‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 199 sur 406 · VI. — LA MONOGAMIE ET LA CIVILISATION · texte numérisé non relu

VI. — LA MONOGAMIE ET LA CIVILISATION

Des faits suffisamment nombreux, qui précèdent, certaines conclusions se dégagent. Ces faits empruntés aux mœurs d'à peu près toutes les races non aryennes, prouvent à l'évidence, d'abord, que le régime monogamique n'est nullement l'apanage des races supérieures, puisque parn^i les rares humaines les plus humbles il en est de monogamiques. Kn fait de mariage, il est des conditions primordiales, indépendantes du caprice des individus et imposant telle ou telle forme d'union sexuelle, quel que soit le degré de culture et de développement social.

Pour apprécier la valeur morale d'un peuple, d'une race, d'une civilisation, la situation faite à la femme est bien plus révélatrice que le type légal de l'union conjugale. Ce ty[)e est au reste le plus souvent beaucoup plus apparent que réel. Dans nombre de civilisations éteintes ou actuelles, la monogamie légale a surtout pour objet de régler la sucrcssion et la répartition des biens. Très naïvement et très elfroiiténK^nt, nombre de législateurs barbares ont sanctionm'', en recon-

1. Masana Macda, La Société japonaif<(', iii Hei>ne scientifique, 1878.

naissant le concubinat domestique, la polygamie effective, pratique, à côté de la monogamie légale. Quant à la situation faite à l'épouse, réputée légitime par excellence, elle est souvent bien inférieure h celle dont jouit la femme sous dt's régimes conjugaux théoriquement moins relevés. Dans la plupart des pays plus ou moins monogamiques, que je viens de passer en revue, la femme, mariée ou non, a été soumis' à une extrême sujétion. Par exception, elle acquiert une certaine indépendance là seulement où, grâce à rhérilage maternel, elle peut devenir propriétaire de biens mobilier ou immobiliers. C'est bien à l'argent seul et non à rinllueme moralisante de la monogamie que la femme doit, en pay> barbare, d'acquérir une certaine indépendance, car les deux peuples qui la lui ont accordée, les Egyptiens dans l'antiquité, les Touareg de nos jours, vivaient ou vivent sous une législation qui autorise la polygamie. Il importe aussi de remarquer que, dans la vallée du Nil et dans le Sahara, l'émancipation féminine était ou est le privilège des seules femmes appartenant aux classes dirigeantes et possédantes. En résumé, dans tous les pays, dans tous les temps, la femme, organiquement plus faible que l'homme, a été plus ou moins asservie par lui, partout où la législation ne lui a pas permis de disposer d'une force artificielle, lui servaul de bouclier. Cette puissance factice, devant laquelle la brutalité virile a baissé pavillon, a été Targenl, là où les lois réglant les successions ont permis aux femmes de s'élever à la dignité de propriétaires.

Un enseignement analogue va nous être donné par l'élude du régime monogamique dans les races blanches d'Asie et d'Europe. \À aussi nous verrons la richesse servir à la femme d'arme défensive, et parfois même offensive, contre la dureté des lois et des mœurs.

Page 1