‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 348 sur 406 · VI. — LE CLAN ET LA FAMILLE · texte numérisé non relu

VI. — LE CLAN ET LA FAMILLE

En dehors même de leur intérêt intrinsèque, les faits, que je viens d'énumérer si rapidement, ont une grande portée. A eux seuls, ils suffisent en effet h ruiner radicalement les idées généralement admises sur l'origine des sociétés humaines. La doctrine courante, ressassée des milliers de fois et manifestement inspirée par la tradition édénique du paradis terrestre et par les souvenirs de la famille romaine, veut que, toujours et partout, les sociétés humaines aient débuté par la famille, et par ce mot on entend la famille patriarcale, essentiellement composée du père, de la mère, au plus des mères et des enfants. De cette fiimille première, groupée docilement autour d'un rhef auguste, du père, seraient sorties des familles semblables, qui en se juxtaposant, auraient constitué des tribus, des cités, des Etats. Cette unité familiale, supposée primordiale, cette « cellule » des sociétés, on la tient pour particulièrement respecti\ble ; le chef, qui la gouverne despotiquement, le père, a en lui quelque chose de prestigieux. A sa voix le courroux céleste s'abat sans miséricorde sur l'enfant assez téméraire pour le braver. Au siècle dernier encore, la malédiction paternelle avait les effets d'une foudre morale; dans les romans, dans les pièces de théîltre, les écrivains y recouraient souvent pour nouer ou dénouer les péripéties dramatiques de leurs fables.

Force est bien aujourd'hui de renoncer à cette donnée traditionnelle. Adieu le patriarcat primitif. Li famille pa-

triarcale ou même simplement paternelle ne remonte sûrement pas, du moins dans la plupart des cas, à Torigine des sociétés. Bien au delà non seulement de la famille paternelle, mais même de la famille maternelle, ordinairement antérieure, nous trouvons la gangue sociale, dont loutes les deux sont ordinairement sorties.

Cette souche vraiment primitive, c'est le clan, c'est-àdire un petit groupe consanguin où la parenté est très confuse encore. Ce n'est pas en un jour que les premiers hommes ont réussi à construire des arbres généalogiques, à déterminer même, avec quelque précision, les degrés de la consanguinité. Non seulement le père ne se détache pas, comme un personnage principal, sur le fond du clan familial; il n'a même pas encore d'existence sociale reconnue dans le petit groupe ; en fait, le père, le père physiologique n'a pas eu, dans le principe, de parenté constatée avec ses enfants; car le mariage n'était rien moins que monandrique.

Dans l'unité sociale primitive, dans le clan familial, tout le monde était consanguin, mais d'une manière confuse; les femmes avaient plusieurs maris et les maris plusieurs femmes; les degrés de parenté n'étaient pas individuels; ils s'appliquaient à des classes d'individus. A ce moment du développement social, on distinguait fort mal encore le réel et le possible, la consanguinité fictive et la consanguinité réelle; chacun avait des groupes de pères, de mères, de frères, de sœurs : la filiation et les liens véritables delà consanguinité ne se pouvaient, dans nombre de cas, discerner.

Dans ces groupes de consanguins, dans ces clans à parenté confuse encore, ce qui se différencia d'abord, le plus habituellement, ce ne fut pas la famille paternelle, ce ue pouvait guère l'être, car bien souvent le père d'un enfant n'était pas facile à désigner; ce fut la famille maternelle, dont nous avons maintenant à nous occuper.

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