‹ L'évolution du mariage et de la familleChapitre 350 sur 406 · I. — LE CLAN FAMILIAL ET LA FAMILLE PROPREMENT DITE · texte numérisé non relu

I. — LE CLAN FAMILIAL ET LA FAMILLE PROPREMENT DITE

En terminant le chapitre précédant, je me suis hasardé à esquisser l'évolution probable de la famille, celle du moins qui a dû s'effectuer chez la plupart des Mélanésiens, chez les Polynésiens, les Américains peaux-rouges, les Tamils et les anciens Mongols. Les petites sociétés primitives, fondées par ces races, semblent bien avoir débuté non point par la famille, dans le sens que nous donnons à ce

mot, mais par des groupes de consanguins à filiation fort confuse encore. La forme familiale, qui tout d'abord émergea de ce clan primitif, fut le plus souvent une association matrimoniale entre plusieurs sœurs, d'un côté, et plusieurs frères, de l'autre. Puis de ce ménage, à la fois polygamique et polyandrique, sortit tantôt la famille polyandrique, quand plusieurs frères eurent en commun une seule femme, tantôt la famille polygynique, quand un seul homme épousa ou acheta plusieurs femmes, qu'elles fussent ou non sœurs entre elles.

Mais le groupe familial a-t-il, par toute la terre, et dans toutes les races, évolué de cette manière? Excepté pour les pays précédemment énumérés, les renseignements précis et détaillés nous manquent et nous en sommes réduits à des conjectures plus ou moins probables. A de rares exceptions près, les races, qu'il nous reste à interroger, sont définitivement sorties de la primitive confusion familiale, et elles ont adopté soit la filiation maternelle, soit la filiation paternelle. Ont-elles passé d'abord par le clan familial avec des classes de parents lictifs ou réels? On ne le saurait vraiment affirmer. Souvent l'existence d'un toletUy la coutume de l'exogamie semblent témoigner en faveur de cette hypothèse; mais ce sont là des preuves insuffisantes. Le toiem n'implique pas nécessairement la consanguinité; l'exogamie peut être dictée par des raisons bien diverses, puisque souvent des tribus exogamiques vivent côte à côte avec des tribus endogamiques.

Ce qui est plus général encore que le clan, c'est l'institution de la famille maternelle, de la filiation utérine; mais ce type familial ne se déduit pas fatalement d'un clan familial préalable. Chez beaucoup d'espèces animales, la famille maternelle existe, sans qu'il y ait jamais eu ni dan, ni gefis. A vrai dire, dans l'humanité aussi bien que dans l'anima-

lité, la famille utérine s'établit spontanément, alors que le mâle abandonne la femelle et sa progéniture. Ce type familial apparaîtra donc forcément dans toute horde où il n'y aura aucune appariation durable des mâles et des femelles, des hommes et des femmes. Dans tout groupe ethnique vivant en promiscuité, par exemple, la filiation utérine s'impose, et il en sera de môme en régime polyandrique, à moins que Ton n'établisse des paternités fictives. En résumé, pour que la famille paternelle puisse être adoptée, il faut que les femmes soient bien nettement attribuées à tel ou tel homme, appropriées, peu importe d'ailleurs que le mariage, soit monogamique ou polygamique. Mais celte possession d'une ou de plusieurs femmes par un homme à l'exclusion de tous les autres suppose déjà un état social complexe, qui a nécessairement été précédé d'une période de grossière sauvagerie où la filiation utérine, seule, était possible. Or, il est de règle que les anciennes coutumes se prolongent plus ou moins, survivent à l'état social, qui les avait engendrées.

On doit donc retrouver, dans des civilisations fort diverses, des traces de la primitive famille maternelle. C'est en effet ce qui va ressortir de notre enquête ethnographique.

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