‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 156 sur 406 · De bello gallico^W, J · texte numérisé non relu

De bello gallico^W, J

S. Germaniat XVHI.

les plus distinguées de ces pays, la majorité des individus ont des instincts polygamiques, auxquels ils résistent assez mal.

il nous est maintenant possible de nous faire une idée juste de la polygamie primitive. Les causes en sont multiples. La principale est souvent la disproportion des sexes, résultant de l'énorme consommation d'hommes, que nécessite la vie sauvage. Le désir de donner carrière à une sensualité, qu'on ne songe pas encore à réfréner, y entre bien pour une part ; mais ce mobile, qui est peut-être dominant chez les anthropomorphes polygames, devient vite secondaire chez l'homme.

En effet le sauvage, même le plus grossier, calcule mieux, voit dans l'avenir bien plus loin que le singe. Son premier esclave, on peut dire son premier animal domestique, c'est la femme. Même quand il est encore uniquement chasseur et nomade, il .a toujours du gibier à transporter, du feu a allumer, un abri quelconque à dresser, sans compter que les femmes sont très aptes à recueillir des fruits comestibles, des coquillages, à rendre mille services. En outre, elles enfantent des rejetons que l'on peut troquer, vendre, au besoin manger.

il est donc fort désinible de posséder le plus possible de ces êtres, aptes à des fins si diverses. Si l'on est agriculteur, la femme est alors d'une utilité bien plus grande encore : on se décharge sur elle de tout le gros labeur; elle laboure, plante, sème, récolte même, le tout au profit de son maitre. C'est, en outre, un être subjugué, faible, sur lequel on peut tout se permettre, donner carrière à ses instincts de brutale domination. Par la force ou par la ruse, par la capture ou par l'achat, on se procure donc autant de femmes que possible. On les achète souvent en bloc; par exemple, un lot de sœurs ou de parentes de différents

âges. Cette diversité d'âge a son prix : car, pour tous les usages auxquels sert une femme, les plus jeunes prennent au moment opportun la place de leurs aînées, usées ou brisées.

La polygamie commence d'abord par être égalitaire, c'est-à-dire que l'homme soumet son petit troupeau féminin à une même servitude, contre laquelle les femmes ne songent même pas à réclamer, la trouvant toute naturelle : car elles ne sont pas d'une nature plus raffinée que leurs propriétaires. Peu à peu, cependant, une certaine hiérarchie s'établit parmi les femmes d'un même homme. Cela se produit, quand la structure sociale est déjà plus complexe, quand il y a des chefs, des nobles, des prêtres. La polygamie, alors, s'est restreinte. Tout en étant toujours du goût de presque tous les hommes, elle est devenue le privilège des riches et des puissants. Ceux-ci jouissent même parfois d'une polygamie excessive et il leur devient difficile de maintenir l'ordre et la soumission servile parmi leur troupeau féminin. Dès lors ils ont une ou plusieurs femmes en titre, ayant la haute main sur leurs compagnes et parfois exemptes des plus durs travaux. Souvent ces femmes-chefs sont lilles, sœurs ou parentes de guerriers estimés, d'hommes importants, auxquels on s'est allié et dont le prestige protège quelque peu les femmes, qu'ils ont données ou plus souvent vendues. Une certaine tendance à devenir une personnalité distincte s'éveille par suite chez les femmes elles-mêmes; elles veulent avoir leur feu séparé., même leur case distincte; la vie en troupeau commence à leur peser.

La polygamie revêt alors des tendances monogamiques.

La plupart des races supérieures ont adopté cette polygamie hiérarchique avant d'aboutir à la monogamie légale, fort mitigée du reste, dont j'aurai plus tard à m'occuper. Mais il importe, maintenant, de décrire avec quelques détails cette polygamie des races supérieures.

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