‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 274 sur 406 · I. — DU VEUVAGE EN PAÏS SAUVAGE · texte numérisé non relu

I. — DU VEUVAGE EN PAÏS SAUVAGE

Sur Ifi sort de la veuve ou des veuves dans les sorii humaini^s tout A fait inférieures, nous sommes assez i renseit^nés. C'est une de ces questions d'oi^anisal sociale, qui d'ordinaire préoccupent trop peu les voyagpii auxquels nous devons surtout demander des renscipneiner Tout d'abord l'on peut affirmer que le veuvaye, consid<

connue un état spécial dont se soucient plus ou moins les mœurs et les lois, n'existe pas dans les sociétés trop anarîhiques. Voltaire a dit quelque part, que l'origine du divorce était sans doute postérieure de quelques jours à celle du Ddariage. A bien plus forte raison, sommes-nous fondés à prétendre que l'existence d'un mariage quelconque est nécessaire pour qu'il y ait veuvage. Le veuvage n'existe donc pas dans les sociétés où régnent soit la promiscuité, soit le mariage temporaire. Pas de veuvage possible, par exemple, dans la tribu des Kamilaroi australiens, où toutes les femmes d'une classe sont communes à tous les hommes de la même :)lasse. II en est autrement dès que, par capture, par achat, d'une manière quelconque, la femme est devenue la propriété particulière d'un homme. A partir de ce moment, il Taut bien régler, tant bien que mal, le sort de la veuve ou les veuves. Le plus souvent la solution du problème est fort simple : la veuve, qui habituellement a été' capturée ou ichetée par le défunt, ne cesse pas après sa mort d'être considérée comme une chose, une propriété; elle fait partie de la succession, au même titre que les objets ou les animaux domestiques. Parfois cependant on lui impose quelines obligations ou vexations spéciales : Kolben nous dit iju'en passant à un nouvel époux la veuve hottentote devait s'amputer une phalange du petit doigt; mais s'amputer une phalange digitale était une coutume habituelle chez les Hottentots, à la mort de l'un des leurs, et les femmes s'y astreignaient ou y étaient astreintes plus fréquemment que les hommes. Il n'y a là rien de particulier à la condition de veuve*. — Au Gabon, les femmes d'un homme appartiennent à son héritier, et, si le défunt avait quelque importance

1. BurcheH, Hist. univ. des voy., t. XXVI, p. 32i. — Thompson, /6trf., t. XXIX, p. 163.

dans la tribu, elles doivent se résigner à une période de deuil et de viduité, qui dure un an ou deux. La fin de œ deuil est marquée par une grande fête, une orgie, que do Chaillu nous a décrite : « Les femmes du décédé (il en avait sept) étaient radieuses... elles allaient quitter leurs habits de veuve et se joindre à la fête, comme des nouvelles mariées. L'héritier avait le droit de les épouser toutes; mais, pour montrer sa générosité, il en avait cédé deux à un jeune frère et une autre à un cousin. » On but rasades sur rasades (de vin de palmier) et Ton se mit à danser : « Les femmcsdansaient. Quelles danses!... Les pas le plus honnêtes étaient déjà de l'indécence*. »

Dans l'Afrique équatoriale, le fils hérite des veuves de son père : il en est ainsi dans le Yarriba '. Parfois on les vend tout simplement, si elles n'ont point eu d'enfants du mari défunt ^ Dans le Kouranko, les veuves ont un sort plus doux. Elles sont nombreuses, car, jeunes filles, elles ont été le plus souvent vendues par [leurs parents à de vieux maris; mais, d'après Laing, la coutume du pays les rendrait libres el maîtresses d'elles-mêmes, dès qu'elles deviennent veuves, et elles en profiteraient aussitôt pour se choisir un jeune époux et le combler de soins et d'attentions : c'est une revanche*. Néanmoins la coutume de confondre les veuves avec l'héritage semble être générale dans l'Afrique nègre. Elle existe chez les Bambaras de Kaarta où, à la mort du prince, son successeur met à l'encan les femmes du monarque défunt. Fussentelles vieilles et horribles, elles se vendent facilement et cher. On veut avoir l'honneur de succéder à un roi *. Nous retrou-

i. Du Chaillu, Voy. dans l'Afrique équatoriale, p. 268*

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