Voyage à la Terre Fermey elc, t. !•% p
5. A. d'Orbigoy, loc. ciL, t. II, p. S9. t>. H. Spencer, Sociologie, t. II, p. 282. 7. A. d'Orbigny, Loc. cit., t. II, p. 308.
LETOumiEAU. — L'ÉYolution du Mariage. 1 1
soins domestiques. Un pareil genre de vie rend nécessairement peu délicat, et, même cliez les nvilisés, le surmenajf»» habituel est dinicilemont compatible avec Texistencc de sentiments raffinés. En tout pays, l'amour exclusif, la jalousie supposent non seulement quelque développement moral, mais encore un certain loisir, le temps, la faculté de penser. — Il est donc tout naturel que la femme saurage ait rarement la prétention de posséder un homme àelleseule, et, sur ce point, les femmes des Peaux-Rouges de l'Amérique septentrionale pensent et senient exactement comme les femmes des Guaranis brésiliens. Ainsi, chez les Omahas, l'homme ne prend guère une seconde femme qu'avec le consentement de la première. Souvent même l'initiative vient de celle-ci, qui va trouver son mari et lui dit : « Épousez donc la lille de mon frère. Elle et moi, nous sommes d'une même chair*. ]> H faut dire que TAmérique est la terre promise du matriarcat, ou jilutôt de la filiation maternelle; la polygamie y prend facilement une couleur incestueuse; les femmes d'un même homme sont souvent parentes, habituellement sœurs. Dans une quarantaine de tribus peaux-rouges, et ce ne sont sûrement pas les seules, quand un homme épouse la fille aînée d'une famille, il acquiert, par privilège exprès, le droit de prendre ensuite pour femmes toutes les sœurs de la première, aussitôt qu'elles deviennent nubiles\ Il en était ainsi chezles Omahas, les Sheyennes, les Crées, les Osages, les Pieds-Noirs, les Crows, chez les Spokanes de la Colombie % chez les Chawanons de la Louisiane, etc.
La coutume n'était pourtant pas obligatoire. Les femmes pouvaient ne pas être parentes ou du moins ne pas être
1. J. Owen ï>oT%eyyOmahaSociologyiP.t^(Smiths<mian institution, 188i'i. L. Morgan, Ancient Societies, p. 432.
:i. BainMod, Loc. cil., t. r^ \\. 'i',1.
;œurs. Ainsi, chez les Omahas, un homme s'annexait parfois, *omme (épouses, une tante et une nièce de sa première :>mme*. Chez les Californiens, on épousait quelquefois non ;eti1ementun groupe de sœurs, mais aussi leur mère*, et sous îe rapport, les Groenlandais imitaient leurs ennemis héréditaires, les Peaux-Rouges \ — Mais, consanguine ou non, la polygamie était générale chez les tribus sauvages de T Amérique septentrionale. La possession d'un nombreux troupeau de femmes mettait un homme au-dessus du commun, aussi sûrement que le lait en Europe celle d'une grosse fortune* ; la l'eligion môme sanctifiait celle polygamie : car, en tout pays, elle s'accommode sans peine aux mœurs dominanles. Ainsi les Chîppeouays croient la polygamie agréable au Grand Esprit : car c'esl un moyen d'avoir une nombreuse postérité'.
Sauf l'habituelle consanguinité des femmes, la polygamie des Peaux-Rouges n'a d'ailleurs rien d'original ; elle est, comme ailleurs, le privilège des gens riches •. Parfois aussi les filles sont retenues dès l'enfance et alors, comme il arrive chez les Noutka-Colombiens, l'acquéreur dépose en nantissement certains objets précieux'. Dans ces familles polygamiques des Peaux-Rouges, l'harmonie est rarement troublée ; et l'homme, pouvant toujours répudier qui bon lui semble, ne commande qu'à des épouses 1res soumises \ Çà et là apparaissent aussi certaines coulumes accusant des velléités monogamiques : chez les Colombiens, chaque femme a son