I. — LA FAMILLE
J'essaierai maintenant de retracer succinctement Fhistoire de révolution familiale, en m'appuyant tout d'abord sur les faits d'observation, puis en me servant de ces faits comme de pierres de touche, pour essayer la solidité de diverses théories sociologiques émises sur la famille. Parmi ces théories, il en est qui ont reçu un accueil très favorable cl en grande partie mérité. Si insuffisantes qu'elles fussent, elles mettaient de l'ordre dans le chaos des faits, et contenaient une certaine part de vérité. Toutes pourtant sont contestables,
critiquables, car elles sonl le fniil d'une généralisatioD Irop hâtive, et aussi parce que leurs auteurs ont revendiqué, pour elles, une rigueur à laquelle se plient difficilement les fail^ sociologiques. Toujours les groupes humains vivent comme ils peuvent, sans se soucier des théories; leur conduite socialr» résulte fatalement d'une sorte de compromis, du conflit entre leurs appétits, leurs aptitud«?s, et les n»k*essité^ dictées par les milieux physiques.
Avant de hasarder des vues générales, f aurai soin, selon mon habitude, de m'en référer à Tethnographie comparée, d'interroger les diverses races humaines hiérarchiquement, des plus humbles aux plus élevées. De cette enquête même naîtront quelques aperçus d'ensemble qui retraceront, avec une certaine approximation, l'évolution probable de la famille dans l'humanité. Mais pour aborder ce sujet avec une suffisante impartialité, il importe, au préalable, de faii-e table rase de toutes les théories banales qui ont cours sur la famille. En effet, il n'est pas de thème qui ait inspiré aux rhéteurs plus de vides élucubrations. Il a été décrété que la famille, telle qu'elle est instituée dans notre monde d'Europe ou dans les colonies qui en ont essaimé, était le beau idéal, un type sociologique immuable et sacro-saint. Pourtant, l'ethnographie et même l'histoire nous enseignent que le type familial de l'Europe actuelle n'a pas toujoui*s existé, qu'il résulte, comme toute chose, d'une lente évolution ; d'où il est permis d'inférer que peut-être il se modifiera encore. Mais les faits seront plus éloquents que toutes les réflexions; je les aborderai donc en commençant par les races humaines les plus inférieures, par les Mélanésiens.