I. — LE STADE DE LA POLYGAMIE
Notre enquête est déjà suffisamment avancée pour que nous pui.ssions nous faire une idée des pliascs premières do l'évolution du mariage. Toul d'abord, dans le genre hur
main comme ciiez les grands singes anthropomorphes, les unions sexuelles n'ont été soumises à aucune règle : la promiscuité a été rare, exceptionnelle; mais la polygamie a été fort commune, du moins une polygamie grossière, nullement réglée, et résultant seulement de raccaparenieot des femmes par les plus forts ou les plus riches. C'était une sorte d'anarchie conjugale, comportant simultanément, pendant des périodes plus ou moins longues, des formes matrimoniales singulières : la polyandrie, les mariages à terme, les mariages d'essai, etc.
En dehors même de leur rôle primordial de génitrices, les femmes étant des êtres fort utiles, soit pour l'assouvissement des désirs sensuels, soit pour exécuter nombre de travaux pénibles, on s'efforça de s'en procurer le phis possible, par le rapt d'abord, puis par achat ou en fourjiissaot une certaine somme de travail, en s'astreignant à une servitude tempordire. Dans le précédent chapitre, j'ai fait l'histoire de cette polygamie primitive, sauvage,- qu'aucune loi ne réglemente encore.
Durant les phases premières de leur évolution sociale, toutes les races humaines ont pratiqué avec plus ou moins de brutalité cette polygamie grossière. Nous avons vu, el c'est un sujet sur lequel j'aurai occ«ision de revenir, comment, au sein du régime polygamique, sont apparues les tendances monogamiques qui, peu à peu, ont fini par prévaloir chez les races les plus civilisées. Celles-ci se sont résignées à adopter la monogamie, au moins la monogamie légale. Je dis a résignées » : car il semble bien qu'en réalité la monogamie coûte beaucoup à l'homme; en effet, partout les lois ou les mœurs en ont atténué la sévérité par divers tempéraments dont j'aurai bientôt à m'occuper.