‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 194 sur 406 · Id., loc. cit. y p · texte numérisé non relu

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DE LA MONOGAMIE PRIMITIVE. îii5

des cours d'amour et de la chevalerie quinlessenciée. Mais il importe de remarquer que, chez les Touareg, comme chez les Provençaux et les Aquitains du xir siècle qui peuvent fort bien avoir eu des ancêtres berbères, ce sont là divertissements et galanteries d'aristocrates et de princes, n'empêchant nullement l'asservissement général des femmes. Ces traits de mœurs sont curieux ; ils indiquent une noblesse morale relative et il en faut prendre note, mais aussi se garder de leur accorder une valeur générale qu'ils n'ont pas. Il importe aussi de remarquer que l'indépendance de la dame berbère, à laquelle les pauvres serves épargnent la peinede moudre le blé, de cuisiner, etc., etc., repose encore î>ur le magique pouvoir de l'argent : « Par cumul, nous dit Duveyrier, la plus grande partie de la fortune est entre les mains des femmes » (p. 339). En résumé, à moins d'une remarquable puissance d'illusions on ne saurait reconnaître dans la situation relativement favorable de la dame berbère im cas de gynécocratie amazonienne.

En Abyssinie, qui n'est pas non plus un pays gynécocra-

l'4ue, les femmes jouissent pourtant d'une très grande liberté, leur conduite est fort dissolue et leur jnariage très f^^gile. Bruce, qui, le premier, nous a fait connaître ces •nœurs curieuses, les rapproche aussi de celles de l'ancienne %yple. « En Abyssinie, dit-il, les femmes vivent, comme si elles étaient communes à tout le monde... Elles prétendent ^pendant avoir pour principe, quand elles se marient, de '^^ppartenir qu'à un seul homme, mais elles ne- s'en con- ^^^ignent pas davantage ^ » Le divorce est si facile en Abys- '"^ïïiie, que Bruce dit avoir vu une femme entourée de sept ^Qciens maris*. Les dames abyssiniennes les plus dislin-

^ Bruce, HUt, univ, des voy.j t. XXIII, p. 358.

1 Bruce, TraveLSj etc., t. IV, p. 487. — A. d'Abbadie, Douie ans dans lu '^«««e fjhiopit, t. I«, p. 100, 128.

LETouRNEAU. — L'ÉvoluiioD du Mariage. lô

giiées ont des sigisbées en titre, à la mode italienne d'autrefois. Dans les festins, toujours d'après Hruee, les amants se donnent publiquement l'un a l'autre. l>*urs voisins de table ont seulement soin de les cacher, fort imparfaitement, en improvisant avec leurs manteaux une cloison ilottante*.— Les jeunes femmes de la province de Samen, dit encore IJruce, venaient, seules, commercer avec les voyageurs : « Klles étaient difficiles dans leurs marchés, ;\ l'exception d'un seul, ou elles paraissaient fort raisonnables et fort gém^ reuses. Klles convenaient (jiie leurs faveurs devaient se donner et non se vendre et que de longues sollicitations, d'une pari, et des refus, de l'autre, faisaient perdre un temps qui pouvait être plus agréabh^ment employé*, f II est clair, après cela, que le régime monogamique des Abyssins est plus apparent que réel, fort adouci par le sigisbéisme à outrance, l'usage des concubines, dont j'ai déjà parlé, et enfin par l'abus du divorce, c'est-à-dire de la polygamie successive.

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