. Les Édiles en étaient arrivés à dépasser toujours les sommes allouées par le Sénat pour les jeux publics. Ils avaient alors à couvrir d'énormes déficits, au moyen de leurs propres ressources. Cet état de choses était devenu si ordinaire au dernier siècle de la République, que celui qui ne voulait pas perdre la faveur du peuple, et se fermer tout avenir politique, ne pouvait, comme Édile, ni calculer ni lésiner, dût tout son avoir y passer. En revanche la morale populaire lui permettait de refaire sa fortune comme gouverneur de province. Comme tel, il n'avait droit qu'à son équipement officiel, remplacé plus tard par l'allocation d'une somme à forfait (vasariiim), mais, en fait, son poste l'indemnisait de ses frais d'Édilat et de ceux de la magistrature urbaine, et l'autorisait en quelque sorte à récupérer, pour sa sortie du service public, tout ce qu'il avait exposé en y entrant. Il recevait comme des lettres de marque lui permettant de courir sus aux provinciaux, au nom du peuple et du Sénat. Celui qui savait s'en servir sans trop de maladresse n'avait rien à craindre. Les Empereurs jugèrent plus profitable de pourvoir eux-mêmes au pillage des provinces. Ils rachetèrent au moyen d'un traitement la concurrence importune des gouverneurs de provinces. Telle est l'origine des traitements affectés aux services publics dans les derniers temps de Rome. Bientôt tous les fonctionnaires impériaux furent mis sur ce pied. Les magistratures républicaines, devenues sans importance, restèrent soumises à l'ancien régime.
Nous avons prouvé qae, pendant des siècles, la société romaine sut pourvoir au fonctionnement d'une branche importante de son gouvernement, au moyen d'une idéale rémunération tirant toute sa valeur du pouvoir, de l'in-
fluence, de l'honneur, de la considération, que conféraient les fonctions exercées, mais qu'à une époque postérieure, elle dut recourir à l'aide du salaire économique en argent. Je dis recourir à l'aide de l'argent et non remplacer par l'argent; j'en détaillerai la raison plus loin (n° 7). C'est que le paiement en argent, que nous rencontrons dans les deux points que nous venons d'indiquer, n'est pas un simple cas d'application du salaire économique, mais constitue une combinaison du salaire économique et du salaire idéail.