‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 296 sur 406 · DE LA FAMILLE EN MÉLANÉ$IE · texte numérisé non relu

DE LA FAMILLE EN MÉLANÉ$IE

Déjà, en esquissant la description de la famille dans le règne animal, j'ai eu occasion de remarquer que la famille, telle que nous la comprenons, n'est pas indispensable au maintien des sociétés, puisque les fourmis s'en passent dans leurs républiques, où il n'y a ni paternité, ni maternité, avec le sens que nous y attachons, mais seulement des classes de producteurs, des jeunes, et des éleveurs ou éleveuses. Chez ces dernières, chez les fourmis ouvrières, par une contradiction paradoxale, l'amour maternel a survécu à l'atrophie de la fonction génératrice; il s'est même épuré, élargi; il s'applique indifféremment à tous les rejetons, espoir de la république, et, en se diluant ainsi, il semble n'avoir rien perdu de son énergie.

Rien de semblable ne s'observe dans les sociétés humaines inférieures, mais cependant la famille y est encore couruse; la paternité, au sens social du mot, n'existe point; la Qliation est surtout maternelle, mais on distingue mal, dans le détail, les liens et les degrés réels de la consanguinité»; la parenté n'est pas encore individuelle; c'est par groupes qu'elle se constitue.

Aujourd'hui encore, on peut étudier celte confusion familiale dans certaines tribus australiennes. Nous avons vu que le mariage, ou ce qu'on a bien voulu nommerainsi, résultait, en Tasmanie, en Australie, à Bali, etc., d'un rapt violent et brutal, généralement raliiié par une compensation et un simulacre de talion survenant entre la tribu de la femme et celle du ravisseur.

Chez les tribus les moins sauvages de la Mélanésie, ce rapt est souvent fictif ; ce n'est plus qu'une survivance, mais

parfoi- il ^t enoi>r»r ré>?^l. ri ii F»kAit sùn^oiit^t tt>fij»>iir^ i rorijfine d«*s s«>Mr^t>^ iiustrali-e-aib^. Prxirtinc. >i j:T*y«ii^^ qii^ -oient »»>^ >«>:i»^trs. ♦^ll*^ qVq n?sultr^t pas m»:»îii> «J'iiùe longue ^voliilion. Dans rîntéri»>nr de Bt>rii^>, i[ r^i^U?- «riKor** rlf-^ êtres humain^ auprès (Jes*|iiels !•»< Aiistrali«MLS >ool tfcs jren.^ ci>ili.s^>. Ces sauvages de Bi>ni»H>, abs«>tuaiieiit priiDÎtifs *onl les drbri-» probables d*s peuples négronJes, qui. ja«lk ont dû Atre les premiers o«rcapaDt< de b Mabî-^î*^. Ptir p»4it^ hord^,ils rôdent dan-» les forèts,«rommr*d*^ singes: rbomin*^, le rnAle, enlève la femelle el >'a«^*oiipl^ aver" e-ll»* daas l«^ fonrréTi, Li famille passe la nuit sous un gT>>s arbre: on su.^pend le^ enfants au\ brani^bes, dans une "M^rte de tilet, H Ton allume au pied de Farbre protet^eur un grand f»*n |H:»ar écarter les animaui féroces. [l>ès que les enfants si>nl à pi*u près capables de se suflire à eux-mêmes, les progêniteiirs <Vn séparent*, romme le font les animaux.

C'est >ans doute ainsi, à la manière des grands singes, que se sont formf^s les primitives sofiélés humaines. Chei les cbimpanzé>, ces hordes ne peuvent beaucoup grossir, car le progéniteur mâle ne supporte pas de concurrents et chasse s#rs jeunes rivaux tant qu'il est le plus fort. Les premiers hommes furent sûrement plus sociables, en raison même de leur qualité d'hommes. Les jeunes mâles de la horde humaine purent rester en plus ou moins grand nombre dans l'association, mais la jalousie du progéniteur en chef, du père de famille, dut les obliger souvent <î se procurer une ou plusieurs femelles, en les ravissant aux hordes voisines et concurrentes; ils devinrent ainsi plus ou moins exogames; et, dans leurs sociétés embryonnaires, le mariage, Tunion sexuelle plutôt, finit par être prohibée entre les frères et les sœurs, non pas parce que Ton avait le moindre souci moral

!• Lubbo<;k, Orig. civil.t p. 9.

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les incestes, mais parce que, dans le sein de la hoinle, les leiines femmes étaient revendiquées par les mâles les plus robustes, qui ne les voulaient point céder. Nous savons qu'il en est encore ainsi dans les tribus australiennes '.

Dans cet état social si grossier, cVst nécessairement la mère qui est le centre de la famille, comme elle Test dans les familles de mammifères; il est donc tout naturel que les enfants portent son nom et point celui de leur père, lequel du reste n>st pas toujours facile à désigner. Mais, une fois la coutume de Texogamie bien établie, on en arriv-a à la rendre obligatoire, à interdire aux hommes de s'unir aux femmes du groupe auquel ils appartenaient et qui portaient le même nom qu'eux. Telle est encore la règle générale en Australie*. Mais, en Australie, ce groupe n'est souvent qu'une sous-tribu, une genSy un clan, car les hordes, devenant trop nombreuses, se sont subdivisées en fractions, sortes de grandes familles, unies entre elles seulement pour la vengeance et la défense commune. Les enfants de chaque groupe appartiennent parfois au clan de la mère, et il n*y a point alors de parenté légale entre eux et leur père ^; aussi, en cas de guerre, les lils doivent rejoindre la tribu maternelle*. Mais il s'en faut que ce soit la une règle univei^selle et, dans quantité de tribus, les enfants appartiennent aujourd'hui au clan paterneP.

Ce sont là des données générales, communes à la plupart des tribus australiennes, mais non à toutes. Il en est qui ont organisé leur mariage et leur famille par classes, régula-

1. Laog, Aborigine$ of Australia, — Eyrc» Discoveriei in Central Australia» L n, p. 385.

î. Grey*s Journal, t. U, cli. u.

3. Tylor, Researchet in Early History of Mankind, t. I*', ch. ix.

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