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FONCTION ÉCONOMIQUE DU CRÉDIT

au début de l'examen du crédit (n" 83), que sans crédit, le commerce juridique resterait entravé. Son développement exige le crédit, et celui-ci naît par la force même des choses.

La satisfaction des besoins humains est le but du commerce juridique. Elle s'obtient au moyen du contrat d'échange, dans l'acception étendue de ce mot : prestation pour prestation, ou, depuis que l'argent représente l'équivalent normal de toutes les prestations possibles : réalisation de la prestation au moyen de l'argent.

Mais tel se trouve sous le coup d'un besoin, et il manque d'argent : qu'arrivera-t-il? En cette occurrence, s'il ne peut, même au prix de lourds sacrifices, se i3rocurer des ressources au moyen de la vente des choses qu'il possède, il ne pourra satisfaire son besoin : le pain nécessaire à son existence et à celle des siens, lui sera refusé, eût-il la certitude la plus absolue d'avoir demain l'argent qui lui fait défaut aujourd'hui.

Le crédit vient remplir cette lacune que laisse le système de l'échange tel que nous venons de le présenter; il vient en aide au présent par la prévision de l'avenir.

Aux nécessités du présent, l'amitié pourrait subvenir. Mais l'amitié et la bienveillance ne forment pas des facteurs du commerce juridique (n" 54); celui-ci est, et doit être, basé sur l'égoïsme; et l'égoïsme veille toujours.

L'ami prête à titre gratuit; l'égoïste à titre onéreux : il exige des intérêts. Par là, le prêt se conforme au principe fondamental du système d'échange : prestation pour prestation — les intérêts représentant l'équivalent de l'abandon temporaire du capital. Le temps, c'est de l'argent, aussi bien par rapport à la force productive de l'argent, qu'à celle de l'homme. C'est ainsi que le prêteur ne vient à l'aide des besoins de l'emprunteur que s'il a confiance dans le remboursement. Le credere économique de l'argent a pour condition

le credere moral envers la personne. Le crédit, c'est la foi en matière économique. Les croyants sont les créanciers.

88. Crédit d'argent. — Le préteur, comme détenteur de sommes d'argent qu'il met à la disposition de l'emprunteur, reçoit le nom de capitaliste : les sommes prêtées sont des capitauxi^~0. Si les ressources du présent dépassent ses besoins, une bonne économie veut qu'il mette le surplus de côté, en vue de l'avenir : il épargne. Lorsque ces épargnes dépassent la mesure normale des besoins individuels, nous les appelons : capitaux. Les capitaux sont des excédents économiques, qui ont soutenu victorieusement l'assaut des besoins continuels. Ce qui constitue le capital est donc une notion purement relative. Pour le pauvre, 300 francs, même 30 francs, pourront constituer un capital, c'est-à-dire une épargne pouvant parer aux assauts du besoin, tandis que pour le riche, pareilles sommes ne représentent peut-être pas la centième partie de ce qu'il faudrait pour atteindre ce but. Le capital commence où finit le besoin.

Le commerce des biens déplace, le cas échéant, la chose, là où elle ne répond pas à un besoin. Le commerce d'argent opère de même pour les capitaux, au moyen des intérêts. Les intérêts attirent l'argent qui s'est accumulé, sans trouver son emploi économique, et le font affluer là où il fait défaut. Il s'établit mie compensation entre l'excédent existant d'un côté et ce que réclame le besoin de l'autre. Le trop de l'un, va venir en aide au trop peu de l'autre. Le passé, le

(47) Le mot caput, employé pour désigner la somme prêtée (dans le sens de chose principale, opposée aux intérêts, comme chose accessoire) date des derniers temps de l'empire; l'expression antérieure était sors. De môme que cette expression caput, les expressions actuelles : capitaux, capitaliste, impliquent l'utilisation économique de l'argent, par le moyen des intérêts; là où nous ne songeons pas à ces derniers, nous parlons d'argent. La destination du capital est de porter intérêts; le capilalisie proprement dit, est celui qui peut vivre de ses intérêts (de ses rentes, de là : rentier).

CRÉDIT d'argent. 117

présent, l'avenir économique, se balancent ainsi entre deux personnes. Au capitaliste, le passé : il a dû épargner pour pouvoir faire crédit, à l'emprunteur, le présent et l'avenir : le présent c'est son déficit, l'avenir lui impose le devoir de couvrir celui-ci au moyen de ses excédents ultérieurs. Le monde économique ofifre ainsi le même spectacle que celui que présente la nature, quand elle répartit la chaleur entre les saisons, les contrées, la terre et la mer.

Mais le prêt du capitaliste, prêtant son argent comptant, soit qu'il le donne lui-même, soit qu'il ouvre un crédit chez un tiers, n'est pas le seul moyen d'aider à la nécessité du moment. Il est une deuxième espèce de crédit dont nous avons déjà parlé (n» 86) : elle consiste dans la dation de crédit à l'occasion d'un autre contrat, ou la dation en crédit d'une somme d'argent, par opposition à l'argent comptant. Elle apparait principalement dans le contrat de vente. Nous l'appellerons le crédit de marchandises ,^dii opposition au crédit d\irgent du prêt. Ce sera nous conformer au langage usuel qui dit : prendre des marchandises à crédit. Nous avons déjà fait observer (n° 85) que ce ne sont pas les marchandises qui sont créditées : ce qui est crédité, c'est, juridiquement, le prix de vente.

En droit, le prix de vente n'est crédité qu'en vertu d'une convention. En l'absence d'une convention, même lorsque le vendeur livre la chose sans avoir obtenu paiement, il y a, selon les principes du droit, vente au comptant. La dation de crédit est donc ici une question de pur fait ; elle constitue un précaire obligatoire, que le vendeur peut faire cesser à volonté, et partant, d'après le droit romain, elle n'entraîne pas non plus le transfert de la propriété, car celui-ci suppose le paiement ou la dation conventionnelle en crédit du prix de vente. En réalité, cette distinction est sans importance au point de vue de la fonction économique du crédit dans la vie actuelle des affaires, dont nous allons exclusivement

nous occuper. La dation de crédit de pur fait, qui permet au vendeur, à sa volonté, de réclamer le prix aussitôt la livraison de la chose faite, d'envoyer son compte, et d'en exiger le paiement, mais qui n'use pas de cette faculté, présente une importance aussi grande que la dation de crédit entendue dans son sens juridique.

89. Crédit de marchandises. — Dans cette acception étendue, le crédit de marchandises se distingue du crédit d'argent en ce que ce dernier résulte de la nature même de l'opération — un prêt sans crédit est un non-sens — tandis que dans la vente, il vient s'y joindre, comme il peut aussi y faire défaut. Le contrat de vente ne s'entendait primitivement que d'une vente au comptant : la notion du contrat s'étendant, elle a frappé ensuite aussi sur la vente à crédit. C'est le prêt qui a engendré l'idée de crédit — l'un est la conséquence de l'autre — et ce n'est qu'après coup que la notion du crédit a pu être appliquée au contrat de vente. Le droit romain (p. 114) appuie cette théorie, et d'autres considérations générales la justifient. Le créditeur né est le capitaliste qui a amassé des épargnes; il lui importe de pouvoir mettre cet argent en valeur, sous forme d'intérêts. Il cherche à placer son argent. Le vendeur, au contraire, cherche à en toucher; il est souvent si peu capitaliste, qu'il ne devient vendeur que par pénurie d'argent. Comment donc est-il amené à faire crédit du prix de vente? Évidemment, c'est son seul intérêt qui le guide. S'il trouve à vendre aussi avantageusement au comptant qu'à crédit, il refuse le crédit. Il ne le consent que pour rendre possible une vente qui ne peut se conclure qu'à cette condition, ou encore pour obtenir un prix plus élevé. Dans l'un et l'autre cas, le contrat de vente doit lui payer le crédit qu'il donne.

Au point de vue économique, le vendeur, en donnant crédit, se fait prêteur, capitaliste. Il évite à l'acheteur

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