I. — DE L'ADULTÈRE EN GÉNÉRAL
Nous allons passer on revue non pas toutes (rénuméralion serait trop longue), mais les principales pénalilos, dont les hommes de tous les temps et de toutes les races ont essayé pour réprimer radultère. Que l'espèce humaine, spHcialemenl l'espèce humaine primitive ou mal policée encore, soit Tune des plus féroces du règne animal, cela ressort trop évidemment de ces études; mais c'est peut-être dans ce qui a trait à l'adultère qu'éclatent le mieux la cruauté et l'injustice i<^ hommes, et ici il faut surtout entendre par « hommes» la moitié masculine du genre humain; car, généralement, le seul adultère, puni «^ titre de faute morale, a été celui de la femme. Quant à l'adultère du mari, on l'a bien tardivement considéré comme un dommage dont la femme fût en droil de se plaindre.
La raison de cette partialité révoltante est bien simple; Diderot nous la fait donner par Orou dans son Supplémeni au voyage de Bougainville; c'est que « la tyrannie de l'homme a converti la possession de la femme en une propriété* >.
En effet, notre longue enquête a prouvé surabondamment, que très généralement, dans les sociétés humaines, le mariage a été ou est encore un marché, quand il n'était ou n'est pas une capture. Dans toutes les législations, la femme mariée est, plus ou moins ouvertement, considérée comme la propriété du mari et très souvent confondue, absolument confondue avec les choses possédées. En user sans l'autorisation du maître c'est donc commettre un vol; or, 1^
1. Diderot, Supplément au voyage de Bougainvillef in ŒuvreSfUUy p- ^'
>ciétés humaines n'ont jamais été tendres pour lesvoleurs. resque partout le vol a été d'abord considéré comme un
4 me beaucoup plus grave que le meurtre. Mais l'adultère est pas un vol comme un autre. Un objet, une valeur, etc., )nt des choses inertes, passives ; leur propriétaire peut ion punir le larron qui les a dérobés, mais lui seulement, ans l'adultère, l'objet du larcin, la femme, est un être senint et pensant, c'est-à-dire complice de l'atteinte portée ans sa personne à la propriété du mari ; de plus on l'a généilement sous la main ; on la peut châtier librement, assouir sur elle sa colère, sans que, le plus souvent, aucun bras
5 lève pour sa défense. Bien au contraire, en donnant carère à son désir de vengeance, on a fréquemment pour soi opinion publique et la loi, quand celle-ci ne se charge pas Ile-même de s'appesantir sur la coupable. Mais écoutons Qcore une fois le langage éloquent des faits.